‹ Œuvres choisies de B. Pascal: Pensées et opuscules. T. uniqueChapitre 24 sur 71 · PENSÉES SUB LES MIBACLES · texte numérisé non relu

PENSÉES SUB LES MIBACLES

Les miracles discernent la doctrine, et la doctrine discerne les miracles.

Il y en a de faux et de vrais. Il faut une marque pour les connaître; autrement ils seraient inutiles. Or, ils ne sont pas inutiles, et sont au contraire fondement. Il faut que la règle qu'on nous donne soit telle, qu'elle ne détruise pas la preuve que les vrais miracles donnent de la vérité, qui est la fin principale des miracles.

Moïse en a donné deux : que la prédiction n'arrive pas (Deut., 18), et qu'ils ne mènent point à l'idolâtrie (Deut., 13); et Jésus-Christ une :

Celai , dit-il. qui fait des miracles en mon nom ne peut à l'heure même mal parler de moi (Marc , 9, 38).

S'il n'y avait point de faux miracles, il y aurait certitude. S'il n'y avait point de règle pour les discerner, les miracles seraient inutiles, et il n'y aurait pas de

raison de croire.

Les Juifs avaient une doctrine de Dieu, comme nous en avons une de Jésus-Curist, et confirmée par miracles ; et défense de croire à tous faiseurs de miracles ; et, de plus, ordre de recourir aux grands-prètres, et de s'en tenir à eux. Et ainsi toutes les raisons que nous

avons pour refuser de croire les faiseurs de miracles, ils les avaient à l'égard de leurs prophètes.

Et cependant ils étaient très-coupables de refuser les prophètes à cause de leurs miracles , et Jésus-Christ ; et n'eussent pas été coupables s'ils n'eussent point vu les miracles. Si opéra non fecissem in cis quœ nemo alius fecit , peccatum non haberent (Joan., 15, 2i).

Il s'ensuit donc qu'il jugeait que ses miracles étaient des preuves certaines de ce qu'il enseignait , et que les Juifs avaient obligation de le croire. Et, en effet, c'est particulièrement les miracles qui rendaient les Juifs coupables dans leur incrédulité.

Les preuves que Jésus-Curist et les apôtres tirent de l'Écriture ne sont pas démonstratives; car ils disent seulement que Moïse a dit qu'un prophète viendrait; mais ils ne prouvent pas par là que ce soit celui-là, et c'était toute la question. Ces passages ne servent donc qu'à montrer qu'on n'est pas contraire à l'Écriture, et qu'il n'y parait point de répugnance, mais non pas qu'il y ait accord.

Les prophéties [seules] ne pouvaient pas prouver Jésus-Christ pendant sa vie, et ainsi on n'eût pas été coupable de ne pas croire en lui avant sa mort, si les miracles n'eussent pas suffi sans la doctrine. Or, ceux qui ne croyaient pas en lui encore vivant étaient pécheurs , comme il le dit lui-même, et sans excuse. Donc il fallait qu'ils eussent une démonstration à laquelle ils résistas* sent; or ils n'avaient pas [l'exposition], mais seulenienl les miracles; donc ils suffisent quand la doctrine n'est pas contraire, et on doit y croire.

Jésus-Christ a vérifié qu'il était le Messie , jamais en vérifiant sa doctrine sur l'Écriture et les prophéties , et toujours par les miracles.

Nicodème reconnaît par ses miracles [de Jésus-Christ] (jue sa doctrine est de Dieu : Scimtu quia a Deo tmisti, magister ; nemo enimpotest ha>c signa facere quœ tu facis, uisi fuerit Dcus cum eo (Joan., 3, 2). Il ne juge pas des

miracles par la doctrine, mais de la doctrine par les miracles.

Il y a un devoir réciproque entre Dieu et les hommes. Accusez-moi, dit Dieu dans Isaïe (Is., 1, 18). Dieu doit accomplir ses promesses, etc.

Les hommes doivent à Dieu de recevoir la religion qu'il leur envoie; Dieu doit aux hommes de ne les pas induire en erreur. Or, ils seraient induits en erreur, si les faiseurs de miracles annonçaient une doctrine qui ne parût pas visiblement fausse aux lumières du sens commun , et si un plus grand faiseur de miracles n'avait déjà averti de ne les pas croire. Ainsi, s'il y avait division dans Y Église, et que les ariens , par exemple, qui se disaient fondés sur l'Écriture, comme les catholiques, eussent fait des miracles, et non les catholiques, on eût été induit en erreur. Car, comme un homme qui nous annonce les secrets de Dieu n'est pas digne d'être cru sur son autorité privée , et que c'est pour cela que les impies en doutent ; aussi un homme qui , pour marque de la communication qu'il a avec Dieu, ressuscite les morts, prédit l'avenir, transporte les mers, guérit les maladies, il n'y a point d'impie qui ne s'y rende, et l'incrédulité de Pharao et des Pharisiens est l'effet d'un endurcissement surnaturel.

[ Mais n'est-il pas dit que Dieu nous tente? Et ainsi ne peut-il pas nous tenter par des miracles qui semblent porter a la fausseté ? ]

11 y a bien de la différence entre tenter et induire en erreur. Dieu tente, mais il n'induit point en erreur. Tenter, est procurer les occasions qui n'impospnt point

de nécessité. Induire en erreur, est mettre l'homme dans la nécessité de conclure et suivre une fausseté : c'est ce que Dieu ne peut faire , et ce qu'il ferait néanmoins s'il permettait que , dans une question obscure , il se fit des miracles du côté de la fausseté.

[On doit conclure de là] qu'il est impossible qu'un homme cachant sa mauvaise doctrine, et n'en faisant paraître qu'une bonne, et se disant conforme à Dieu et à l'Église , fasse des miracles pour couler insensiblement une doctrine fausse et subtile : cela ne se peut. Et encore moins que Dieu, qui connaît les cœurs , fasse des miracles en faveur d'une personne de cette sorte.

Il y a bien de la différence entre n'être pas pour Jésus-Christ et le dire, ou n'être pas pour Jésus-Christ et feindre d'en être. Les uns peuvent faire des miracles, non les autres ; car il est clair des uns qu'ils sont contre la vérité, non des autres; et ainsi les miracles sont plus clairs.

Les miracles discernent aux choses douteuses entre les peuples juif et païen, juif et chrétien; catholique, hérétique; calomniés, calomniateurs; entre les deux croix.

Jamais en la contention du vrai Dieu [ou] de la vérité de la religion, il n'est arrivé des miracles du côté de l'erreur qu'il n'en soit aussi arrivé de plus grands du côté de la vérité.

[Du temps de Jésus-Christ] les uns croyaient en lui, les autres n'y croyaient pas, à cause des prophéties qui disaient qu'il devait naître de Bethléem; ils devaient mieux prendre garde s'il n'en était pas ; car ses miracles étant convaincants, ils devaient bien s'assurer de ces prétendues contradictions de sa doctrine à l'Écriture, et cette obscurité ne les excusait pas, mais les aveuglait.

Jésus-Christ guérit l'aveugle-né, et lit quantité de miracles au jour du sabbat, par où il aveuglait les pharisiens, qui disaient qu'il fallait juger des miracles par la doctrine.

Jésus-Christ ne parlait ni contre Dieu ni contre Moïse. 1/ Antéchrist et les faux prophètes, prédits par l'un et Vautre Testament, parleront ouvertement contre Dieu et contre Jésus-Christ. Qui serait ennemi couvert, Dieu ne permettrait pas qu'il fit des miracles ouvertement.

Moïse a prédit Jésus-Christ, et ordonné de le suivre. Jésus-Christ a prédit l'Antéchrist et défendu de le suivre.

Les miracles de Jésus-Christ ne sont pas prédits par l'Antéchrist; mais les miracles de l'Antéchrist sont prédits par Jésus-Christ. Et ainsi, si Jésus-Christ n'était pas le Messie, il aurait bien induit en erreur; mais on ne saurait y être induit avec raison par les miracles de l'Antéchrist. Et c'est pourquoi les miracles de l'Antéchrist ne nuisent point à ceux de Jésus-Christ. [En effet], quand Jésus-Christ a prédit les miracles de l'Antéchrist, a-t-il cru détruire la foi de ses propres miracles?

11 n'y a nulle raison de croire en l'Antéchrist qui ne soit à croire en Jésus-Christ; mais il y en a en Jésus- Christ qui ne sont pas en l'autre.

Les miracles sont plus importants que vous ne pensez * : ils ont servi à la fondation et serviront à la continuation de l'Église jusqu'à l'Antéchrist, jusqu'à la fin.

Ou Dieu a confondu les faux miracles , ou il les a prédits; et par l'un et l'autre, il s'est élevé au-dessus de ce qui est surnaturel à notre égard , et nous y a élevés nous-

1 Cette phrase est une réponse aux jésuites , qui, pour diminuer l'effet du miracle de la sainte Épine, avaient semblé médiocrement touchés de l'importance des miracles au dix-septième siècle ( M. Cousin ).

mêmes. Les miracles ont une telle force, qu'il a fallu que Dieu ait averti qu'on n'y pense point contre lui, tout clair qu'il soit qu'il y a un Dieu; sans quoi ils eussent ^;té capables de troubler.

1 Et ainsi tant s'en faut que ces passages du treizième chapitre du Deutéronome [qui portent qu'il ne faut point croire ni écouter ceux qui feront des miracles , et qui détourneront du service de Dieu] fassent contre l'autorité des miracles, que rien n'en marque davantage la force. Et de même pour l'Antéchrist, jusqu'à séduire les élus, s'il était possible.

vu.

Ce qui fait qu'on ne croit pas les vrais miracles, est le manque de charité : Vous ne croyez pas , dit Jésus- Christ parlant aux Juifs , parce que vous rièles pas de mes brebis ( Joax. , 10, 26 ). Ce qui fait croire les faux, est le manque de charité.

Ayant considéré d'où vient qu'on ajoute tant de foi à (ant d'imposteurs qui (Usent qu'ils ont des remèdes, jusques à mettre souvent sa vie entre leurs mains, il m'a paru que la véritable cause est qu'il y en a de vrais; car il ne serait pas possible qu'il y en eût tant de faux, et qu'on y donnât tant de créance, s'il n'y en avait de véritables. Si jamais il n'y eût eu remède à aucun mal, et que tous les maux eussent été incurables, il est impossible que les hommes se fussent imaginé qu'ils en pourraient donner; et encore plus que tant d'autres eussent donné croyance à ceux qui se fussent vantés d'en avoir; de même que si un homme se vantait d'empêcher de mourir, personne ne le croirait, parce qu'il n'y a aucun exemple de cela. Mais comme il y [a] eu quantité de remèdes qui se sont trouvés véritables par la connaissance même des plus grands hommes, la créance des hommes s'est pliée par là; et cela s'étant connu possible, on a conclu de là que

11)2 i i:\si: K. s DE PASCAL.

cela était. Car le peuple raisonne ordinairement ainsi : Une chose esl possible, donc elle est ; parce que la chose in- pouvanl être niée en général puisqu'il y a des effets particuliers qui sont véritables, le peuple, qui ne peu pis discerner quels d'entre ces effets particuliers sont le véritables, les croit tous. De même, ce qui fait qu'on croit tant de faux effets de la lune , c'est qu'il y en a de vrais, comme le tlux de la mer.

Ayant considéré d'où vient qu'il y a tant de faux miracles, de fausses révélations, de sortilèges, etc. , il m'a paru que la véritable cause est qu'il [y] en a de vrais; car il ne serait pas possible qu'il y eût tant de faux miracles s'il n'y en avait de vrais, ni tant de fausses révélations s'il n'y en avait de vraies, ni tant de fausses religions s'il n'y en avait une véritable. Car s'il n'y avait jamais eu de tout cela, il est comme impossible que les hommes se le fussent imaginé, et encore plus impossible que tant d'autres l'eussent cru. Mais comme il y a eu de très-grandes choses véritables, et qu'ainsi elles ont été crues par de grands hommes, cette impression a été cause que presque tout le monde s'est rendu capable de croire aussi les fausses. Et ainsi, au lieu de conclure qu'il n'y a point de vrais miracles, puisqu'il y en a tant de faux, il faut dire au contraire qu'il y a de vrais miracles, puisqu'il y en a tant de faux ; et qu'il n'y en a de faux que par cette raison qu'il y en a de vrais; et qu'il n'y a de même de fausses religions que parce qu'il y en a une vraie. L'objection à cela, que les sauvages ont une religion : mais c'est qu'ils ont ouï parler de la véritable, comme il parait par la croix de Saint- André , le déluge, la circoncision, etc. — Cela vient de ce que l'esprit de l'homme, se trouvant plié de ce côté-là par la vérité, devient susceptible par là de toutes les faussetés.

Il est dit : Croyez à l'Église ; mais il n'est pas dit : Croyez aux miracles; à cause que le dernier est naturel, et non pas le premier. L'un avait besoin de précepte, non pas l'autre.

ix. Sur les Jésuites.

Ces filles [de Port-Royal] étonnées de ce qu'on dit qu'elles sont dans la voie de perdition, que leurs confesseurs les mènent à Genève, qu'ils leur inspirent que Jésus-Christ n'est point en l'Eucharistie, ni en la droite du Père : elles savent que tout cela est faux; elles s'offrent donc à Dieu en cet état, [ en lui disant avec le Prophète] : Vide si via iniquitatis in me est (Ps. 138, 24). Qu'arrive-t-il là-dessus? Ce lieu, qu'on dit être le temple du diable, Dieu en fait son temple. On dit qu'il faut en ôter les enfants : Dieu les y guérit. On dit que c'est Y arsenal de V enfer : Dieu en fait le sanctuaire de ses grâces. Enfin on les menace de toutes les vengeances du ciel, et Dieu les comble de ses faveurs. Il faudrait, avoir perdu ±e sens pour en conclure qu'elles sont dans la voie de perdition.

Juges injustes, ne faites pas des lois sur l'heure ; jugez par celles qui sont établies par vous-mêmes : Vœ qui conduis leges iniquasl Pour affaiblir vos adversaires, vous désarmez toute l'Église.

S'ils ( les Jansénistes) disent que notre salut dépend de Dieu, ce sont des hérétiques. S'ils disent qu'ils sont soumis au pape, c'est une hypocrisie. Ils sont prêts à souscrire toutes ses constitutions, cela ne suffit pas.

S'ils disent qu'il ne faut pas tuer pour une pomme, ils combattent la morale des catholiques. S'il se fait des miracles parmi eux, ce n'est plus une marque de sainteté, et c'est, au contraire, un soupçon d'hérésie.

Injustes persécuteurs de ceux que Dieu protège visi-

!<'■ ï PENSÉES DE PA SCA L.

blement! S'ils vous reprochenl vos excès, ils parlenl comme Les hérétiques. S'ils disent que la grâce deJi sus- Chbist nous discerne, ils sont hérétiques, s il se fait des miracles, c'est la marque de leur hérésie.

Voilà l'excès étrange où la passion des jésuites les a portés; et il ne leur restait plus cpie cela pour détruire les principaux fondements de la religion chrétienne. Car] les trois marques de la religion [sont] la perpétuité, la bonne vie, les miracles. Ils détruisent la perpétuité par la probabilité, la bonne vie par leur morale; les miracles, en détruisant ou leur vérité, ou leur conséquence.

Les hérétiques les nient, ou en nient la conséquence : les jésuites de même. [Ainsi], pour affaiblir leurs adversaires, ils désarment l'Église.

L'Église a trois sortes d'ennemis : les juifs, qui n'ont jamais été de son corps; les hérétiques, qui s'en sont retirés; et les mauvais chrétiens, qui la déchirent en dedans.

Ces trois sortes de différents adversaires la combattent d'ordinaire diversement; mais ici ils la combattent d'une même sorte. Comme ils sont tous sans miracles, et que l'Église a toujours eu contre eux des miracles, ils ont tous eu le même intérêt à les éluder, et se sont tous servis de cette défaite : qu'il ne faut pas juger de la doctrine par les miracles, mais des miracles par la doctrine. Il y avait deux partis entre ceux qui écoutaient Jésus-Christ : les uns qui suivaient sa doctrine pour ses miracles; les autres qui disaient : [Il chasse les démons au nom de Bclzébuth. ] Il y avait deux partis au temps de Calvin : [celui de l'Église, et celui des sacramentaires, qui la combattaient. ] Il y a maintenant les jésuites, [et ceux qu'ils appellent jansénistes , qui contestent].

Ce n'est point ici le pays de la vérité : elle erre in-

connue parmi les hommes. Dieu l'a couverte d'un voile qui la laisse méconnaître à ceux qui n'entendent pas sa voix. Le lieu est ouvert aux blasphèmes, et même sur des vérités au moins bien apparentes. Si l'on publie les \ érités de l'Évangile , on en publie de contraires, et on obscurcit les questions, en sorte que le peuple ne peut discerner. Et on demande : Qu'avez-vous pour vous faire plutôt croire que les autres? Quel signe faites-vous? Vous n'avez que des paroles, et nous aussi. Si vous aviez des miracles, bien. Cela est une vérité, que la doctrine doit être soutenue par les miracles , dont on abuse pour blasphémer la doctrine. Et si les miracles arrivent, on dit que les miracles ne suffisent pas sans la doctrine , et c'est une autre vérité pour blasphémer les miracles.

Que vous êtes aise de savoir les règles générales, pensant par là jeter le trouble, et rendre tout inutile! On vous en empêchera, mon père ' : la vérité est une et ferme.

11 était impossible qu'au temps de Moïse on réservât sa croyance à l'Antéchrist, qui leur était inconnu. Mais il est bien aisé au temps de l'Antéchrist de croire en Jésus-Christ, déjà connu.

Un miracle parmi les schismatiques n'est pas tant à craindre; car le schisme, qui est plus visible que le miracle, marque visiblement leur erreur. Mais quand il n'y a point de schisme et que l'erreur est en dispute, le miracle discerne.

[ Il en est de même des hérétiques ] . Les miracles [leur] seraient inutiles; car l'Église, autorisée parles miracles qui ont préoccupé la croyance, nous dit qu'ils n'ont pas la vraie foi. Il n'y a pas de doute qu'ils ne l'ont pas, puisque les premiers miracles de l'Église excluent la foi

1 Sans doute le P. Annat.

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des Leurs, quand ils en auraient. Il y aurait miracles contre miracles, et premiers H plus grands <lu côté <le L'Église.

[Voyons par là ce qu'on doit conclure des miracles d>' Port-Royal. ]

[ Les pharisiens disaient ] : Non est hic homo a Deo , qui sabbatum non eustodit. (Joan. , 9, 16.) Les autres «lisaient : Quomodo polest homo peccator hœc signa facere? Lequel est le plus clair?

[ Dans la contestation présente, les uns disent : ] Cette maison n'est pas de Dieu; car on n'y croit pas que les cinq propositions soient dans Jansénius. Les autres : Cette maison est de Dieu; car il s'y fait d'étranges miracles. Lequel est le plus clair?

Il avait été dit aux Juifs, aussi bien qu'aux chrétiens, qu'ils ne crussent pas toujours les prophètes. Néanmoins les pharisiens et les scribes font grand état des miracles de Jésus-Christ, et essayent de montrer qu'ils sont faux, ou faits par le diable : étant nécessités d'être convaincus s'ils reconnaissent qu'ils sont de Dieu.

Nous ne sommes pas aujourd'hui dans la peine de faire ce discernement ; il est pourtant bien facile à faire Ceux qui ne nient ni Dieu ni Jésus-Christ ne font point de miracles qui ne soient sûrs. Mais nous n'avons point à faire ce discernement. Voici une relique sacrée. Voici une épine de la couronne du Sauveur du monde, en qui le prince de ce monde n'a point puissance , qui fait des miracles par la propre puissance de ce sang répandu pour nous. Dieu choisit lui-même cette maison pour y faire éclater sa puissance.

Ce ne sont point des hommes qui font ces miracles par une vertu inconnue et douteuse , qui nous oblige à un difficile discernement. C'est Dieu même; c'est l'instrument de la passion de son Fils unique qui, étant en

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plusieurs lieux, choisit celui-ci, et fait venir de tous côtés les hommes pour y recevoir ces soulagements miraculeux dans leurs langueurs.

La dureté des jésuites surpasse donc celle des Juifs, puisqu'ils ne refusaient de croire Jésus-Christ innocent que parce qu'ils doutaient si ses miracles étaient de Dieu. Au lieu que les jésuites ne pouvant douter que les miracles de Port-Royal ne soient de Dieu , ils ne laissent pas de douter encore de l'innocence de cette maison. [Mais, disent-ils] , les miracles ne sont plus nécessaires , à cause qu'on en a déjà; mais quand on n'écoute plus la tradition, quand on ne propose plus que le pape, quand on l'a surpris, et qu'ayant exclu la vraie source de la vérité , qui est la tradition , et ayant prévenu le pape, qui en est le dépositaire , la vérité n'a plus de liberté de paraître : alors les hommes ne parlant plus de la vérité, la vérité doit parler elle-même aux hommes. C'est ce qui arriva au temps d'Arius.

Ceux qui suivent Jésus-Christ à cause de ses miracles honorent sa puissance dans tous les miracles qu'elle produit; mais ceux qui, en faisant profession de le suivre pour ses miracles, ne le suivent, en effet, que parce qu'il les console et les rassasie des biens du monde , ils déshonorent ses miracles, quand ils sont contraires à leurs commodités.

Le miracle est un effet qui excède la force naturelle des moyens qu'on y emploie, et non miracle est un effet qui n'excède pas la force qu'on y emploie. Ainsi ceux qui guérissent par l'invocation du diable ne font pas un miracle ; car cela n'excède pas la force naturelle du diable.

Les miracles prouvent le pouvoir que Dieu a sur les cœurs par celui qu'il exerce sur les corps.

Il importe aux rois, aux princes, d'être en estime de

piété; el pOUr cela, il l'.illl qu'ils sr COllfeSSenl à VOUS.

Les jansénistes ressemblenl ans hérétiques par la péformatioD des mœurs; mais vous leur ressemblez en mal.

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