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L'Écriture sainte n'est pas une science de l'esprit, mais du cœur. Elle n'est intelligible que pour ceux qui ont le cœur droit. Le voile qui est sur l'Écriture pour les Juifs y est aussi pour les chrétiens. La charité est non-seulement l'objet de l'Écriture sainte, mais elle en est aussi la porte.
S'il ne fallait rien faire que pour le certain, on ne devrait rien faire pour la religion : car elle n'est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l'incertain, les voyages sur mer, les batailles! Je dis donc qu'il ne faudrait rien faire du tout, car rien n'est certain; et qu'il y a plus de certitude à la religion , que non pas que nous voyions le jour de demain : car il n'est pas certain que nous voyions demain ; mais il est certainement possible que nous ne le voyions pas. On n'en peut pas dire autant de la religion . 11 n'est pas
certain qu'elle soit ; mais qui osera dire qu'il est certainement possible qu'elle ne soit pas ? Or, quand on travaille pour demain, et pour l'incertain, on agit avec raison.
Est fait prêtre qui veut l'être , comme dans Jéroboam.
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Incompréhensible que Dieu soit, et incompréhensible qu'il ne soit pas; que l'âme soit avec le corps, que nous n'ayons pas d'àme , que le monde soit créé , qu'il ne le soit pas , etc. ; que le péché originel soit, et qu'il ne soit pas.
Athéisme, marque de force d'esprit, mais jusqu'à un certain degré seulement.
Incrédules, les plus crédules. Ils croient les miracles de Vespasien, pour ne pas croire ceux de Moïse.
La foi est un don de Dieu. Ne croyez pas que nous disions que c'est un don de raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi ; elles ne donnaient que le raisonnement pour y arriver, qui n'y mène pas néanmoins.
Dieu s'est servi de la concupiscence des Juifs pour les faire servir à Jésus-Christ.
Abraham ne prit rien pour lui, mais seulement pour ses serviteurs; ainsi le juste ne prend rien pour soi du monde, ni des applaudissements du monde; mais seulement pour ses passions , desquelles il se sert comme maître, en disant à l'une, Va, et [à l'autre,] Viens. Sub le erit appelitus luus. Les passions ainsi dominées sont
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vertus. L'avarice, la jalousie, la colère, Dieu même se les attribue; et ce sont aussi bien des vertus que la clémence, la pitié, la constance, qui sont aussi des pas sions. Il faut s'en servir comme d'esclaves, et, leur laissant leur aliment, empêcher que l'âme n'y en prenne; car, quand les passions sont les maîtresses, elles sont vices, et alors elles donnent à l'âme de leur aliment, et l'âme s'en nourrit et s'en empoisonne.
Notre religion est sage et folle : sage, parce qu'elle est la plus savante et la plus fondée en miracles, prophètes, etc. ; folle, parce que ce n'est point tout cela qui fait qu'on en est; cela fait bien condamner ceux qui n'en sont pas, mais non pas croire ceux qui en sont. Ce qui les fait croire, c'est la croix : Ne evacuata sit crux. Et ainsi saint Paul, qui est venu en sagesse et signes , dit qu'il n'est venu ni en sagesse ni en signes, car il venait pour convertir. Mais ceux qui ne viennent que pour convaincre, peuvent dire qu'ils viennent en sagesse et en signes.
Fascinalio nugacilalis. Afin que la passion ne nuise point, faisons comme s'il n'y avait que huit jours de vie.
De tout ce qui est sur la terre, il [le vrai chrétien] ne prend part qu'aux déplaisirs , non aux plaisirs; il aime ses proches , mais sa charité ne se renferme pas dans ces bornes, et se répand sur ses ennemis, et puis sur ceux de Dieu.