LIVRE I
Courbé sous un joug despotique.
Dans un long esclavage il languit enchaîné : Mais quand la mort propice a fini ses misères, Il revole joyeux aux pays de ses pères, Et cet heureux retour est suivi d'un repas. Pour moi , vivant ou mort , je reste sur vos pas. Esclave fortuné, même après mon trépas.
Je ne veux plus quitter mon maître.
Mon paradis ne saurait être
Aux lieux où vous ne serez pas.
Jadis au milieu des nuages L'habitant de l'Ecosse avait placé le sien. Il donnait à son gré le calme ou les orages : Des mortels vertueux il cherchait l'entretien ;
Entouré de vapeurs brillantes,
Couvert d'une robe d'azur, Il aimait à glisser sous le ciel le plus pur, Et se montrait souvent sous des formes riantes.
Ce passe-temps est assez doux ; Mais de ces Sylphes , entre nous , Je ne veux point grossir le nombre.
J'ai quelque répugnance à n'être plus qu'une ombre; Une ombre est peu de chose , et les corps valent mieux : Cardons-les. Mahomet eut grand soin de nous dire
ao POÉSIES EROTIQUES.
Que dans son paradis l'on entrait avec eux.
Des Houris c'est l'heureux empire.
Là les attraits sont immortels; Hébé n'y vieillit point; la belle Cythérée, D'un hommage plus doux constamment honorée, Y prodigue aux élus des plaisirs éternels. Mais je voudrais y voir un maître que j'adore , L'amour, qui donne seul un charme à nos désirs, L'amour , qui donne seul de la grâce aux plaisirs. Pour le rendre parfait, j'y conduirais encore
La tranquille et pure Amitié, Et d'un cœur trop sensible elle aurait la moitié.
Asvle d'une paix profonde.
Ce lieu serait alors le plus beau des séjours;
Et ce paradis des amours.
Auprès d'Eléonore on le trouve en ce monde.