‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 38 sur 147 · RETOUR A ÉLÉONORE · texte numérisé non relu

RETOUR A ÉLÉONORE

Ah! si jamais on aima sur la terre, Si d'un mortel on vit les Dieux jaloux, C'est dans le temps où crédule et sincère J'étais heureux, et l'étais avec vous.

Ce doux lien n'avait point de modèle : Moins tendrement le frère aime sa sœur. Le jeune époux son épouse nouveUt;, L'ami sensible un ami de son cœur.

O toi qui fus ma maîtresse fidèle, Tu ne l'es plus! Voilà donc ces amours Que ta proniosse éternisait d'avance!

4o POÉSIES EROTIQUES.

Ils sont passés; déjà ton inconstance

En tristes nuits a changé mes beaux jours.

N'est-ce pas moi de qui l'heureuse adresse

Aux voluptés instruisit ta jeunesse?

Pour le donner , ton cœur est-il à toi ?

De ses soupirs le premier fut pour moi,

Et je reçus ta première promesse.

Tu me disais : « Le devoir et l'honneur

« Ne veulent point que je sois votre amante.

« N'espérez rien; si je donnais mon cœur,

« Vous tromperiez ma jeunesse imprudente :

a On me l'a dit, votre sexe est trompeur. »

Ainsi parlait ta sagesse craintive;

Et cependant tu ne me fuyais pas;

Et cependant une rougeur plus vive

Embellissait tes modestes appas;

Et cependant tu prononçais sans cesse

Le mot d'amour qui causait ton effroi;

Et dans ma main la tienne avec mollesse

Venait tomber pour demander ma foi.

Je la donnai, je te la donne encore.

J'en fais serment au seul Dieu que j'adore.

Au Dieu chéri par toi-même adoré ;

De tes erreurs j'ai causé la première ;

De mes erreurs tu seras la dernière.

Et si jamais ton amant égaré

Pouvait changer; s'il voyait sur la t(!rre

D'autre bonheur que celui de te plaire; -

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