‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 6 sur 147 · A ÉL^ONORE · texte numérisé non relu

A ÉL^ONORE

Enfin, ma chère Éléonore, Tu l'as connu ce péché si charmant , Que tu craignais même en le désirant; En le goûtant, tu le craignais encore.

Eh bien , dis-moi , qu'a-t-il donc d'effravant Que laisse-t-il après lui dans ton ame? Un léger trouble, un tendre souvenir, L'étonnement de sa nouvelle flamme.

Un doux regret , et surtout un désir.

Déjà la rose aux lis de ton visage

Mêle ses brillantes coulem's;

Dans tes beaux yeux , à la pudeur sauvage Succèdent les molles langueurs, (^ui de nos plaisirs enchanteurs

Sont à-la-fois la suite et le présage.

Ton sein doucement agité Avec moins de timidité Repousse la gaze légère Qu'arrangea la main d'une mère, Et que la main du tendre amour, Moins discrète et plus familière, Saura déranger à son tour.

Une agréable rêverie Remplace enfin cet enjouement, Cette piquante étourderie.

Qui désespéraient ton amant; Et ton âme plus attendrie S'abandonne nonchalamment Au délicieux sentiment D'une douce mélancolie.

Ah! laissons nos tristes censeurs Traiter de crime impardonnable, TjC seul baume pour nos douleurs ,

Ce plaisir pur, dont un dieu favorable Mit le germe dans tous les cœurs.

Ne crois pas à leur imposture; I^eur zèle liypocrite et jaloux Fait un outrage à la nature :

Non, le crime n'est pas si doux.

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