‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 92 sur 147 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

CHANT PREMlEPt

Je vais chanter... Non, niossicurs ; je nie Irompe Ce vieux début a pour moi trop de pompe. Je vais sifBer !?iu' ui> air de Handcl , Quelques héros de l'antique Angleterre, Leur souverain, son audace guerrière, Et de ses fils le laurier immortel.

Approchez donc, déesse de mémoire :

Vous en manquez souvent, et de l'histoire En maint endroit le texte est effacé; Mais le présent nous dira le passé.

Vous qui savez qu'un long sommeil paisible Rend à l'amour une heureuse vigueur, Et qu au réveil l'époux le moins sensible Des doux désirs retrouve la chaleur,

28o GODDAM!

Plaignez Harold, surtout plaignez Gizène.

Ouvrant les yeux, ce roi dit à sa reine :

« Goddam! « Tout bas la reine dit au roi :

« Pourquoi jurer? Il vaudrait mieux... — Pourquoi?

C'est qu'en jurant la bile s'évapore.

— Vous en avez? — Beaucoup ; j'ai mal dormi. ■ — Et moi trop bien : il fallait, mon ami...

— Guerre aux Français! guerre mortelle! — Encore? Et les traités? — Nous les avons rompus.

- — Déjà ? — Trop tard. — A peine ils sont conclus. On va d'impôts écraser le royaume.

• — John Bull * paiera. — Que nous ont fait Guillaume Et ses Normands? — Ne sont-ils pas Français?

— Et nous, monsieur, nous sommes trop Anglais. Au loin notre or va soudoyer les crimes ,

Les vils complots et la rébellion ; Nos alliés deviennent nos victimes; Rien n'est sacré pour notre ambition...

— Je veux les mers ; je les veux sans partage.

— Vous baltrcz-vous? — Fi donc! j'ai du courage, Mais je suis roi : je compte sur mes fils.

Ils laisseront la taverne et la chasse;

Et je prendrai, si j'en crois leur audace,

Bordeaux, Dijon, Reims, et même Paris.

— Tachons plutôt de rester où nous sommes.

* Ay/// r.iriif, le j)c;ij)lc.

Guillaume est jeune, intrépide. — Il ne peut Franeliir nos mers. — Il peut tout ce qu'il veut.

— J'en conviendrai ; ces Français sont des hommes Expéditifs; point de momens perdus.

— Vous étiez homme aussi. — N'en parlons plus, » Après ces mots, qu'en baillant il achève,

I^e grand Harold pompeusement se lève;

Signe trois hills, rit avec ses valets,

Et d'une chasse ordonne les apprêts.

Mais Inepton, son chancelier fidèle,

Triste, s'avance. «Eh bien, quelle nouvelle?

Lui dit le roi. — Sire un conseil secret

Est convoqué. — Qu'il attende; je chasse.

• — ■ Il est urgent ; Guillaume vous menace ,

Et d'une attaque il montre le projet;

Ses ports sont pleins. — Quel excès d'insolence î

Vite, au conseil! exterminons la France. »

Pâle de peur, et de jactance enflé.

L'aréopage est déjà rassemblé.

Enviroiînés de nuages humides, Sur lui planaient les Gnomes et Gnomides Dont il chérit le pouvoir protecteur :

L'adroit Robbing *, Cheat ** sa fidèle sœur. L'insolent Pride ***, et Flith *'** prompte et légère,

* Vol.

** Fourberie.

*** Orgueil.

"** Tu. ic.

28a GODDAM !

Souvent utile aux braves d'Angleterre, D'autres cncor chargés d'emplois divers, Et dont les noms fatigueraient mes vers. Les fds du roi, Cambrid, Erland, x'^nsclare, Tenk , et Dolpha , de ce conseil bizarre Sont les Sully : Kior, l'aîné de tous, Ambitieux sous un air sa£;e et doux.

Partit la veille, et rassemble l'armée.

Sa majesté, de courroux enflammée.

Entre au conseil en s'écriant : « Je veux... Je ne veux rien ; délibérez ; j'écoute. »

A.NSCLARE.

« Vos ennemis vous menacent : chez eux Il faut porter le ravage.

LE ROI

Sans doute.

ANSCLARE.

CJonOez-moi deux cents vaisseaux.

LE ROI

ANSCLARE.

Prends-les.

J'euiharquerai , j'armerai ces Français De U;ur [)ays bannis par l'injustice; Et que nourrit votre bonté propice.

LE ROT

Oui ; leur aspect fatigue mes sujets.

CAMBRID.

A mes talens confiez la milice.

LE ROI

Va l'inspecter, et que Dieu la bénisse.

TENK.

Sire, il est temps que je sois général.

LE ROI

Rien de plus juste.

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