‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 21 sur 147 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

De quel droit ose-t-on m'arrachcr de tes bras ?

Se peut-il que du Ciel la bonté paternelle

Ait choisi pour encens les malheurs d'ici-bas ?

Reviens de ton erreur, crédule Eléonore.

Si tous deux égarés dans l'épaisseur du bols,

Aux doux bruits des ruisseaux mêlant nos douces voix,

Nous nous disions sans fin, je t'aime, je t'adore;

Quel mal ferait aux dieux notre innocente ardeur ?

Sur le gazon fleuri si, près de moi couchée.

Tu remplissais tes yeux d'une molle langueur;

Si ta bouche brûlante à la mienne attachée

Jetait dans tous mes sens une vive chaleur;

Si mourant sous l'excès d'un bonheur sans mesure,

Nous renaissions encor, pour encor expirer;

Quel mal ferait aux dieux cette volupté pure?

La voix du sentiment ne peut nous égarer,

Et l'on n'est point coupable en suivant la nature.

Ce Jupiter qu'on peint si fier et si cruel.

Plongé dans les douceurs d'un repos éternel ,

De ce que nous faisons ne s'embarrasse guère :

Ses regards étendus sur la nature entière.

Ne se fixent jamais sur un faible mortel.

Va, crois-moi, le plaisir est toujours légitime,.

L'amour est un devoir, et l'inconstance un crime.

Laissons la vanité, riche dans ses projets.

Se créer sans effort une seconde vie;

Laissons-la promener ses regards satisfaits

.Sur l'immorlalilé; rions de sa folie.

Cet abyme sans fond où la mort nous conduit Garde éternellement tout ce qu'il engloutit. Tandis que nous vivons , faisons notre Elysée. L'autre n'est qu'un beau rêve inventé par les rois, Pour tenir leurs sujets sous la verge des lois; Et cet épouvantai 1 de la foule abusée, Ce Tartare, ces fouets, cette urne, ces serpens. Font moins de mal aux morts que de peur aux vivans.

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