‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 122 sur 147 · IMITATION DU GREC · texte numérisé non relu

IMITATION DU GREC

« C^OMBIEN l'homme est infortune!

Le sort maîtrise sa faihlesse.

Et de l'enfance à la vieillesse

MELANGES. 6i

D'éciieils il inarche environné; Le temps l'entraîne avec vitesse; Il est mécontent du passé; Le présent l'afflige et le presse; Dans l'avenir toujours placé, Sou bonheur recule sans cesse; Il meurt en rêvant le repos.

Si quelque douceur passagère Un moment console ses maux , C'est une rose solitaire Qui fleurit parmi les tombeaux.

Toi, dont la puissance ennemie Sans choix nous condamne à la vie.

Et yjroscrit l'homme en le créant, Jupiter, rends-moi le néant!

Aux bords lointains de la Taïu'ide, Et seul sur des rochers déserts Qui repoussent les flots amers, Ainsi parlait Ephimécide.

Absorbé dans ce noir penser Il contemple l'onde orageuse; Puis d'une course impétueuse, Dans l'abîme il veut s'élancer.

Tout-à-coup une voix divine Lui dit : « Quel transport te domine ? L'homme est le iavori des cieux ;

6a MELANGES.

Mais du lx)nheiir la source est pure.

Va, par un injuste murmure.

Ingrat, n'offense plus les dieux. »

Surpris et long-temps immobile.

Il baisse un œil respectueux.

Soumis enfin et plus tranquille, A pas lents il quitte ces lieux.

Deux, mois sont écoules à peine.

Il retourne sur le rocber.

« Grands dieux! votre voix souveraine Au trépas daigna m'arracher; Bientôt votre mai a secourable A mon cœur offrit un ami.

J'abjure un murmure coupable; Sur mon destin j'ai trop gémi.

Vous ouvrez un port dans l'orage; Souvent votre bras protecteur S'étend sur l'iiomme; et le malheur N'est pas son unique héritage. »

Il se tait. Par les vents ployé, Faible, sur son frère appuyé.

Un jeune pin frappe sa vue :

Auprès il place une statue, Et la consacre à l'Amitié.

Il revient après une année. Le plaisir brille dans ses yeux ;

La guirlande de l'hyinéiiée

Couronne son front radieux.

« J'osai dans ma sombre folie

Blâmer les décrets éternels,

Dit-il ; mais j'ai vu Glycérie ,

J'aime, et du bienfait de la vie

Je rends grâce aux dieux immortels. »

Son âme doucement émue

Soupire; et dès le même jour

Sa main , non loin de la statue,

Elève un autel à l'Amour.

- Deux ans après , la fraîche aurore Sur le rocher le voit encore, Ses regards sont doux et sereins; Vers le ciel il lève ses mains :

« Je t'adore, 6 bonté suprême!

L'amitié, l'amour enchanteur, Avaient commencé mon bonheur ; Mais j'ai trouvé le bonheur même.

Périssent les mots odieux Que prononça ma bouche impie!

Oui l'homme dans sa courte vie Peut encore égaler les dieux. »

Il dit; sa piété s'empresse De construire un temple en ces lieux.

Il en bannit avec sagesse L'or et le marbre ambitieux,

Et les arts , cnfaiis de la Grèce.

Le bois, la chaume , et le gazon , Remplacent leur vaine opulence; Et sur le modeste fronton Il écrit : ^^ la Bienfaisance.

VERS

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