PROJET DE SOLITUDE
Fuyons ces tristes lieux , à maîtresse adorée ,
Nous perdons en espoir la moitié de nos jours,
Et la crainte importune y trouhle nos amours.
Non loin de ce rivage est une île ignorée.
Interdite aux vaisseaux, et d'écueils entourée.
Un zéphir éternel y rafraîchit les airs.
Libre et nouvelle encor, la prodigue nature
Embellit de ses dons ce point de l'univers :
Des ruisseaux argentés i^oulent sur la verdure,
Et vont en serpentant se perdre au sein des mers;
Une main favorable y reproduit sans cesse
L'ananas parfumé des plus douces odeurs;
Et l'oranger touffu, courbé sous sa richesse;,
Se couvre en même temps et de fruits et de fleurs.