‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 112 sur 147 · UN MIRACLE · texte numérisé non relu

UN MIRACLE

AN m.

Riez, riez, mauvais plaisans, Des coureurs de messes nouvelles, Des gens à culte, des marcliands Au dimanche toujours fidèles!

Par un seul mot on vous répond ; Par un miracle on vous confond ; Miracle des plus authentiques, Des mieux faits, tout frais advenu, Et que cent témoins véridiques ,

En plein jour, de leurs yeux ont vu.

Déjà dans Paris il circule.

De saints prêtres l'ont raconté,

Des amateurs l'ont colporté^

Et la vieille la moins crédule

A son voisin l'a répété.

Par ses cochons Troye est fameuse :

Dans cette ville trop heureuse,

Les apôtres, depuis les Goths,

Possesseurs de la cathédrale,

Taillés en pierre, grands et beaux,

Édifiaient l'œil des dévots

Par leur stature colossale.

Ce digne ouvrage des chrétiens

Aux savans rappelait sans cesse

Le cheval de bois dont la Grèce

Fit présent à d'autres Troyens.

Un fou, notre France en est pleine,

De la République acheta

Cette apostolique douzaine.

Qu'il eût mieux fait de laisser là.

Il répétait : «Vous êtes Pierre,

Et ce sera sur cette pierre

Que je bâtirai ma maison, m

En effet cet homme peu sage

Sur nos saints bâtit sans façon

Un édifice à triple étage.

Aucun revers il ne prévoit.

Dans une confiance entière Sa main coupable sur le toit Attachait l'ardoise dernière; . Alors arrive le décret Qui des messes long-temps bannies j Du salut, et des litanies, Tolère le retour discret.

Cent bouches soudain le répandent Et nos Saints enfouis l'entendent.

«Ma patience était à bout, Dit Pierre; allons debout, debout!

Sa voix leur donne du courage; Du ciment chacun se dégage.

Cherche ses jambes et ses bras , Son front carré, ses cheveux plats^ Surtout sa mître épiscopale, Reprend ses membres et son bien, Laisse la maison sans soutien , Et retourne à la cathédrale.

L'édifice croule aussitôt.

Voilà notre acquéreur bien sot, Bien ruiné, disant à d'autres, Qui sur l'Église ont des projets :

« Hélas! croyez aux douze apôtres, Et ne les achetez jamais. »

^lÉLA^'GES, ;4y

VERS

Page 1