COUP-D'OEIL SUR QYTEEKE
Salut, ô mes jeunes amis!
Je bénis Theureuse journée Et la rencontre fortunée Qui chez moi vous ont réunis.
De vos amours quelles nouvelles ?
Car je m'intéresse aux amours.
Avez-vous trouvé des cruelles?
Vénus vous rit-elle toujours ?
J'ai pris congé de tous ses charmes , Et je ressemble au vieux guerrier Qui rencontre ses frères d'armes , Et leur parle encor du métier.
Amant de la belle Onésie,
Est-il passé son règne heureux?
Non ta volage fantaisie
Ne pense plus à trouver mieux,
Et pour toi j'en rends grâce aux dieus.
Messieurs, peut-être à sa paresse Doit-il l'honneur d'être constant; N'importe, il garde sa maîtresse :
Par indolence ou par tendresse Je doute qu'on en fasse autant.
Toi surtout qui souris d'avance , Vaurien échappé des dragons, Tu n'as pas expié, je pense.
Tes intrigues de garnisons , Ni les coupables trahisons Dont j'ai reçu la confidence.
Tu trompes l'Hymen et l'Amour; Mais l'un et l'autre auront leur tour.
Et je rirai de la vengeance.
Tu ne ris pas, toi, dont la voix:
Prêche incessamment la constance.
Est-il vrai que depuis trois mois Tu sais aimer sans récompense?
Je m'intéresse à ton malheur; Ton âme est tendre et délicate ; Et je veux faire à ton ingrate Une semonce en ta fiveur.
Écoutez-moi , prudente Elvire :
Vous désolez par vos lenteurs L'amant qui brûle, qui soupire, El qui mourra de vos rigueurs.
SIÉLANGES, 37
Votre défense courageuse Est un vrai chef-d'œuvre de l'art, Et de la tactique amoureuse Vous allez être le Folard.
Chacun a son rôle; et du votre Si vous vous acquittez très bien , Lui, qui connaît aussi le sien, Prend patience avec une autre.
Approche, ami sage et discret.
Quoi! tu rougis? mauvais présage.
Achève, et sois sûr du secret;
Quelle est la beauté qui t'engage?...
Biblis ! ai-je bien entendu ?
Ton goût a craint de se méprendre ,
Et des fruits qu'on veut nous défendre
Il choisit le plus défendu.
Par un excès de tolérance
Je pardonne à ton imprudence ,
Mais il vaudrait mieux imiter
Ce fou dont l'ardeur assidue
Se fait un jeu de tourmenter
Nos Laïs qu'il passe en revue.
Il choisit peu ; tous les plaisirs
Amusent son insouciance ;
Et jusqu'ici la Providence
L'a préservé des souvenirs
se MÉLAÎfGES.
Que mérite son inconstance.
Il me semble voir des hussards Toujours armés, toujours en guerr«,
ont le courage téméraire Brave les amoureux hasards.
Moi qui suis chevalier des belles ^ Je vous crierai : Soyez fidèles, L'inconstance ne mène à rien.
Mais vous n'aurez point pitié d'elles.
Et peut-être ferez-vous bien.
On vous le rendra, je l'espère; Ne vous plaignez donc point alors j Et pardonnez à la première Qui vengera l'honneur du corps.
La plainte est toujours inutile.
Suivez l'exemple d'un amant Qui , trahi , même injustement , Lut son arrêt d'un œil tranquille, Et fit au Journal de Paris Insérer ce plaisant avis :
« J'avais hier une maîtresse , De celles que l'on a souvent; Mais je reçois en m'éveillant Un congé plein de politesse.
Venez, monsieur mon successeur ^ Prendre les effets au porteur
Que m'avait confiés la belle; Je vous remettrai ses cheveux.
Ses traits , ses billets amoureux , Et son serment d'être fidèle.
De votre siècle ayez les mœurs.
La loyauté n'est plus de mode; L'amour nous paraît incommode.
Et nous évitons ses langueurs.
Voici la nouvelle méthode :
Waimez pas, mais feignez toujours.
C'est le vrai moyen d'être aimable.
Sachez d'an vernis agréable Couvrir vos frivoles discours.
Soyez humble avant la conquête.
Aux fers présentez votre tête, Et ployez un peu les genoux; Mais tyran après la victoire , Vantez, affichez votre gloire, Et soyez froidement jaloux.
Frondez le sexe qui vous aime , C'est l'usage ; ayez de vous-même Une excellente opinion; Négligez souvent la décence, Et joignez un peu d'impudence A beaucoup d'indiscrétion.
II ne faut pas qu'on vous prévienne-
4o MELAJVGES.
Avant que le dégoût survienne Quittez, et quittez brusquement j L'éclat d'une prompte rupture Vous tire de la classe obscure Où végète le peuple amant.
Soudain votre gloire nouvelle Passe de la ville à la cour ; On vous cite; plus d'une belle Vient solliciter à son tour L'honneur de vous rendre infidèle; Et vous voilà l'homme du jour.
De ces travers épidémiques Cloris a su se garantir, Cloris dont les attraits magiques Ont le talent de rajeunir.
Sa bouche innocente et naïve Chérit le mot de sentiment, Et sa voix quelquefois plaintive Persuade ce mot charmant.
Du ciel la sagesse profonde De bien aimer lui fit le don ; Dans ce siècle de trahison Elle est fidèle à tout le monde.
Après Chloris ayez Anna, Et, s'il se peut, conservez-la. Dans ses missives indiscrètes
MELANGES. ii
Vos yeux satisfaits et surpris Liront ses sermens bien écrits Sur de beaux papiers à vignettes.
Il faut tout dire : les billets Que trace sa main fortunée Deviennent un quart-d'lieure apris, Des almanachs de l'autre année, l^'importe, un quart-d'heure a son prix. Mais à vos soins je recommande, Messieurs , la discrète Nœris ; Ses vingt ans sont bien accomplis Et son impatience est grande.
Elle soupire quelquefois.
Soumise au pouvoir d'une mère , Elle attend qu'à ces tristes lois L'Hymen vienne enfin la soustraire.
Sa voix appelle tous les jours Cet Hymen qui la fuit sans cesse.
Que faire donc? dans sa détresse Au plaisir Nœris a recours.
Ce dieu , pour voler auprès d'elle , A pris une forme nouvelle.
Sou air est timide et discret ; Ses yeux redoutaient la lumière ; Toujours pensif et solitaire, Il cherche l'ombre et le secret.
Il ne connaît point le partage;
Il ne satisfait point le cœur;
Mais il laisse le nom de sage,
Et s'accommode avec l'honneuF.
A son culte sûr et facile
Nœris se livre sans frayeur,
Et d'une volupté tranquille
Elle savoure la douceur.
Mais la rose sur son visage
Par degrés a foit place au lis;
Adieu ce brillant coloris ,
Le premier charme du jeune âge;
L'embonpoint manque à ses attraits ;
Ses yeux dont la flamme est éteinte
Sont toujours baisses ou distraits;
Et déjà , malgré sa contrainte,
Sur son front on lit ses secrets.
Un amant prudent et fidèle, Nœris, convient mieux à vos goûts :
Vos jeux en deviendront plus doux , Et vous n'en serez pas moins belle.
S'il s'en présente un de ce jour, Ecoutez-le, fût-il volage; L'Hymen ensuite aura son tour , Et viendra suivant son usage, Réparer les torts de TAmour.
Aurais-tu bien la fantaisie
De renoncer au doux repos
Pour tenter ces exploits nouveaux ,
Chantre brillant âe Catilie?
Nous avons aimé tous les deux;
Sur les bords fleuris du Permesse
L'Amour poussa notre jeunesse,
Et l'heureux nom d'une maîtresse
Embellit nos vers paresseux.
Mais tout s'use , même au Pamassew
De la première illusion
Le charme s'affaiblit et passe.
Et nous laisse avec la raison.
Brisons la lyre qui publie
Nos caprices et nos travers ;
Crois-moi c'est assez de folie,
Assez d'amour, assez de vers.
Vois Nelson dans les bras de Lise;
n y médite les fadeurs
Qui vont ennuyer Cydalyse ,
Et fléchir ses longues rigueurs;
Cydalyse compatissante
A Nelson donne un rendez-vous
Pour se venger du froid Cléante ,
Mais Cléante n'est plus jaloux;
Près d'une amante belle et sage
Il se croit heureux sans rival ,
Et fait confidence à Dorval
D'un bonheur que Dorval partage ;
Celui-ci, volage à son tour, Poursuit la jeune Celimène!
Et sa poursuite sera vaine; Cécile nuit à son amovir.
De Vénus ainsi va l'empire.
Nous avons trop aimé Vénus; Rions-en, il est doux de rire Des faiblesses que l'on n'a plus.