PREUVES DE JÉSUS-CHRIST PAR LES PROPHÉTIES
La plus grande des preuves de Jésus-Christ, ce sont les prophéties. C'est aussi à quoi Dieu a le plus pourvu; car l'événement qui les a remplies est un miracle subsistant depuis la naissance de l'Église jusqu'à la lin. Aussi Dieu a suscité des prophètes durant seize cents ans; et, pendant quatre cents ans après, il a dispersé toutes ces prophéties, avec tous les Juifs qui les portaient, dans tous les lieux du monde. Voilà quelle a été la préparation à la naissance de Jésus-Christ, dont l'Évangile devant être cru de tout le monde, il a fallu non-seulement qu'il y ait eu des prophéties pour le faire croire, mais que ces prophéties fussent [répandues] par tout le monde , pour le faire embrasser par tout le monde.
Quand un seul homme aurait fait un livre des prédictions de Jésus-Christ , pour le temps et pour la manière, et que Jésus-Christ serait venu conformément à ces prophéties, ce serait une force infinie. Mais il y a bien plus ici. C'est une suite d'hommes durant quatre mille ans qui, constamment et sans variation, viennent, l'un en suite de l'autre, prédire ce même avènement. C'est un peuple tout entier qui l'annonce , et qui subsiste pendant quatre mille années pour rendre encore témoignage des assurances qu'ils en ont, et dont ils ne peuvent être détournés par quelques menaces et persécutions qu'on leur fasse : ceci est tout autrement considérable.
Le temps [est] prédit par l'état du peuple juif „ par 1 état du peuple païen, par l'état du temple, par le nombre des années.
Il fallait que les quatre monarchies idolâtres ou païennes, la fin du règne de Juda et les soixante-dix semaines arrivassent en même temps, et le tout avant que le deuxième temple fût détruit.
[Il est prédit] qu'en la quatrième monarchie, avant la destruction du second temple, avant que la domination des Juifs fût ôtée, et en la septantième semaine de Daniel, pendant la durée du second temple, les païens seraient instruits et amenés à la connaissance du Dieu adoré par les Juifs ; que ceux qui l'aiment seraient délivrés de leurs ennemis , et remplis de sa crainte et de son amour.
Et il est arrivé qu'en la quatrième monarchie, avant la destruction du second temple , etc., les païens en foule adorent Dieu, et mènent une vie angélique ; les tilles consacrent à Dieu leur virginité et leur vie ; les hommes renoncent à tous plaisirs. Ce que Platon n'a pu persuader à quelque peu d'hommes choisis et si instruits , une force secrète le persuade à cent milliers d'hommes ignorants, par la vertu de peu de paroles.
Effundam spiritum meum[ioël, 2, 28). Tous les peuples étaient dans l'infidélité et dans la concupiscence ; toute la terre fut ardente de charité; les princes quittent leur grandeur; les filles souffrent le martyre. D'où vient cette force? c'est que le Messie est arrivé. Voilà l'effet et les marques de sa venue.
Les riches quittent leurs biens , les enfants quittent la maison délicate de leurs pères pour aller dans l'austérité d'un désert, etc. ( Voyez Philon, Juif). Qu'est-ce que tout cela? c'est ce quia été prédit si longtemps auparavant.
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Depuis deux mille ans, aucun païen n'avait adoré le Dieu des Juifs; et, dans le temps prédit, la foule des païens adore cet unique Dieu ; les temples sont détruits ; les rois même se soumettent à la croix. Qu'est-ce que tout cela? C'est l'esprit de Dieu qui est répandu sur la terre.
11 est prédit qu'aux temps du Messie il viendrait établir une nouvelle alliance qui ferait oublier la sortie d'Egypte (Jérém., 23, 5); qui mettrait sa loi, non dans l'extérieur, mais dans les cœurs (Is., 43, 16); que Jésus- Christ mettrait sa crainte, qui n'avait été qu'au debors, dans le milieu du cœur (Jérém., 31, 33 et 32, 40). Qui ne voit la loi ebrétienne en tout cela?
Il est prédit que les Juifs réprouveraient Jésus-Curist, et qu'ils seraient réprouvés de Dieu, parce que la vigne élue ne donnerait que du verjus (Is., 5, 2, 3, k , etc.) ; que le peuple eboisi serait infidèle, ingrat et incrédule : Populum non credentem et conlradicentem (Is. , 65,2); que Dieu les frapperait d'aveuglement, et qu'ils tâtonneraient en plein midi comme les aveugles (DeuL, 28, 28,29);
Qu'alors l'idolâtrie serait renversée; que ce Messie abattrait toutes les idoles , et ferait entrer les hommes dans le culte du vrai Dieu (Ézéch. , 30, 13) ;
Que les temples des idoles seraient abattus , et que , parmi toutes les nations et en tous les lieux du monde, on lui offrirait une hostie pure, et non pas des animaux (Malach., k, 11) ;
Qu'il serait roi des Juifs et des Gentils {Ps. 2, 6 ei 8, 71, 8, et 11, etc.). Et voilà ce roi des Juifs et des Gentils opprimé par les uns et les autres qui conspirent à sa mort, dominant des uns et des autres, et détruisant et le culte de Moïse dans Jérusalem qui en était le centre et dont il fait sa première Église , et le culte des
idoles dans Rome qui en était le centre , et dont il fait sa principale Église ;
Qu'il enseignerait aux hommes la voie parfaite (Is., 2, 3; Mich., h, 2, etc.);
Et jamais il n'est venu, ni devant ni après, aucun homme qui ait enseigné rien de divin approchant cela.
Alors Jésus-Christ vient dire aux hommes qu'ils n'ont point d'autres ennemis qu'eux-mêmes; que ce sont leurs passions qui les séparent de Dieu; qu'il vient pour les détruire, et pour leur donner sa grâce , afin de faire d'eux tous une Église sainte ; qu'il vient ramener 'dans cette Église les païens et les Juifs; qu'il vient détruire les idoles des uns et la superstition des autres.
A cela s'opposent tous les hommes, non-seulement par l'opposition naturelle de la concupiscence, mais pardessus tous, les rois de la terre s'unissent pour aholir cette religion naissante, comme cela avait été prédit. Tout ce qu'il y a de grand sur la terre s'unit : les savants, les sages, les rois. Les uns écrivent, les autres condamnent, les autres tuent. Et, nonobstant toutes ces oppositions, ces gens simples et sans force résistent à toutes ces puissances, et se soumettent même ces rois, ces savants , ces sages , et ôtent l'idolâtrie de toute la terre. Et tout cela se fait parla force qui l'avait prédit.
Les Juifs, en tuant Jésus-Christ pour ne le pas recevoir pour Messie, lui ont donné la dernière marque de Messie. Et en continuant à le méconnaître, ils se sont rendus témoins irréprochables; et en le tuant et continuant à le renier, ils ont accompli les prophéties.
[Qui ne reconnaîtrait Jksus-Christ à tant de circonstances particulières qui en ont été prédites ? Car il est dit : ]
Il aura son précurseur (Malacii., 3, 1); Il naîtra enfant (Is. , 9, 6) ;
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Il aaltra de lia ville de Bethléem (Mien. . 5,2); il sortira delà l'a mille deJuda [Gen., ï9, 8etsuiv. ), et de David (2 Rois, 7, 12 et suiv.; Is., 7, 13 etsuiv.); il paraîtra principalement en Jérusalem (Mal., 5, 1 ; Agg., 2, 10) ;
Il doit aveugler les sages et les savants (Is., 6, 10), et annoncer l'Évangile aux pauvres et aux petits (ls., 61., 1); ouvrir les yeux des aveugles, et rendre la saule aux infirmes (Is., 25, 5 et 6), et mener à la lumière ceux qui languissent dans les ténèbres (Is., 42, 16);
11 doit enseigner la voie parfaite (Is., 30, 21 ) , et être le précepteur des Gentils (Is., 55, 4) ;
Il doit être la victime pour les péchés de monde (Is., 53, 5);
Il doit être la pierre fondamentale et précieuse (Is., 28,16);
Il doit être la pierre d'achoppement et de scandale (Is.,8, 14);
Jérusalem doit heurter contre cette pierre ( Is., 8, 15) ;
Les édifiants1 doivent réprouver cette pierre (Ps. 117, 22);
Dieu doit faire de cette pierre le chef du coin2 (76/(7.) ;
Et cette pierre doit croître en une montagne immense. et remplir toute la terre (Dan., 2, 35) ;
Qu'ainsi il doit être rejeté (Ps. 117, 22), méconnu (Is., 53, 2 et 3), trahi [Ps. 40, 10), vendu (Zach., 11, 12), craché, souffleté (Is., 50, 6), moqué (Is., 34, 16), affligé en une infinité de manières [Ps. 68, 27), abreuvé de fiel (Ps. 68, 22) ; [quïl aurait] les pieds et les mains percés (Ps. 21, 17); qu'il serait tué (Dan., 9 , 26) , et ses habits jetés au sort (Ps. 21, 19 ) ;
1 jEdificantes , ceux qui travaillent à l'édifice du temple spirituel où Dieu veut habiter.
2 C'est-à-dire, de Vangle qui doit réunir les deux peuples, le Juif et le Gentil , dans l'adoration du même Dieu.
Qu'il ressusciterait le troisième jour (Ps. 15 , 10; Osée, 6, 3 ) ;
Qu'il monterait au ciel (Ps. 46, 6, et 67, 19) pour s'asseoir à la droite [de Dieu] (Ps. 109, 1);
Que les rois s'armeraient contre lui (Ps. 2,2);
Qu'étant à la droite du Père, il sera victorieux de ses ennemis (Ps. 109, 5);
Que les rois de la terre et tous les peuples l'adoreraient (Ps. 71, 11) ;
Que les Juifs subsisteront en nation (Jérém., 3, 36);
Qu'ils seront errants (Amos, 9,9), sans rois, sans sacrifices, sans autel, etc. ( Osée, 3, 4 ) , sans prophètes (Ps. 73, 9), attendant le salut, et ne le trouvant point (Is., 59, 9; Jérém., 8, 15).
Il [le Messie] devait lui seulproduire un grand peuple, élu, saint et choisi; le conduire, le nourrir, l'introduire dans le lieu de repos et de sainteté, le rendre saint à Dieu, en faire le temple de Dieu, le réconcilier à Dieu, le sauver de la colère de Dieu , le délivrer de la servitude du péché , qui règne visiblement dans l'homme ; donner des lois à ce peuple , graver ces lois dans leur cœur, s'offrir à Dieu pour eux , se sacrifier pour eux , être une hostie sans tache, et lui-même sacrificateur; devant s'offrir lui-même son corps et son sang, et néanmoins offrir pain et vin à Dieu. [Jésus-Christ a fait tout cela. ]
[Il est prédit] qu'il devait venir un libérateur, qui écraserait la tête au démon; qui devait délivrer son peuple de ses péchés, ex omnibus iniquitatibus (Ps. 129, 8); qu'il devait y avoir un nouveau Testament, qui serait éternel ; qu'il devait y avoir une autre prêtrise selon l'ordre de Melchisédech ; que celle-là serait éternelle ; que le Christ devait être glorieux, puissant,
fort, et néanmoins si misérable, qu'il ne serait pas reconnu; qu'on ne le prendait pas pour ce qu'il est; qu'on le rejetterait, qu'on le tuerait; que son peuple, qui l'aurait renié, ne serait plus son peuple; que les idolâtres le recevraient, et auraient recours à lui; qu'il quitterait Sion pour régner au centre de l'idolâtrie ; que néanmoins les Juifs subsisteraient toujours; qu'il devait être de Juda, et quand il n'y aurait plus de roi.
Qu'on considère que, depuis le commencement du monde, l'attente ou l'adoration du Messie subsiste sans interruption; [qu'il a été promis au premier homme aussitôt après sa chute] ; qu'il s'est trouvé des hommes qui ont dit que Dieu leur avait révélé qu'il devait naître un Rédempteur qui sauverait son peuple ; qu'Abraham est venu ensuite dire qu'il avait eu révélation qu'il naîtrait de lui par un fils qu'il aurait ; que Jacob a déclaré que, de ses douze enfants, il naîtrait de Juda; que Moïse et les prophètes sont venus ensuite déclarer le temps et la manière de sa venue ; qu'ils ont dit que la loi qu'ils avaient n'était qu'en attendant celle du Messie; que jusque-là elle serait perpétuelle, mais que l'autre durerait éternellement ; qu'ainsi leur loi, ou celle du Messie, dont elle était la promesse , serait toujours sur la terre; qu'en effet elle a toujours duré; qu'enfin Jésus-Christ est venu dans toutes les circonstances prédites. Cela est admirable.
Si cela était si clairement prédit aux Juifs , [ dirat-on ] , comment ne l'ont-ils pas cru? ou comment n'ontils pas été exterminés, de résister à une chose si claire? Je réponds premièrement : Cela a été prédit, et qu'ils ne croiraient point une chose si claire , et qu'ils ne seraient point exterminés. Et rien n'est plus glorieux au Messie ; car il ne suffisait pas qu'il y eût des prophètes,
il fallait que leurs prophéties fussent conservées sans soupçon. Or, etc.
Les prophètes [sont] mêlés de prophéties particulières , et de celles du Messie , afin que les prophéties du Messie ne fussent pas sans preuve , et que les prophéties particulières ne fussent pas sans fruit ' .
Non habcmus regem 7iisi Cœsarem, [disaient les Juifs] (Joan., 19, 15). Donc Jésus-Ciirist était le Messie, puisqu'il n'avait plus de roi qu'un étranger, et qu'ils n'en voulaient point d'autre.
Les septante semaines de Daniel sont équivoques pour le terme du commencement, à cause des termes de la prophétie ; et pour le terme de la fin , à cause des diversités des chronologïstes ; mais toute cette différence ne va qu'à deux cents ans2.
' Voyez ci-dessus , p. 56 , ce que les éditeurs de i gto disent de ce fragment.
2 II y a évidemment faute ici ; et il est surprenant que de tous les éditeurs qui m'ont précédé , celui de 1787 60it le seul qui l'ait fait observer. Pascal , comme on l'a dit , écrivait ses pensées à la hâte, sans suite, et comme de simples notes. Il y a tout lieu de présumer qu'en voulant mettre 20 ans, il aura, par inadvertance, ajouté un zéro quia formé deux cents. Pour justifier cette présomption, je ne puis mieux faire que de rapporter ici la note de l'éditeur de 1787 :
« Avant Jésus-Christ, la différence dont il est ici question ne pouvait rouler que sur environ quatre-vingts ans , depuis le premier ordre donné par Cyrus pour renvoyer les Juifs à Jérusalem , vers l'an 536 avant notre ère vulgaire , jusqu'au dernier ordre donné par Artaxerxès-Longue-Main pour le rétablissement des murs de Jérusalem, vers l'an 454. Depuis Jésus-Christ, la différence ne roule plus que sur environ vingt ans ; car les chronologistes conviennent assez que les septante semaines ne peuvent commencer que sous le règne d'Artaxerxès-Longue-Main ; mais les uns les prennent de la permission donnée à Esdras par ce prince dans la septième année de son règne , et les autres les prennent de la permission donnée à Néhémias par ce même prince dans la vingtième année ; les uns comptent ces années depuis son association à l'empire par son pèreXerxès, vers l'an 474 avant notre ère vulgaire, en sorte que
i:5S PENSÉES DE l'A SCAt
DITEBSBS PREUVES DE JÉSUS-CHIUST.
Les apôtres ont été trompés, ou trompeurs. L'un ou l'autre est difficile. Car il n'est pas possible de prendre un homme pour être ressuscité; [et] l'hypothèse des apôtres fourbes est bien absurde. Qu'on la suive tout au long; qu'on s'imagine ces douze hommes assemblés après la mort de Jksus-Christ, faisant le complot de dire qu'il est ressuscité. Ils attaquent par là toutes les puissances. Le cœur des hommes est étrangement penchant à la légèreté, au changement, aux promesses, aux biens. Si peu qu'un d'eux se fût démenti par tous ces attraits, et, qui plus est, par les prisons, par la torture et par la mort, ils étaient perdus. Qu'on suive cela.
Tandis que Jéscs-Christ était avec eux, il les pouvait soutenir. Mais après cela, s'il ne leur est apoaru, qui les a fait agir
Le style de l'Évangile est admirable en tant de manières, et entre autres en ne mettant jamais aucune invective contre les bourreaux et ennemis de Jésus-Christ. Car il n'y en a aucune des historiens contre Judas, Pilate, ni aucun des Juifs.
Si cette modestie des historiens évangéliques avait
la septième annct tomberait en 467, qui est l'année de la mort deXerxès; les autres les comptent depuis la mort de Xerxès , en sorte que la vingtième tomberait en 447 , ce qui donne précisément un intervalle de vingt ans. Les uns pensent que les années dont parle Daniel sont des années lunaires ; les autres les prennent pour des années solaires. Enfin tous varient sur l'époque précise de la septième et de la vingtième année ; mais aussi tous s'accordent à mettre ces deux époques dans l'intervalle de ces vingt années, depuis 467 jusqu'à 447. » (Édit. de 1822.)
été affectée, aussi bien que tant d'autres traits d'un si beau caractère , et qu'ils ne l'eussent affectée que pour le faire remarquer; s'ils n'avaient osé le remarquer euxmêmes , ils n'auraient pas manqué de se procurer des amis , qui eussent fait ces remarques à leur avantage. Mais comme ils ont agi de la sorte sans affectation, et par un mouvement tout désintéressé , ils ne l'ont fait remarquer à personne : et je crois que plusieurs de ces choses n'ont point été remarquées jusques ici; et c'est ce qui témoigne la froideur avec laquelle la chose a été faite.
Jésus-Christ a fait des miracles, et les apôtres ensuite , et les premiers saints en grand nombre ; parce que, les prophéties n'étant pas encore accomplies, et s' accomplissant par eux, rien ne témoignait que les miracles. 11 était prédit que le Messie convertirait les nations. Comment cette prophétie se fût-elle accomplie sans la conversion des nations? Et comment les nations se fussent-elles converties au Messie , ne voyant pas ce dernier effet des prophéties qui le prouvent? Avant donc qu'il ait été mort, ressuscité, et [qu'il eût] converti les nations , tout n'était pas accompli; et ainsi il a fallu des miracles pendant tout ce temps-là. Maintenant il n'en faut plus contre les Juifs ; car les prophéties accomplies sont un miracle subsistant.
[L'état où l'on voit les Juifs est encore une grande preuve delà religion. Car] c'est une chose étonnante et digne d'une étrange attention, de voir le peuple juif subsister depuis tant d'années , et de le voir toujours misérable : étant nécessaire pour la preuve de Jésus- Christ, et qu'ils subsistent pour le prouver, et qu'ils soient misérables, puisqu'ils l'ont crucifié; et, quoiqu'il
soit contraire d'être misérable et de subsister, il subsiste néanmoins toujours, malgré sa misère.
[M. lis n'ont-ils pasété presque au même état au temps de la captivité ? Non. Le sceptre ne fut point interrompu par la captivité de Babylone, à cause que le retour était promis et prédit]. Quand Nabuchodonosor emmena le peuple, de peur qu'on ne crût que le sceptre fût ôté de Juda, il leur fut dit auparavant qu'ils y seraient peu, et qu'ils seraient rétablis. Ils furent toujours consolés par les prophètes; leurs rois continuèrent. Mais la seconde destruction est sans promesse de rétablissement, sans prophètes, sans rois, sans consolation, sans espérance, parce que le sceptre est ôté pour jamais.
Ce n'est pas avoir été captif que de l'avoir été avec assurance d'être délivré dans soixante-dix ans. Mais maintenant ils le sont sans aucun espoir.
Dieu leur a promis qu'encore qu'il les dispersât aux bouts du monde, néanmoins s'ils étaient fidèles à la loi, il les rassemblerait. Ils y sont très-fidèles, et demeurent opprimés. [Il faut donc que le Messie soit venu, et que la loi qui contenait ces promesses soit finie par l'établissement d'une loi nouvelle.]
Si les Juifs eussent été tous convertis par Jésus-Christ, nous n'aurions plus que des témoins suspects; et s'ils avaient été exterminés, nous n'en aurions point du tout.
Les Juifs le refusent, mais non pas tous. Les saints le reçoivent, et non les charnels. Et tant s'en faut que cela soit contre sa gloire, que c'est le dernier trait qui l'achève. La raison qu'ils en ont, et la seule qui se trouve dans leurs écrits, dans le Talmud et dans les rabbins, n'est que parce que Jésus-Christ n'a pas dompté les nations en main armée, gladium luum, polentissime. N'ont-ils que cela à dire? Jésus-Christ a été tué, disent-
ARTICLE XI. lil
ils; il a succombé; il n'a pas dompté les païens par sa force; il ne nous a pas donné leurs dépouilles; il ne donne point de richesses. N'ont-ils que cela à dire? C'est en cela qu'il m'est aimable. Je ne voudrais pas celui qu'ils se figurent.
Qu'il est beau de voir, par les yeux de la foi, Darius et Cyrus, Alexandre, les Romains, Pompée et Hérode agir, sans le savoir, pour la gloire de l'Évangile !
vu.
La religion mahométane a pour fondement l'Alcoran et Mahomet. Mais ce prophète, qui devait être la dernière attente du monde, a-t-il été prédit? Et quelle marque a-t-il que n'ait aussi tout homme qui se voudra dire prophète? Quels miracles dit-il lui-même avoir faits? Quel mystère a-t-il enseigné, selon sa tradition même? Quelle morale et quelle félicité ?
La religion juive doit être regardée différemment dans la tradition des livres saints et dans la tradition du peuple. La morale et la félicité en est ridicule, dans la tradition du peuple; mais elle est admirable dans celle de leurs saints. Le fondement en est admirable : c'est le plus ancien livre du monde et le plus authentique ; et , au lieu que Mahomet pour faire subsister le sien a défendu de le lire, Moïse, pour faire subsister le sien, a ordonné à tout le monde de le lire.
Et toute religion est de même : car le christianisme est bien différent dans les livres saints et dans les casuistes.
Notre religion est si divine, qu'une autre religion divine n'en est que le fondement.
Mahomet [est] sans autorité. Il faudrait donc que ses raisons fussent bien puissantes, n'ayant que leur propre force. Que dit-il donc? Qu'il faut le croire.
1 \-l PENSÉES DE PASCAL.
De deux personnes <|ui disent des sots contes, l'un qui ;i double sens, entendu dans la cabale, l'autre qui n'a qu'un sens; si quelqu'un, n'étant pas du secret, entend discourir les deux en cette sorte, il en fera même jugement. Mais si ensuite, dans le reste du discours, l'un dit des choses angéliques, et l'autre toujours des choses plates et communes, il jugera que l'un parlait mystère, et non pas l'autre; l'un ayant assez montré qu'il est incapable de telles sottises, et capable d'être mystérieux; et l'autre , qu'il est incapable de mystère, et capable de sottises.
Ce n'est pas par ce qu'il y a d'obscur dans Mahomet , et qu'on peut faire passer pour avoir un sens mystérieux, que je veux qu'on en juge, mais par ce qu'il v a de clair, par son paradis, et par le reste. C'est en cela qu'il est ridicule. Et c'est pourquoi il n'est pas juste de prendre ses obscurités pour des mystères, vu que ses clartés sont ridicules. Il n'en est pas de même de l'Écriture. Je veux qu'il y ait des obscurités qui soient aussi bizarres que celles de Mahomet; mais il y a des clartés admirables, et des prophéties manifestes accomplies. La partie n'est donc pas égale. Il ne faut pas confondre et égaler les choses qui ne se ressemblent que par l'obscurité, et non pas par la clarté, qui mérite qu'on révère les obscurités.
L'Alcoran dit que saint Matthieu était homme de bien . Donc Mahomet était faux prophète , ou en appelant gens de bien des méchants, ou en ne les croyant pas sur ce qu'ils ont dit de Jésus-Christ.
Tout homme peut faire ce qu'a fait Mahomet : car il n'a point fait de miracles; il n'a point été prédit.
Nul homme ne peut faire ce qu'a fait Jésus-Christ. Mahomet [s'est établi] en tuant, Jésus-Christ en faisant tuer les siens; Mahomet en défendant de lire; les apôtres en ordonnant de lire. Qui rend témoignage de Mahomet? Lui-même. Jésus-Christ veut que son témoignage ne soit rien. Enfin cela est si contraire , que si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus- Christ a pris celle dépérir humainement. Et au lieu de conclure que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir, il faut dire que, puisque Mahomet a réussi, le christianisme devait périr.