‹ OEuvres choisies de A. Rivarol. Avec une préfChapitre 17 sur 31 · Canto I, 2 sta · texte numérisé non relu

Canto I, 2 sta

moins assurés de leur vie que ceux qui n'ont pas de quoi vivre. Ceci est fondamental en Angleterre : un homme n'a le droit d'y porter les armes que lorsqu'il est en état de répondre de toutes ses actions.

Le même défaut se retrouve dans le décret qui admet indistinctement tous les sujets aux mêmes emplois. On leur confiera des dépôts sans qu'ils en puissent répondre ; sur la supposition que, n'ayant pas les trésors de la fortune, ils auront les dons de la nature et de l'éducation , c'est-à-dire les talents et les vertus. Mais pourquoi l'Assemblée nationale, en statuant l'égalité des droits parmi les hommes, n'a-t-elle pas décrété qu'ils auraient tous également des talents et des vertus? Il est vrai que la nature résisterait mieux que la monarchie aux décrets de l'Assemblée.

Cette nature est inégale dans ses productions, elle l'est encore dans les présents qu'elle dispense, et cette inégalité, nous l'appelons variété. Pourquoi ne pas donner le même nom à la distinction des rangs et à l'inégalité des conditions? Les rangs, direz-vous, sont odieux, et les grandes fortunes insupportables. Mais la loi est-elle donc aux ordres de l'envie, et doit-on consulter la laideur et la sottise sur le prix du génie et de la beauté? On a voulu faire de la France une grande loterie où chacun pût gagner sans y mettre. Parcourez la

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série des décrets de l'Assemblée, vous croirez entendre, à l'éloquence près, la voix des Gracques et de tous ces ttibuns qui adulaient la canaille latine, et qui finirent par renverser la république. L'Assemblée nationale, en détruisant la hiérarchie des conditions, si conforme à la nature des monarchies, pense obtenir un meilleur ordre de choses : penserait-elle aussi, en donnant aux notes la même valeur et en les rangeant toutes sur une même ligne, créer d'autres accords et donner au monde une nouvelle harmonie?

Pendant qu'on rédigeait la déclaration des droits de l'homme et les articles de la nuit du 4 août, nuit désastreuse, qu'on peut appeler la Saint-Barthélémy des propriétés, le royaume était désolé par le fer et par le feu autant que par la disette. Des courriers, porteurs de faux ordres du roi, parcouraient les campagnes, et les soulevaient contre les châteaux et les maisons des grands propriétaires. Dans les villes, on semait des bruits de complots, de conspirations, de dépôts d'armes et d'approche de troupes. L'Assemblée recevait chaque jour des avis alarmants, et chaque jour, pour toute réponse, elle abattait quelque partie de l'ancien édifice , croyant arrêter l'incendie par la démolition. Enfin les plaintes devinrent si touchantes et les tableaux de nos désastres si effrayants qu'elle nomma un comité des recherches; mais'ce comité ne nomma

personne. L'ambassadeur d'Angleterre ne gagna rien à dénoncer le complot sur Brest; les courriers furent arrêtés en vain ; un histrion se fit pendre inutilement'. Soit que le comité cherchât d'autres coupables que ceux qu'il trouvait, soit qu'il eût trouvé ceux qu'il ne cherchait pas, il est certain qu'également sourd et muet, il n'a voulu ni entendre ce qu'on lui disait ni rapporter ce qu'il savait.

Il a fallu des crimes et des catastrophes épouvantables pour qu'on rougît de sa discrétion; les partis opposés dans l'Assemblée nationale l'ont inutilement sommé de parler, et M. Goupil, le Calchas de ce comité, n'a pu refuser de paraître à la tribune ; mais il a jeté dans l'Assemblée des paroles si ambiguës et des soupçons si étranges qu'on a regretté son silence. Après lui, un de ses collègues, M. Glezen (il est bien triste d'être obligé de nommer de pareilles gens), a parlé plus clairement et a dirigé les soupçons des uns et les alarmes des autres sur M. Malouet, citoyen éloquent, dont la haine des pervers affermit de jour en jour la réputation. Tous les yeux se sont alors tournés sur lui : les mauvais citoyens étaient ravis qu'il fût

i . Bordier, acteur du théâtre des Variétés, qui soulevait Rouen avec l'or du Palais-Royal. Les pièces de son procès n'ont servi de rien au comité des recherches.

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accusé, et les bons tremblaient qu'il fût coupable. Mais M. Malouet a bientôt dissipé la joie des uns et la crainte des autres; il a demandé, avec la contenance d'un homme irréprochable, la preuve de son crime ; le président du comité a produit une lettre que tout honnête homme voudrait avoir écrite. L'Assemblée, confuse, a cassé les membres de son tribunal d'inquisition et en a nommé d'autres. M. Goupil, couvert de honte, reste, avec son collègue, situé dans l'opinion publique entre la sottise et la méchanceté, car le peu de réputation dont il jouit le rend maître du choix.

Comparez maintenant cette tiédeur de l'Assemblée nationale et l'hypocrite retenue de ses inquisiteurs à la fureur avec laquelle on a poursuivi l'histoire fabuleuse de Vesoul, et celle du comte d'Esterhazy aux accusations multipliées du crime de lèse-nation , à la barbare ignorance de tous les principes avec laquelle on instruit aujourd'hui le procès du prince de Lambesc, du baron de Besenval et de M. Augeard. Vous verrez, dans l'affaire de Vesoul, l'Assemblée faire semblant de croire qu'un conseiller du parlement de Besançon, partant pour la Suisse, a recommandé à ses gens de rassembler dans son château les paysans de sa terre et de faire sauter le château et tous ses habitants avec de la poudre à canon; vous verrez l'Assemblée feindre de croire qu'un homme

sensé a pu donner un tel ordre, et, qui pis est, compter sur l'obéissance dans un moment où les riches n'ont pas d'autres ennemis que leurs domestiques; vous la verrez compromettre indécemment un roi qu'elle a déjà tant abaissé aux yeux de l'Europe entière, lui arracher des ordres que Louis XIV aurait craint de donner dans toute sa gloire, le forcer enfin d'écrire à toutes les puissances pour redemander le conseiller de Besançon. Dans l'affaire de M. d'Esterhazy, vous verrez encore l'Assemblée faire des recherches odieuses, qui ne tournent qu'à la honte des démagogues, étonnés qu'un ami de la reine pût être innocent. Et, si vous jetez les yeux sur les procès innombrables qu'on intente à ceux qui ont lésé la nation, combien ne serez-vous pas indigné qu'une assemblée législative crée dans son sein un tribunal d'inquisition et souffre qu'il s'en élève un autre dans Paris, destinés l'un et l'autre à poursuivre un crime qu'ils ne peuvent ni expliquer ni constater! Une assemblée législative pourra-t-elle se disculper jamais d'avoir érigé un tribunal pour des crimes d'une nouvelle espèce, sans lui avoir tracé la moindre instruction ? Cette Assemblée ignoret-elle que, dans les guerres civiles et dans une insurrection, le souverain est divisé? que par conséquent les deux partis sont dans un véritable état de guerre, et qu'on n'est coupable ni dans l'un ni

dans l'autre, ou, pour mieux dire, qu'on est coupable dans l'un et dans l'autre?

Iliacos intra muros peccatur et extra.

Il faut, pour avoir le droit de punir un officier du roi, prouver ou qu'il a commis des cruautés inutiles en défendant le prince, ou 'que, le prince étant reconnu pour fou , on a droit de s'en prendre à ceux qui ont exécuté ses ordres contre son peuple. Mais on ne peut alléguer ici ni l'un ni l'autre cas. Le roi, toujours humain, s'est joint lui-même à son peuple; M. de Besenval et les autres officiers se sont à peine montrés dans Paris le jour de l'insurrection, où tout Fiançais était indécis du nom qu'il portait en ce moment : car, de même que dans l'instant de la fermentation les fruits ne sont plus des fruits et la liqueur n'existe pas encore, ainsi dans la crise d'une insurrection les sujets ne sont plus sujets, l'État n'est plus l'État : tout est soldat, tout est champ de bataille. Mais, après la réunion, les citoyens reparaissent, et, loin que les vainqueurs aient à poursuivre les vaincus dans les tribunaux, il ne doit plus rester aux uns et aux autres que le regret des maux qu'ils se sont faits. Le peuple demeure inviolable aux yeux du prince, comme le prince aux yeux du peuple, et cette inviolabilité s'étend à tous dans Rivarol. II. 23

l'un et l'autre parti : voilà le droit des gens, voilà le sens commun. Je le dis hautement, le procès du baron de Besenval est la honte de l'Assemblée qui l'autorise et des absurdes inquisiteurs qui le poursuivent.

Parmi les mesures que prit l'Assemblée nationale pour arrêter le cours des assassinats et des incendies, on doit observer le nouveau serment qu'elle exigea des troupes; et ce moyen caractérise les lumières et les intentions de l'Assemblée. Il fut décrété que les troupes prêteraient serment, entre les mains des officiers municipaux, à la nation, à la loi et au roi. Si nos soldats raisonnent, il est certain qu'il n'y a plus d'armée en France; et alors qu'importe la forme du serment? Mais, s'il sont hors d'état d'analyser cette formule, il faut qu'on leur dise, et ils le sentent grossièrement, qu'il y a quelque chose entre la nation et le roi; et, comme cette chose, qui est la loi, est un être abstrait qui ne doit jamais tomber sous leurs yeux, il en résulte que l'idée jadis si claire du serment prêté à un roi reste obscure et sans force dans leur esprit. D'ailleurs, après la défection générale, la nation ne doit pas plus compter sur l'armée que le roi luimême. Cette formule du nouveau serment est donc inutile ou vicieuse, sans compter que, dans une constitution monarchique, le roi étant le chef de la nation et l'organe des lois, le serment prêté à sa

personne l'est aussi aux lois et à la nation. Mais je me trompe quand je dis que cette formule du serment militaire est inutile : elle tend au grand but d'avilir l'autorité royale.

Les Juifs présentèrent aussi à l'Assemblée un récit pathétique de toutes les horreurs qu'on exerçait sur eux, en Alsace et dans d'autres provinces, depuis les premiers décrets de l'Assemblée. Ils demandaient humblement d'être compris dans la déclaration des droits. Les Juifs, sans lesquels nous ne serions pas chrétiens, ne seraient donc pas hommes sans nous! Que dira la postérité de ce lamentable mélange de vénération et de culte pour les pères, de mépris et de barbarie envers les enfants?

No IV

Si nos in sceptra reponis?

M. Bergasse, membre du comité de constitution, présenta vers cette même époque un excellent travail sur les lois judiciaires, et se montra aussi opposé aux Target1 et à tous les esprits malsains

1. Il faut rendre cette justice à M. Target qu'il s'est aperçu, après un ou deux mois d'éloquence, qu'il tuait l'Assemblée, et qu'il a gardé depuis un silence fort honorable. Il y apeu de gens qui sacrifient ainsi leur rhétorique à la patrie, et qui, ayant le talent de parler, aient l'humanité de se taire.

de l'Assemblée, que ceux-ci le sont ordinairement à la raison et à la véritable éloquence. Je ne sais quel député ouvrit alors l'importante question de la libaté des consciences. Cet objet politique et religieux devait mettre en jeu toutes les éloquences de l'Assemblée, et chacun s'y attendait; mais on venait de porter un si rude coup aux propriétés de l'Eglise par la suppression des dîmes qu'on crut inhumain de lui ôter l'empire que lui donne l'unité du culte, en permettant l'exercice public de toutes les religions. Ici la philosophie de l'Assemblée se montra toute financière; elle se souvint que jadis l'Eglise accordait les biens spirituels en échange des biens temporels, et elle s'en souvint pour l'imiter et pour la consoler, ce semble, de la perte des uns par le maintien de autres. C'était une dérision. M. Rabaut-Saint-Etienne, député et philosophe protestant, pérora plutôt qu'il ne combattit pour cette grande cause : soit qu'il en ait renvoyé le succès à une autre époque, soit qu'il en regarde le décret comme nécessaire, d'après la déclaration des droits de l'homme, soit enfin qu'ayant montré, dès l'ouverture des Etats généraux, des prétentions embarrassantes, il ait voulu les justifier par un zèle prudent ou les expier par un silence honorable.

Les différent décrets émanés de l'Assemblée nationale, depuis sa formation, avaient été publiés

dans les provinces, tantôt au nom de l'Assemblée et tantôt de par le roi. Tous ces décrets, excepté ceux par lesquels les communes se déclarèrent Assemblée nationale, et déclarèrent en même temps tous les impôts existants illégaux, ne regardaient que la tranquillité publique, la disette et la libre circulation des grains. L'Assemblée ordonnait la tranquillité et recommandait l'abondance ; Sa Majesté, à qui l'on renvoyait ces ordonnances, les recevait de la main du président et les remettait à ses ministres, qui les faisaient parvenir dans tout le royaume.

Mais, à mesure qu'on avançait dans la déclaration des droits de l'homme et dans les articles de la constitution, lorsqu'on vit éclore au grand jour, dans la séance du 5 août, la foule des articles qu'on devait aux ténèbres de la nuit, il fallut bien s'occuper des moyens de les faire accepter à Sa Majesté, déterminer la nature de la sanction royale et fixer ainsi la part du prince dans la législation, c'est-à-dire dans la souveraineté.

Loin de m'excuser aux yeux de mes lecteurs de la sécheresse delà discussion où je vaism'engager, je leur demande au contraire un nouveau degré d'attention. L'intérêt du sujet doit les soutenir contre sa sévérité. Il faut que. je rassemble en peu de lignes des faits qui ont coûté bien des séances à l'Assemblée, bien des intrigues et des crimes au

Palais-Royal; il faut encore que ces faits soient jugés d'après des principes qui ont exigé des volumes, et sur lesquels, malgré l'Esprit des Lois et surtout le Contrat Social, nous avons encore toute notre innocence. Mais, avec les plus grand efforts, dit l'auteur de ce dernier ouvrage, on n'est pas clair pour qui n'est pas attentif. Il n'est pas en effet de clarté pour la distraction.

En partant du principe que la souveraineté est dans la totalité de la nation, il faut se bien répéter les vérités suivantes.

Dans toute nation, il y a le Souverain, YEtat et le Gouvernement. Le Souverain est la source de tous les pouvoirs, le Gouvernement est la force qui les exerce, et l'État est le sujet. Si la nation se gouverne elle-même, elle est à la fois l'État et le Souverain; le Gouvernement, qui s'appelle alors démocratie, se cache et disparaît comme un ressort intime et secret entre le Souverain et l'État; n'étant à personne en particulier, il n'est visible que dans les actes qu'il fait, et le peuple est tout ensemble maître et sujet. C'est ainsi que chaque individu se gouverne démocratiquement; nous nous commandons à nous-mêmes, et nous nous obéissons. Aussi, plus un peuple est simple, plus il ressemble à un seul homme, et mieux la démocratie lui convient. S'il existait, dit Rousseau, un peuple de dieux, il se conduirait démocratiquement . Mais où trouver un tel

peuple? Il n'y a pas de démocratie pure sur la terre. On ne connaît pas de peuple assez simple dans ses mœurs, ou assez peu nombreux, pour se gouverner constamment lui-même. De quelque côté qu'une nation se tourne, il faut qu'elle se fie à quelqu'un : or, dès qu'un peuple a pris des guides ou des chefs, quelque nom qu'on leur donne, c'est toujours une aristocratie. Dès que le Gouvernement se sépare du Souverain et de l'Etat pour former un corps à part, dès qu'il est visible, il est aristocratique. Mais on est convenu pourtant d'appeler démocratiques les Etats où le peuple se rassemble souvent pour nommer ses magistrats. Dans un tel État, la force du Souverain est à son maximum, et celle du Gouvernement est au contraire à son minimum.

S'il y a dans une nation une assemblée de magistrats et de sénateurs toujours subsistante, que le peuple ne puisse changer à son gré, alors la souveraineté est comme aliénée; le Gouvernement en remplit les fonctions; le sénat est maître de l'État, tout le reste est sujet. C'est proprement l'aristocratie. Dans ces sortes d'États, le Gouvernement a une force moyenne.

Le gouvernement monarchique est comme un resserrement de l'aristocratie. Un seul homme y fait les fonctions de tout un sénat. Il est chef de l'État, il est roi ou monarque, c'est-à-dire magis-

trat suprême, s'il gouverne sur des lois consenties par le vœu ou par le silence de la nation ; s'il fait lui-même les lois, il est despote, et ce nom lui convient lors même qu'il fait le bonheur de ses sujets. L'être le plus aimé est alors le plus tyrannique. Dans un tel Etat, le Gouvernement est à son maximum et brille d'un grand éclat. La souveraineté nationale est tout à fait éclipsée. Elle ne peut, comme le feu central, se manifester que par des explosions. Le peuple, semblable aux géants de la fable, soulève les montagnes sous lesquelles il est enseveli, et la terre en est ébranlée : c'est le principe de l'insurrection.

Il n'existe pas un pur despotisme dans le monde : tous les gouvernements sont plus ou moins aristocratiques, ainsi que nous l'avons dit ailleurs. Mais il peut se trouver des nations qui souffrent tous les maux du despotisme, sans que le prince jouisse de toute la plénitude des pouvoirs. Un homme ne peut pas tout vouloir et toujours vouloir.

La fameuse devise des Romains, Scnatus populusque romanus, contient le germe de toutes ces idées. Le peuple est tout ensemble l'État et le Souverain, et le sénat est le chef de l'Etat ou le Gouvernement '.

1. Ce qu'on appelait plebs, ou petit peuple, était bien compris dans populus, de même que les patriciens qui n'étaient pas sénateurs; mais on trouvait un moyen d'élu-

Maintenant que nous avons établi ce que c'est que Souverain, Etat et Gouvernement, il nous reste à dire pourquoi le Souverain et l'Etat sont deux êtres simples et pourquoi le Gouvernement est un être composé.

La nation, en sa qualité de Souverain, est un être simple, parce qu'elle n'a qu'une volonté, qui est de se maintenir par de bonnes lois. L'Etat ne présente aussi qu'une idée, c'est la somme des sujets. Mais le Gouvernement, qui est l'effet immédiat de la volonté du Souverain, est composé des trois pouvoirs qui sont contenus dans cette volonté : le législatif, l'exécutif et le judiciaire.

La constitution étant le rapport du Souverain à l'État, on sent bien que le Gouvernement est la pièce importante de cette machine; c'est lui qui donne la vie et le mouvement. Il s'agit donc, pour que la constitution soit bonne, de bien combiner les trois pouvoirs; et c'est ici que commence la grande cause que le roi a perdue, non contre la nation, mais contre quelques démagogues.

L'expérience des siècles passés prouve que, toutes les fois que le peuple a exercé par lui-même les trois pouvoirs, la démocratie s'est changée en anaichie :

der l'influence de cette vile populace par une certaine manière de prendre les suffrages. Il n'y a eu, dans la république, que les tyrans qui aient fait leur cour à la canaille.

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des orateurs violents agitaient la multitude, comme les vents soulèvent les flots; et le peuple, flatté par les démagogues, avait tous les défauts des tyrans : il abrogeait les meilleures lois, condamnait les meilleurs citoyens et dissipait les revenus publics. Dans Athènes, le Souverain était fou et l'Etat malheureux.

Cette expérience de tous les siècles prouve encore que, si les trois pouvoirs sont réunis entre les mains d'un sénat ou d'un seul homme, il y a despotisme aristocratique et monarchique.

Il a donc fallu, pour se donner une constitution tolérable, que la souveraineté se divisât. Mais la tardive expérience est encore venue au secours de la raison et a démontré que, chaque fois qu'on n'établit que deux corps dépositaires du pouvoir, on engage un combat qui doit finir par l'extinction de l'un ou de l'autre et le renversement de la chose publique. Lorsqu'à Rome on eut chassé les rois, le sénat se mit à leur place et gouverna despotiquement, jusqu'à ce que le peuple, par ses fréquentes insurrections, l'eut forcé à reconnaître la magistrature des tribuns. Dès ce jour, la paix fut bannie de Rome; les tribuns, ayant trop abaissé le sénat, tuèrent la liberté à force d'indépendance et conduisirent violemment le peuple-roi à l'esclavage.

L'Angleterre, plus sage ou plus heureuse que toute l'antiquité, au gouvernement de Sparte près,

dont le sien est une image, a trouvé le véritable mode d'une constitution convenable à un peuple puissant. Les pouvoirs y sont partagés entre les représentants du peuple, qu'on nomme communes, le sénat, appelé chambre haute, et le roi. De sorte que, les communes tendant sans cesse vers la démocratie, la chambre haute vers les prérogatives de l'aristocratie, et le roi vers le despotisme, il en résulte un gouvernement mixte, dont les forces se tempèrent mutuellement, et qui réunit la plus vive énergie à la plus grande solidité. La chambre des communes et celle des pairs proposent la loi; le prince l'approuve ou la rejette; et c'est par ce veto absolu qu'il intervient dans le pouvoir législatif; il est en outre revêtu de tout le pouvoir exécutif. Quant au pouvoir judiciaire, chacun sait qu'en Angleterre on est jugé par ses pairs. Les juges sont des citoyens qu'on nomme jurés, pris dans toutes les classes, et capables de répondre de toutes leurs actions. Sur quoi nous observerons que Montesquieu, ayant trouvé la distinction des trois pouvoirs, se trompa lorsqu'il établit que le pouvoir judiciaire devait toujours être confié à des corps de magistrature. Il résulterait, d'un tel principe, qu'on ne serait jamais jugé par ses pairs, que tout citoyen ne pourrait être juge, et que les juges seraient un Etat dans l'État. Montesquieu, avec tout son génie, voyait partout les parlements de France.

Il a donc fallu, pour former une bonne constitution, le concours de trois forces; il a fallu que la puissance législative fût partagée entre le peuple, le sénat et le roi, et que la puissance fût tout entière concentrée dans la main du prince. Ce n'est point le hasard qui l'a voulu ainsi; c'est la nature des choses, qui, lorsqu'elle est bien connue, devient notre raison. Demander pourquoi il a fallu trois éléments pour faire une constitution durable, c'est demander pourquoi il faut sept tons à la musique, ou sept couleurs à la lumière; c'est demander pourquoi il faut trois termes pour une proportion. Or, il n'y a point de constitution si le Gouvernement ne sert pas de moyenne proportionnelle entre le Souverain et l'Etat '. J'excepte la démocratie pure,

i. Le sénat de Rome ayant ce qu'on appelle l'initiative de la loi, c'est-à-dire le droit de la proposer, le peuple, afin de se défendre des atteintes de ce corps législatif, donna le veto à ses tribuns, et ce veto fut absolu. Si les tribuns avaient eu l'initiative, le sénat aurait eu le veto : car, dès qu'un corps dans l'État dit : Je veux, il faut qu'il s'en trouve un autre qui puisse dire : Je ne veux pas; sans quoi il y a despotisme. Mais, Rome ayant fait la faute de ne pas créer une troisième force entre ses tribuns et le sénat, on eut une anarchie et des guerres civiles perpétuelles, qui auraient conduit la république à une fin plus prompte si la conquête du monde n'eût extrêmement occupé le peuple et le sénat. Au reste, ce veto absolu était une prérogative si considérable que, si les tribuns avaient eu l'armée, ils auraient été rois. Aussi les empereurs, tout grands pontifes,

qui, semblable à l'unité, contient toutes les perfections : le Souverain, l'Etat et le Gouvernement n'étant qu'un, il y a identité, et alors on se passe des proportions comme on se passe de l'image quand on a la réalité. Mais nous avons dit qu'il n'existait pas de démocratie pure; et, si l'on nous objecte qu'elle pourrait, à toute rigueur, exister dans une très petite ville, nous répondrons qu'il faudra que les citoyens d'une telle ville soient sans cesse occupés à régner les uns sur les autres, c'est-à-dire à faire observer les lois et à expédier les affaires publiques; qu'il faudra, par conséquent, qu'ils aient des esclaves pour leurs affaires domestiques. Il serait donc vrai, comme Hobbes et Rousseau l'ont soupçonné, que la liberté suprême ne pourrait exister sans l'extrême esclavage; comme il est certain qu'on n'exercerait pas la clémence s'il n'y avait pas d'offense.

Mais revenons à l'Angleterre, modèle des grands Etats qui sont forcés d'avoir des représentants et de diviser la souveraineté. Cromwell , qui était

tout capitaines perpétuels qu'ils étaient, n'auraient-ils pu se soutenir contre le sénat, sans la puissance tribunitienne. C'est ce qui les rendit despotes : ils réunirent alors toutes les magistratures, tout le gouvernement, tout l'État enfin, dans leur personne. C'est à cette époque, dit-on, et à cause de cette réunion de pouvoirs, que la flatterie commença à parler au pluriel à une seule personne, et à lui dire vous.

animé du même esprit que l'Assemblée nationale, ayant aboli la chambre des pairs, elle se rétablit d'elle-même avec la royauté. Sans elle le roi, toujours aux prises avec les communes, aurait régné comme Cromwell ou succombé comme Charles Ier; il n'y aurait eu sur le trône qu'un fantôme ou qu'un tyran. Tel est l'admirable effet des deux chambres combinées avec la prérogative royale, que la loi se fait toujours à la majorité de deux contre un. Au lieu que, s'il n'y avait qu'une chambre, telle que l'Assemblée nationale, composée, je suppose, de douze cents personnes, la majorité ne serait qu'une pluralité; on aurait souvent six cent un contre cinq cent quatre-vingt-dix-neuf : de sorte que, s'il y avait scission ouverte, la minorité pourrait battre la majorité; et cela, parce qu'au lieu d'être proportionnelle et vraiment politique, la majorité ne serait qu'arithmétique, ne serait que d'une tête : ce qui serait absurde.

Je les voyais tous trois s'empresser ardemment A qui dévorerait ce règne d'un moment.

(Corneille, Othon.)

Un second effet de la combinaison des deux chambres avec la royauté, c'est que le prince, re-

vêtu du pouvoir exécutif, est aussi partie intégrante du pouvoir législatif, par son veto absolu : car, s'il n'avait pas ce veto, s'il n'était point partie de la puissance législative, par conséquent du Souverain, il ne serait que le commissaire de celle des deux chambres qui l'aurait emporté sur l'autre. Tel qu'un poids qu'une main prudente jette avec discernement dans l'un ou l'autre bassin d'une balance, ce veto décide les mouvements du corps politique; c'est l'arme défensive de la royauté, et jamais cette arme ne peut devenir offensive. Le roi, étant constitutionnel, n'est jamais tenté de refuser une loi qui est bonne à la constitution : sa raison et son intérêt se confondent sans cesse; et, quand une loi blesse sa prérogative, et qu'il empêche cette loi, il se trouve toujours qu'il a refusé une loi qui blessait la constitution. Voilà pourquoi les rois d'Angleterre n'usent presque jamais de cette prérogative qui fait leur essence; elle leur sert plutôt qu'ils ne s'en servent, parce qu'on ne peut vouloir attaquer la constitution dans leur personne, et qu'une loi est toujours bonne quand elle est bonne à l'Etat. S'il arrivait pourtant que le roi empêchât un bill passé dans les deux chambres et nécessaire à ia prospérité publique, alors les communes refuseraient les subsides; la vie du corps politique serait suspendue, et le peuple, réveillé par ce grand conflit, déciderait la question. C'est

le cas de l'appel au peuple, ressource également redoutable aux deux partis. Je dois dire enfin que, le roi d'Angleterre ayant la plénitude du pouvoir exécutif, ses ministres sont responsables de tous les actes d'autorité; tandis que le roi lui-même reste inviolable, parce qu'il est, par son veto absolu, partie du Souverain : car, s'il n'avait qu'un veto suspensif, il serait absurde qu'il fût inviolable et sacré, n'étant qu'un simple commissaire du Souverain, qui est toujours tout entier dans le corps législatif. Il résulte de tout cela que le roi d'Angleterre est un véritable monarque.

Au fond, il n'y a de pouvoir dans un Etat que le pouvoir législatif; les deux autres ne sont que des actes de celui-là, des offices, des magistratures : car à quoi servirait de faire des lois, si elles n'étaient pas exécutées, si l'on ne jugeait pas d'après elles? Ce pouvoir a donc besoin d'être divisé comme trop redoutable, et emportant avec lui tous les genres de pouvoirs. D'ailleurs, quand il est partagé, sa marche est plus lente et plus mesurée. Le pouvoir exécutif ne peut, au contraire, se passer de promptitude : il faut donc qu'il ne réside que dans une seule main. Quant à ce qu'on appelle puissance judiciaire, jurisprudence et judicature , ces trois idées sont mieux fixées en Angleterre que partout ailleurs.

Voilà les principes et les bases d'après lesquels

nous allons examiner les démarches de l'Assemblée nationale dans la plus importante de ses époques; et nous verrons que c'est tantôt d'après et tantôt contre ces principes qu'elle a conduit la fortune publique.

Les ordres du chef, dit Rousseau, peuvent passer pour des volontés générales tant que le Souverain (la nation) ne s'y oppose pas. Alors le silence universel forme le consentement du peuple. Ainsi, à partir du texte de l'écrivain qui a le mieux dit, avec les Anglais, que la souveraineté est dans le peuple, il est certain qu'après un silence de plusieurs règnes, Louis XVI exerçait légitimement la souveraineté de la nation sur la nation, et qu'il n'en a jamais fait un plus grand acte, je dirai même un acte plus courageux, qu'en convoquant une assemblée populaire.

Si la nation française, sortant de la longue tutelle des rois et se rassemblant à la voix de son chef, eût dit à ses commissaires : « Allez, exterminez la monarchie, et faites-nous une démocratie », il serait arrivé ou que le prince aurait été abandonné de tout le monde, ce qui eût d'abord terminé la question , ou qu'il y aurait eu un parti et une armée; et alors il y aurait eu partage dans la souveraineté, et guerre civile; le problème politique eût été décidé par la force.

Mais la nation a dit à ses députés : « Allez

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vous concerter avec ce prince, et faites-nous une constitution et de bonnes lois ! » C'était laisser au roi une grande part dans la législation, c'était désigner clairement qu'on voulait une monarchie. Il n'y avait pas là d'équivoque. Cette phrase impérative et simple : Vous ne ferez rien sans le concours et la sanction du roi } nous menait directement à la constitution anglaise. Mais, si une foule de causes premières avait nécessité une révolution quelconque, des causes secondes non moins impérieuses la décidèrent tout à fait démocratique; et c'est ici le temps, je pense , de parler plus hautement des véritables et secrets moteurs de la révolution présente; de fixer les soupçons; de donner une base aux conjectures et de démasquer l'hypocrisie. Il faut quitter un moment la scène pour descendre sous le théâtre, où sont cachés les ressorts qui font mouvoir tant d'acteurs différents.

Les faits et la réflexion m'en désignent quatre : le parti de M. Necker, celui de la maison d'Orléans, celui des capitalistes et celui du tiers état, qui s'est trouvé la nation.

Tant que l'effort des trois premiers partis a paru dirigé contre le roi, la noblesse et le clergé, le quatrième l'a secondé merveilleusement , tant à Paris que dans les provinces et dans l'Assemblée nationale; mais, dès qu'ils ont laissé pénétrer quelque dessein particulier , la multitude les a.

brusquement abandonnés. Il a fallu que tout suivît le torrent que rien ne pouvait diriger. La faction démocratique elle-même s'est vue emportée au delà de ses propres mesures par ce même peuple qui, d'abord instrument d'ambition et de vengeance, l'a été bientôt d'oppression et de ruine; dont chacun s'est d'abord servi et qui bientôt s'est servi de tous; qui enfin n'a d'abord reçu quelques impulsions que pour donner aussitôt des lois. Esquissons rapidement les différents acteurs que je viens de nommer.

M. Necker, dont j'ai d'abord à parler, auraitil l'inconvénient de ces problèmes qu'on agite toujours et qu'on ne résout jamais? A le prendre d'un peu loin, on voit que, dès que cet illustre étranger fut tranquille sur sa fortune particulière, il s'inquiéta beaucoup de la fortune publique , et ne dormit plus qu'il ne se fût assuré lui-même de l'état de nos affaires. Des intrigues cachées et des besoins connus le portèrent au ministère des finances.

Genève, sa patrie, est une ville qu'on pourrait appeler, comme Lima, la ville d'argent. Elle en a une quantité immense, parce qu'ayant d'abord placé ses fonds sur la France, elle n'a cessé depuis d'y accumuler les intérêts de son capital. Ebloui de l'énorme existence que ce métal donne à sa petite république, M. Necker ne conçut pas d'au-

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tre prospérité pour un Etat. 11 voulut donc attirer tout l'or des provinces et de l'étranger à la capitale, et tout celui de la capitale au trésor royal, oubliant l'agriculture et le commerce pour ne travailler qu'en finances; et, en effet, pendant son premier ministère, l'argent manqua partout, excepté au trésor royal ' .

i. Genève ne tient à la France que par des fils d'argent; mais le gouvernement et la capitale tiennent au royaume par des liens de chair et de sang. Le territoire de Genève n'est qu'un étroit ruban autour de ses remparts, et la France est un empire agricole. Si dans son vaste territoire il n'y avait eu jusqu'ici que des laboureurs, et si des commerçants s'y établissaient pour la première fois, je ne doute pas, malgré la facilité que ces hommes nouveaux procureraient à la vente et aux transport des denrées, que les laboureurs, accoutumés à vendre et à transporter eux-mêmes, ne s'en plaignissent bientôt, à cause du haut prix que le commerce donnerait à l'argent. Que dirait donc le cultivateur si, au milieu de ces marchands de denrées, il s'élevait encore des marchands d'argent? Alors l'homme de la terre, que le commerçant n'aurait éloigné seulement que d'un degré du signe de la richesse, s'en trouverait éloigné de plus de dix par l'homme à argent, qui deviendrait ainsi le fléau du commerce et de l'agriculture à la fois.

La faveur que le gouvernement accorde aux sujets doit toujours être en raison inverse de la mobilité de leurs richesses. Ainsi celui qu'on doit favoriser le plus, c'est le laboureur, véritable enfant de la terre, dont les richesses sont immobiles comme elle, et qui, pour produire, a besoin de l'espace, du temps et de tous les éléments de la nature. Après lui vient le commerçant, dont les richesses sont un peu plus mobiles, mais qui ne peut pourtant se passer du temps, des chemins, des fleuves et des mers. Je mets au

Mais ce ministre, étant encore plus nécessaire qu'agréable, fut obligé de se retirer. C'est pendant sa retraite que ses successeurs, avec plus d'esprit et moins de crédit que lui, ont achevé de prouver combien son système était meurtrier. Ils ont suivi M. Necker pas à pas; et, d'emprunt en emprunt, ils ont conduit la France au bord des Etats généraux.

Pendant sa disgrâce, M. Necker, qui se voyait de jour en jour devenir plus indispensable, n'eut point la coquetterie de se dérober au culte que ses amis entretenaient religieusement pour lui à Paris et à Versailles; il ne cacha point le regret qu'il avait d'avoir perdu sa place; il mit, au contraire, dans chacun de ses écrits tout l'ennui de son repos et tout le poids de sa retraite. Mais, instruit par son premier séjour à Versailles, il conçut le dessein, si jamais il rentrait dans le ministère, d'attacher la fortune publique à sa personne, afin de ne plus dépendre des faiblesses ou des caprices de la cour. Je ne saurais dire, et vraisemblablement M. Necker ne l'a jamais bien

dernier rang l'homme à argent, qui, tel qu'un magicien, peut d'un seul trait de plume transporter sa fortune au bout du monde, et qui, n'agitant jamais que des signes, se dérobe également à la nature et à la société. Le gouvernement ne doit rien à un tel homme. Cette maxime e;t fondamentale, et on peut toujours juger un ministre d'après elle.

su lui-même, sous quel titre il aurait réuni les suffrages de la nation. Mais il parut, au moment où ce ministre fut rappelé, une brochure d'un nommé M. Bouys, qui peut fixer nos incertitudes sur cette étrange difficulté.

Dans cet ouvrage on exposait avec franchise, d'un côté, l'extrême faiblesse du gouvernement, les lassitudes du roi, l'irrévérence des peuples; de l'autre, le danger d'une telle nouveauté que des Etats généraux, à la suite des longs mécontentements, des espérances exagérées et de l'inexpérience de la nation; enfin on s'étendait sur l'inouïe popularité dont jouissait M. Necker, sur ses vertus connues, sur son crédit en Europe, et on demandait nettement pour lui le protectorat. Ce livre, répandu avec profusion par les amis de M. Necker, et soutenu par d'autres écrits ', parut également fanatique au peuple, qui demandait les Etats généraux, et à la cour, qui ne les redoutait pas. Mais ce qui sembla fou en ce moment, à force de malheurs, est à la fin devenu raisonnable.

En effet, qu'on suppose un moment que M. Necker, en rentrant au ministère, eût fait oublier au peuple jusqu'au désir d'avoir des Etats généraux; supposons que la nation et le prince se fussent également jetés dans ses bras : alors, s'il

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