La pèche fut sans doute comprise tacitement dans
tionale stipulait bien, dans chaque décret, qu'en attendant on payerait les anciens droits; qu'on respecterait, en attendant, les anciens tribunaux; mais le peuple, qui, disait-on, devait être apaisé par tant de sacrifices, et dont le comte de Castellane, le vicomte de Noailles et le duc d'Aiguillon répondaient, ne s'est montré que plus insatiable et plus féroce : c'est à l'époque des abandons qu'il s'est brûlé plus de châteaux et commis plus de meurtres dans toute l'étendue du royaume. L'Assemblée abolissait les droits féodaux, et le peuple mettait le feu à toutes les archives et à tous les titres; l'Assemblée effaçait la distinction de la naissance, et le peuple massacrait les nobles; l'Assemblée décrétait contre les privilèges pécuniaires une égale répartition des impôts, et le peuple n'en a plus payé du tout. De sorte que ce peuple, armé du pouvoir exécutif, s'est toujours lancé au delà des décrets de l'Assemblée; qu'il a sans cesse décidé par le fait ce qu'elle essayait d'établir par le droit; qu'elle a fini par lui sembler timide et méprisable, et que déjà ses oracles ne sont pas moins décriés que les ordres du roi.
En flattant le peuple, l'Assemblée nationale
l'arrêté sur la chasse et décrétée in petto, car on n'a jamais rien proposé ni délibéré à son sujet, et son nom n'a pas encore été prononcé.
tendait à deux fins : l'une était d'accabler l'autorité royale, et l'autre de préparer la nation à mieux se soumettre aux lois et aux contributions nouvelles. Mais le peuple n'a servi que le premier vœu de l'Assemblée, et sur tout le reste il l'a maîtrisée tyranniquement. Elle s'est servie de Paris pour renverser le trône; Paris se sert d'elle pour dominer la France. C'est une chose merveilleuse que l'attention délicate et la souplesse avec laquelle cette puissance législative se conforme à l'esprit populaire. Elle a sévi contre les parlements, parce que le peuple les abandonne; mais elle respecte les districts qui la bravent, elle empêche les assemblées provinciales quand le peuple les proscrit, et tremble devant des bureaux renforcés que le peuple soutient. Enfin, toutes les fois que la populace fermente, l'Assemblée nationale partage ou dissimule ses excès : semblable à un navire porté sur une mer orageuse, elle s'élève ou s'abaisse au gré des flots qui la poussent. Ses décrets, j'en excepte ceux auxquels le peuple parisien ne s'intéresse pas, sont préparés ou revisés dans les districts et au Palais-Royal. En un mot, telle est aujourd'hui la triste dépendance et l'état de fluctuation de cette auguste Assemblée, qu'elle peut faire rire l'Europe autant qu'elle fait gémir la France.