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il n'avait été qu'un homme à bonnes fortunes, et c'est dans ses souvenirs qu'il puisa toutes les inspirations de sa muse. Ses A'ers , pleins de chaleur, manquent d'amour : Parny seul a gardé le secret du cœur, et avec lui le surnom de Tibulle. « Si le « feu de l'imagination , dit M. Dussault , pouvait « dans l'élégie remplacer d'autres flammes ; si la « richesse et la fertilité des idées y faisaient exce cuser l'aridité des sentimens ; si l'abondance des « expressions et la chaleur des mouvemens sup- « pléaient , dans ce poème , à cette mesure , à a cette justesse , à cette perfection de goût qui en « sont les conditions principales, et à cette préci- « sion du cœur, plus sévère encore que celle de « l'esprit, la couronne resterait peut-être incer- « taine ; mais il y a long-temps qu'elle est décer- « née à Parny. »
Tous les critiques n'ont pas jugé avec l'impartialité de M. Dussault. Laharpe , froid , maniéré dans ses productions, et fauteur de la versification élaborée de Bertin , reprochait au chantre d'Éléonore l'abandon , le naturel , la perfection qu'il avait mis dans le genre élégiaque. Pour le
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bonheur des lettres , l'école de Laharpe n'a pas toujours été celle des hommes de goût.
Les amours de Parny laissèrent dans son cœur des traces profondes. Le sentiment impérissable de nos premières affections vint encore émouvoir le poète lorsqu'au déclin de ses jours il reçut une lettre de son amie; cependant il avait refusé de s'unir à Éléonore , veuve, et mère de nombreux enfans : mais, ce n'était plus Eléonore ! Cette triste réflexion fut peut-être celle de Parny. Elle rappelle ce que, long-temps avant, il écrivait à Bertin sur les femmes créoles ; « La chaleur excessive « empêche les lis et les roses d'éclore sur leur vice sage; cette chaleur flétrit encore avant le temps « d'autres attraits plus précieux : ici une femme de « vingt-cinq ans en a déjà quarante. »
Un sentiment vague d'indépendance et le besoin d'investigation qui dominait le caractère de Parny l'engagèrent dans des voyages de long cours. Cette incertitude romanesque, qui est le résultat d'une éducation paresseuse et de la chaleur de l'imagination, fut le mobile constant de la conduite du poète. On reconnaît cette vérité en lisant la
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peinture naïve qu'il donne de ses propres sensations :
Le ciel, qiii voulait mon bonheur, Avait mis au fond de mon cœur La pai-esse et l'insouciance :
Je ne sais cjiiel démon jaloux Joignit à ces aimables goûts L'inquié^Jde et l'inconstance!
Après un exil de vingt mois Je quittai la brûlante Afrique ; J'allais poiu" la dernière fois Picpasser le double tropique.
Mais un desii- impérieux Me pousse aux indiens rivages.
Toujours errant et paresseux J'aime et je maudis les voyages.
11 s'embarqua à Buénos-Ayres comme aide-decamp du gouverneur français dans l'Inde. Fatigué bientôt du séjour de Pondichéry et plus encore de l'état militaire auquel sa santé le forçait à re-^ noncer, il revint en France et choisit pour retraite le beau vallon de Feuillancour, situé entre Saint-» Germain et Marli. C'est là qu'il laissait couler sa vie entre les plaisirs que donnent la culture des lettres et les charmes d'une société choisie. "
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La révolution vint le tirer de cette incurie ; elle apportait des réformes en harmonie avec le caractère indépendant et la position sociale de Parny. Il crut pendant quelque temps sourire à l'image de la liberté : indifférent à l'ambition et aux préjugés de la noblesse, son cœur s'abandonnait sans -contrainte à ce nouveau culte; mais l'illusion fut passagère. Le voile déchiré, mit au grand jour les excès qui souillaient la France , au nom de la déesse : elle n'existait plus. Parny, qu'une opposition modérée avait vu dans ses rangs, craignit que la Convention , par des visites domicilières, ne vînt à confondre la morale de l'honnête homme avec les principes des écrivains que la licence avait enfantés et qui ont fini avec elle. Son portefeuille renfermait un poème empreint de la grâce et de la verve du plus beau talent sur les Amours des Reines et Régentes de France. Il le livra aux flammes, pour respecter les douleurs de ce temps malheureux.
Un modeste emploi dans les bureaux de l'instruction pubhque, et l'amitié bienfaisante du général Macdonald vinrent adoucir les privations de
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Parny que les assignats avaient ruiné. Il eut aussi, pendant quelque temps , l'administration du Théâtre des Arts. En 1 799, il composa pour la fête delà Jeunesse, un hymne qui fut inséré dans le Moniteur^ et la même année vit paraître un poème qui souleva tout ce qui restait attaché au culte, qui avait été l'objet de tant de persécutions : la Guerre des Dieux, épopée bien inférieure à la Pucelle de Voltaire , produisit encore plus de scandale.
Des plaintes, des reproches, des récriminations amères vinrent flétrir le poète, et le cynisme de ses vers fit éclater l'aigreur de l'intolérance : qu'on nous permette cependant, en faisant la part de la critique, de laisser au talent ce que l'on ne peut lui refuser sans injustice.
La pudeur a souvent à rougir des peintures obscènes qui couvrent quelques pages de \2t.Guerre des Dieux; et les sarcasmes dirigés contre le culte dominant en France s'y reproduisent sous toutes les formes. Que le poète, pour sa justification, puisse invoquer les exemples de l'antiquité et la liberté des opinions religieuses ; il en a le droit :