ELEGIE VI
J Al cherché dans l'absence un remède à mes maux; J'ai fui les lieux charmans qu'embellit l'infidèle. Caché dans ces forêts dont l'ombre est éternelle. J'ai trouvé le silence,etjamais le repos. Par les sombres détours d'une route inconnue
.l'arrivé sur ces monts qui divisent la nue:
De quel étonnement tous mes sens sont l'ra[)pës!
Quel calme! quels objets! quelle innnense étendue!
La mer paraît sans borne âmes regards trompés,
Et dans l'azur des cieux est au loin confondue.
Le Zéphyr en ce lieu tempère les chaleurs;
De l'Aquilon par fois on y sent les rigueurs;
Et tandis que l'hiver habite ces montagnes,
Plus bas l'été brûlant dessèche les campagnes.
Le volcan dans sa course a dévoré ces champs;
La pierre calcinée atteste son passage:
L'arbre y croît avec peine; et l'oiseau par ses chants
N'a jamais égayé ce lieu triste et sauvage.
Tout se tait, tout est mort; mourez, honteux soupirs,
Mourez, importuns souvenirs
Qui me retracez l'infidèle ;
Mourez , tumultueux désirs ,
Ou soyez volages comme elle.
Ces bois ne peuvent me cacher;
Ici même , avec tous ses charmes ,
L'ingrate encore me vient chercher;
Et son nom fait couler des larmes
Que le temps aurait dû sécher.
O dieux! 6 rendez-moi ma raison égarée; Arrachez de mon cœur cette image adorée ; Eteignez cet amour qu'elle vient rallumer. Et qui remplit encor mon anu; tout entière.