‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 65 sur 147 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Ahî l'on devrait cesser d'aimer

Au moment qu'on cesse de plaire.

Tandis, qu'avec mes pleurs la plainte et les regrels

Coulent de mon âme attendrie,

J'avance, et de nouveaux objets

Interrompent ma rêverie.

Je vois naître à mes pieds ces ruisseaux différcns, Qui, changés tout-à-coup en rapides torrens, Traversent à grand bruit les ravines profondes, Roulent avec leurs flots le ravage et l'horreur. Fondent sur le rivage, et vont avec fureur Dans l'Océan troublé précipiter leurs ondes. Je vois des rocs noircis , dont le front orgueilleux

S'élève et va frapper les cieux.

Le temps a gravé sur leurs cimes

L'empreinte de la vétusté.

Mon œil rapidement porté De torrens en torrens , d'abîmes en abîmes ,

S'arrête épouvanté.

O nature! qu'ici je ressens ton empire! J'aime de ce désert la sauvage dpreté ; De tes travaux hardis j'aime la majesté; Oui ton horreur me plaît; je frissonne, et j'admire.

Dans ce séjour tranquille, aux regards des humains

Que ne puis-je cacher le reste de ma vie!

Que ne puis-je du moins v laisser mes chagrins!

n6 POÉSIES EROTIQUES.

Je venais oublier l'ingrate qui m'oublie, Et ma bouclie indiscrète a prononeé son nom , Je l'ai redit cent fois , et l'écbo solitaire De ma voix douloureuse a prolongé le son.

Ma main l'a gravé sur la pierre ;

Au mien il est entrelacé.

Un jour le voyageur, sous la mousse légère.

De ces noms connus à Cythère

Verra quelque reste effacé.

Soudain il s'écriera : Son amour fut extrême ; Il chanta sa maîtresse au fond de ces déserts. Pleurons sur ses malheurs, et relisons les vers

Qu'il soupira dans ce lieu même.

Page 1