‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 130 sur 147 · LE PROMONTOIRE DE LEUGADE · texte numérisé non relu

LE PROMONTOIRE DE LEUGADE

porte; il appelait son fils, son fils bien-aimé, et ses larmes redoublaient. Je m'éloignai , je te cberchai long-temps; et te croyant percki pour jamais, je venais demander à Neptune la fin de mon amour.

11 faudrait avoir senti mes peines, pour concevoir mon bonbeur. Ce bonheur dure encore ; il ne finira qu'avec ma vie. Je n'ai pas oublié les paroles du vieillard, et j'ai promis à l'Amour de ne point entrer dans le temple de l'Hymen.

Crois-moi , la brillante couronne

Dont tu flattes ma vanité ,

C'est l'Amitié qui me la donne

Sans l'aveu de la Vérité.

Fruits légers de ma faible veine,

Cet bonneur n'est point fait pour vous;

Modestes et connus à peine,

Vous me ferez peu de jaloux.

Il est vrai qu'à la noble envie

D'être célèbre après ma mort

Je ne me sens pas assez fort

Pour sacrifier cette vie.

Dans les sentiers d'xlnacréon

Egarant ma jeunesse obscure,

Je n'ai point la démangeaison

D'entremêler une chanson

Aux écrits pompeux du Mercure ;

Et je renonce sans murmure

A la trompeuse ambition

D'une célébrité future.

J'irai tout entier aux enfers.

En vain ta voix douce et propice

Promet plus de gloire à mes vers ,

Ma nullité se rend justice.

INos neveux moins polis que toi,

Flétriront bientôt ma couronne:

Peu jaloux de vivre après moi ,

Je les approuve et leur pardonne.

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