‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 58 sur 147 · LIVRE Ilf · texte numérisé non relu

LIVRE Ilf

Lorsque ses doigts égarés sur les lys Viennent enfin au temple de Cypris, De la pudeur prévenant la défense, Par un baiser, il la force au silence. Il donne un frein aux aveugles désirs; La jouissance est long-temps différée; Il la prolonge, et son âme enivrée Boit lentement la coupe des plaisirs.

Eléonore , amante fortunée ,

Reste à jamais dans mes bras enchaînée.

Trouble charmant! le bonheur qui n'est plus

D'un nouveau rouge a coloré ta joue;

De tes cheveux le ruban se dénoue ,

Et du corset les liens sont rompus.

Ah! garde-toi de ressaisir encore

Ce vêtement qu'ont dérangé nos jeux;

Ne m'ote point ces charmes que j'adore.

Et qu'à-la-fois tous mes sens soient heureux!

Nous sommes seuls, je désire et tu m'aimes;

Reste sans voile, 6 fille des Amours!

Ne rougis point, les Grâces elles-mêmes

De ce beau corps ont formé les contours.

Partout mes yeux reconnaissent l'albâtre ,

Partout mes doigts effleurent le satin ;

Faible pudeur tu résistes en vain ,

Des voluptés je baise le théâtre.

Pardonne tout , et ne refuse rien ,

Elëonore ; Amour est mon complice.

Mon corps frissonne en sapprochant du lien. Plus près encor , je sens avec délice Ton sein brûlant palpiter sous le mien.... Ah! laisse-moi, dans mes transports avides, Boire l'Amour sur tes lèvres humides :

Oui ton haleine a coule dans mon cœur. Des voluptés elle y porte la flamme; Objet charmant de ma tendre fureur , Dans ce baiser reçois toute mon ame.

A ces transports succède la douceur D'un long repos. Délicieux silence.

Calme des sens, nouvelle jouissance.

Vous donnez seuls le suprême bonheur 1

Puissent ainsi s'écouler nos journées Aux voluptés en secret destinées !

Qu'un long amour m'assure tes attraits; Qu'vm long baiser nous unisse à jamais. Laisse gronder la sagesse ennemie; Le plaisir seul donne un prix à la vie. Plaisirs, transports, doux présens de Vénus! Il faut mourir quand on vous a perdus!

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