‹ Œuvres choisies de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 1 sur 165 · PARIS, MJÉNAW) ET DESENNE.FILS · texte numérisé non relu

PARIS, MJÉNAW) ET DESENNE.FILS

ou 1LA FOLLE JOURNÉE,

HOMtDÎB EN CINQ AÇT^iS JETl^NPBOSE,

Représentée .pour la première fois p«ur les comédiens français ocdinairesjdlu Koi , le sf avril tfS^,

En faveur du ba4inag;e > Faites grâce à la raison.

Faud. de la Fiéçg,

4 PlXÊTACr..,

l'esté enseveli dans le cœur , pendant que la bouche se venge en lilàmant presque tout lef reste. De sorte qu*on peut regarder comme tin point établi au théâtre , qu*en fait de reproche à Fauteur , ce qui nous affecte !• plus* est ce dont en pftrie le moines. '

Il est peilt-*étfe titîlc de dévoiler aux yeux de tous ce double aspect des comédies; et î*auraî fafit encorie Un bon' usage de la mieitne , si je parviens en la scruftfAf , à'ffxer l*opinion publique sur ce qu*on doit elitendre par ces mots : Qu*ést-ce que la décence

THÉAfRALE? •

A force de nous ftiotïtrer délicats , fins contiaisseuris , et d'aflfecter , contme f aï dit autre part , rhypocrisie de la décence auprès du relâchement des mœurs , notis devenons des êtres nuls, incapables de s^anïuser et de juger de ce qui leur convient : faut-il le dire enfin T des bégueules rassasiées qui ne savent ce qu'elles veulent , ni ce qu'elles doivent aimer ùù fejcter. Déjà* ces- ntots si rebattus, borir ton , bonne compagnie , toujours ajustés air niveau de chaque insipide coterie , et dont la latitude est si grande qu'on ne sait où ils corn-* ilieacent et finbsent , ont détruit la fraircfte et'

vfaîé gaUé qiii dtstingnait de tout autre le co" mîque de notre nation;

Ajoutez-y le pédantesque abus de ces autres grands mots déceàce et bonnes mœurs , qui donnent un aîr si important , si supe'rieur , que nos joueurs de comédies seraient désolés de n'avoir pas à les prononcer sur toutes les pièces de théâtre , et vous connaUrez à-peuprè» ce qui garrotte le génie , intimide tou» les auteurs , et porte un coup mortel à la vigueur de l'intrigue ^ sans laquelle il n'y a pour-' tant que du bel esprit à la glace , et des comé^ dies de quatre jours.

Ënfm , pour dernier mal , tous les états de la société sont parvenus à se soustraire à la censure dramatique ; on ne pourrait mettre au théâtre les Plaideurs de Racine, sans en-^ tendre aujourd'hui les Dandîns et les Brid'oisons , même de» gens plus éclairés , s'écrier qu'il n'y a plus ni mœurs , ni respect pour le» magistrats.

On ne ferait point le Turcaret^ sans avoir à l'instant sur les bras , fermes y. sous-ferraes , traites et gabelles, droits réunis , tailles , taillons, le trop-plein , le trop-bu, tous les îm— posi|eu^s royaun. Il est vrai qu'aujourd'hui.

Turcaft'et n'a plus de modèles. Oni*of&fraît sous d'autres traits , l'obstacle resterait lemême.

On ne jouerait point les fâcheux , les maf (juisy les emprunteurs dé Molière , sans révolter à-la-fois la.haute , la moyenne , la moderne , et l'antique noblesse. Se$ Femnres savantes irriteraient nos féminins bureaux d'esprit; mais quel calculateur peut évaluer la force et la longueur de levier qu'il faudrait , de nos jours f pour élever jusqu'au théâtre l'œuvré sublime du Tartuffe? Aussi l'auteur qui se compromet avec le public pour Vamuser on fiouri'mjeritire, au lieu d'intriguer à son choix son ouvrage y est-il obligé de tourniller dans des incidens impossibles , de persifler an lieu de rire , et de prendre ses modèles hors de ki société , crainte de se trouver mille ennemis^ dont il ne connaissait aucun en composant son triste drame.

J'ai donc réfléchi que si quelque homme courageux ite secouait pas tout^ cette poussière, bientôt l'ennui des pièces françaises porterait la nation au frivole Opéra -Comique , et plus loin encore , aux Boulevards » à ce ramas infect de tréteaux élevés à notre

préface; 7

bonle,^ où. la décente liberté bannie du Théâtre-Français se change en une licence cfirénée ; où la feunesse va se nourrir de grossières inepties , et perdre , avec ses mœurs , le goût de la décence et des.cheis-d'œuvre de nos maitres. J*ai tenté d*ètre cet homme » et si je n'a}, pas mis plus de talent à mes omvrages y au moins mon iiitention s'est-elle manifestée dans tous.

J*ai pensé, jje pense encore, qu*on n'obtient ni grand pathétique , ni profonde moralité , ni bon et vrai comique au théâtre > sans des situations fortes, et qui naissent toujours d'une disconrenance . sociale , dans le sujet qu'on veut traiter. L'auteur tragique , hardi dans ses moyens » ose .admettre le crime Atroce , les conspirations , Tosurpation du trâne , le meurtre ^ l'empoisonnement , Tin^ ceste da^is Œdipe et Phèdre , le fratricide dans Vendôme , le parricide dans Mahomet , le régicide dans Machbeth , etc. , etc. La comédie, moins audacieuse , n'excède pas les dîsconvenances , parce que ses tableaux sont tirés de nos mœurs , ses sujets , de la. société. Mab comment frapper sur l'avarice , à moins de mettre en scène un méprisable avare ? dé-

8 PfiÉFACÉ.

/nascfuer l'iiypocrisie , sans moiftrer, contmC Orgon dans le Tartuffe , un abominable hypocrite , épousant sa fille et eonvoîlant sa femme ? nn homme à bonne fof ^une" , sans le faire paf courir un cercle entier dcf femmesg;a!antes ? un joueur effréné*, sans l'envelopper de fripons ) s^ifl ne Test pas- déjà lui-* même ?

. Tous ces gens-là sont.loin d^êfre vertueux f Fauteur ne. les donne pas pour tels: il n*est le patron d'aucun d'eu» ; il est le peintre de leurs vices. £t parce que le lion est' féroce , le loup voi^de et glouton y le renard rusé^ eaufeleux^ la- fable est-elle sans moralité ? quand Fauteur la dirige contre un sot que la louange enivre , il fait choir du bec du eorbeau le fromage dans la gueule du renard ^ sa mora-" lité est remplie ; s^il la tournait contre le bas âatteur y il finirait son apologue ainsi : le re~ nard s''en saisit , le déuore ; mais le fromage était empoisonné, La fable e»t une comédie légère f et toute comédie n'est qu'un long apologue : leur différence e»t que dans la fable les animaux ont de l'esprit , et que dans notre comédie les hommes sont souvent des b&les ^ et qui pis est, des bétes méchantes.

Ainsi, lorsque Molière, qui fui si tourmenté par les sots , donne à 1* Avare un fils prodigue et vicieux qui lui vole sa cassette , et rinjurie en face , est-ce des vertus ou des vices qu*ii . tire sa moralité? Que lui importent ses fantômes ? c'est vous qu'il entend corriger. Il est vrai que les afficheurs et balayeurs littéraires de son tenrps ne manquèrent pas d'apprendre au bon public combien tout cela était horrible ! Il est aussi prouvé que des envieux très^importans , ou des importans très' envieux, se déchaînèrent contre lui. Voyez le sévère Boileau, dans son épitré au grand Racine , venger son ami qui n'est plus , ea rappelant ainsi les faits :

L'Ignofance et rErrenr , k ses naissantes pièces , En habits de marquis, en robes de comtesses , Venaient pour diffamer son chef-d'œuvre nouveau^ Et secouaient la tête à l'endroit le plus beau. Le commandenr voulait la scène plus exacte ; Le vicomte indigné sortait au second acte :

L'un , défenseur scié des dévots mis en jeu , Pour prix de ses bons mots , le condamnait an feu ; L'autre, /bu^u^ux marquis , lui déclarant la guerre, Voulait venger la cour immolée au parterre.

On voit même dans un placet de Molière à

Louis JCIV, -qui fut si grand enproi^geaint les arts, et sans le goût éclairé duquel notre* théàtre n*aurait pas un seul chef-d'cBùvre de Molière ; on voit ce philosc^he auteur se plaindre amèrement au roi , que pour avoir démasqué les hypocrites , lis imprimaient partout qu*il était un libertin , Mn impie , un athée ^ un démon vêtu de cfiair ^ habillé en homme; et cela slmprimait avec AFPaoBATXOir ET PRiviLiGS de ce roi qui le prot<%eait : rien lii-dessus n*est empiré.

. Mais parce que les personnages d'une pièce s*y montrent sous des mœurs vicieuses , faut-il 1^ bannir de U scène ? Que poursuivrait-on au théâtre ? les traverj et les ridicules ! cela vaut bien la peine dVcrire ! ils sont chex nous comme les modes ; on ne s*en corrige point ^ on en change.

Les vices , les abus , voilà cequi ne change .point , mais se déguise en mille formes sous le masque des mœurs dominantes : leur arracher ce masque et les montrer à découvert , telk est la noble tâche de Thomme qui se voue an théâtre. Soit quMl moralise en riant , soit qu*il pleure en moralisant ; Heraclite ou Démocrite, il n*a pas un autre devoir : mai-

raÉtACE. II

heur à lui s'îï s'en écarte ! On ne peut corriger Je» iiommes qa^en les faisant voir te(s qu'ils sont. La comédie utile et Tëridiqut n'est point un éloge mentieur , un vain discours d'académie.

Mais gardons-nous bien de confondre cettis critique générale , un des plus nobles buts de Ifart , aVec la satire odieuse et personnelle : l'avantage de la première est de corriger sans blesser. Faites prononcer au théâtre' pa^ l'homme justie , aigri de l'horrible abus des bienfaits, loi» les hommes sont des ingrats:

quoique chacun soit bien près de penser comme lui, personne ne s'offensera. Ne pouvant y avoir un ingrat sans qu'il existe un bienfaiteur, ce reproche même établit une balance égale entré les bons et mauvais cœurs ; dta lèsent, et cela console. Que si l'humoriste répond qu'un bienfaiteur fait cent ingrats , on répliquera justement qu'il n'f apeui^trepas un ingrat qui n*ait été plusieurs fois hienfai*' tèur : cela console encore. Et c'est ainsi qu'en -généralisant, la critique la plus amère porte du fruit , sans nous blesser ; quand la satire personnelle , aussi stérile que funeste, blesse toujourj et né produit jamais. Je hab pai*"

la PRÉFACE.

tout cette dernière, et je la croîs un sî punis— ^able abus , que j'ai plusieurs fois d*o0ice inr .voqud la vigilance du magistrat pour enipé--jcher que le théâtre ne devint upe arène da gladiateurs, où le puissant se crût en droit de iaire exercer ses vengeances par les plumes .jirénalesy et malheureusement trop corn»

■munes , qui mettent leur bassesse à Tenchère.

N*ont-ils donc pas àsset^ ces grands^ /des mille et un feuillistes, faiseurs 4e buUelins , .afficheurs pour y trier les plus mauvais « en choisir un bien lâche , et dénigrer qui les -offusque? Pp. tolère un si léger mal., parce .qu'il est sans conséquence i et quç la yermine .éphémère d^ipa^ge un în;stant ef ^érit ; mais le théâtre est un gés^t qui blesse, à mort tout ce qu'il frappe. Ou doit réserver ses grands .(;oups pour les abus, et pour les mau^.pubUcç.

Ce n'est donc ni le vice ni Us incidcns qu^l ^mène qui font l'jnd^'cence théâtrale , mais le .défaut de leçons et de nioralité. Si l'auteur , .ou faible ou. timide , n'ose en tirer de son 311jet , voilà.ce qui rend sa pièce éguivoqu.e ou .vicieuse.

.. Lorsque je mis Eqgénie au théâtre(jet il iaijit bi^n que je m/e cite^ puisquiçc'cist toujours

PRÉFACE. i3

moi qu'on attaque)^ lorsque je mis Eugénie au théâtre, tou5 nos jures-crîeurs à la de'cence » jetaient des flammes dans l^ foyers sur ce que j^avals osé montrer un seigneur libertin , habillant sus valets en prêtres , et feignant d*dpouser une jeune personne qui garait enceinte au the'âtre, sans avoir ëte mariée.

. Malgré leurs cris, la pièce a été jug4e, sinon Je meilleur ,.aumoins le plus moral des drames, .constamment jouée sur tous les ihéâtres , et .traduite dans toutes les langues. Les bons es-jprils ont vu que la moralité, que Tintérèt, y naissaient entièrement de Tabusjqu'un hpmme |>uissant et vicieui: fait de son nom , de son crédit, pour tourmenter une faible fille , sans appui^ trompée , vertueuse , et^élaissée. Ainsi tout .ce que l'ouvrage a d'utile et.de bon naît ilu couraige qu'eut l'auteur d'oser porter la disconvenance sociale au plus liaul point de liberté.

Depuis, j'ai faîtlesDeux Amis, pièce dans laquelle un père avoue à sa prétendue nièce 'qu'elle est sa fille illégitime ; ce drame est aussi irès-moral : parce qu'à travers les sacrifices 4e la plusparfaite amitié. Hauteur s attache»^ 3. a

r4 PRÉFACE.

montrer les deTOÎrs qu'empesé la qatUre sur les fruits d*nn ancien amour, que 1» rigoureuse dureté des convenances sociales , ou plutôt leur abus, laisse trop souvent sans appui.

Entre autres crîtîquesr de la pièce , j'entendis dans une loge , auprès de celle que f oexupais, un jeune important dé la cour , qui disait gaUnent à des dames : fc L'auteul* , sans doute, « est un garçon fripier , qui ne voit rien de « plus élevé que des commi» dbs- fermes , et « des marcLands d'étoffes ; et c'est au fond « d'un magasin qu'il' va cllercher les nobles « amis , qu'il traduit k là scène française »»•! Hélas*! monsieur, hii dis-je en m'âvamçant , il a fallu du moins tes* prendf e où ii n'est pas impossible de les supposer; Tous rmex bien plus de l'auteur , s'il' eût tiré deux vrais aimi» â» l'ttilde bœuf, ou cfes-'earrossesT? H faut un peu èé vraisemblance , même dan» 1^ acCei ▼ertueuzi

Me livrant à mon gai caractère , fM^êeptm tenté , dans le BiBirbier dé Sërille ,. de ramener au thélire Pâneiemie et franeHe gattë , en? Palïliant avec le ttn* lé(fer éf notre plmsantenfe actuelle; mais comme cehe «tiétaie étëît unis espèce âé nouveauté, 1* pièce fbt v i m cm c ai

poursiùvîe. Il semblait que j^enste ébranlé Tétat; l'excès des précautions ^u*on prit et des cris nu*on fit contre moi , décelait sur~ tout la frayeur que certains yicieux de ce temps avaient de s'y voir démasqués. La pièce fut censurée quatre fois , cartonnée trois fois surl*afBche , à Pînstant d*ètre jouée , dénoncée mérme an parlement d*alors ; et nM>î , frappé de ce tumulte^ je persistais à demander que le public restât le juge de ce ^ue i^avais destiné à ramusexnent du puMic.

Je l'obtins au bout de trois ans. Après les elameurs , les éloges ; et chacun me disait tout bas : Faites-nous donc des pièces de cegenre , puisqu'il n'y a plus que tous ^i|i osiex rire en face.

Un auteur désolé parla cabale et \t% criard^ mais qui voit sa pièce marcher , reprend courage , et c'est ce que j'ai fait. Feu M. le prince de Gonti , de patriotique mémoire ( car en frappant l'air de son nom , l'on sent vibrer le vieux mot patrie ) , feulVI. le prince de Gonti, donc,me porta le défi public de mettre au théâtre ma préface du Barbier, plus gaie, disait-il, que la pièce, et d'y montrer la famille de Figaro, que j'indiquais dans cette préface. Mon-

i6 PREFACE.

seîgnenr , Fut rëpoiïdis-je , si je mettais une secomté fois ce caractère sur la scène ^ comme je le montrerais plus âgé, qti*îl eu saurait quelque peu davantage , ce serait bien un autre bruit ; et qui sait s^il verrait le jour ! Cependant , par respect , facceptaî le défi ; je composai cette Folle Journée , qui cause aujourd'hui la rumeur. Il daignft la voir le premier. C*élaitun homme ^un grand caractère/ un prince auguste , un esprit noble et fier : le dirai-je ? il en fut content.

Mais quel piège , hélas ! j^ai fendu au fugë-^ ment de nos critiques en appela^nt ma comédie du vain nom de Folle Journe'e ! mon objet était bien de lui ôler quelque importance; mais je ne savais pas encore h quel point un changement d'annonce peut égarer tous les esprits. En lui laissant son véritable titre, on eût lu TE poux suborneur. C'était pour eux une autre piste ; on me courait différemment. Mais ce nonfi de Folle Journée les a mis àcent lieues de moi : ils n'ont plus rien vu dans l'ouvrage , que ce qui n'y sera jamais ; et cette remarque un peu sévère ,sur la facilité de prendre le change a plus d'étendue que l'on ne croit. Au lieu du nom de George Dandin ,

préface: r;

sî Molière eût appelé 'son drame la Sotlîsc des alliances , il eût porté bien plus de fruit ; si Begnard eût nommé son Légataire la Punition du célibat , la pièce nous eût fait frémir. Ce à cjuoi il ne songea pas, je Pai fait avec réflexion. Mais qu*on ferait un beau chapitre sur tous les jugemens des hommes , et la mo' raie- du théâtre, et qu^on pourrait intituler , De rinfluence de l'Affiche !

Quoiqu'il en soit, la Folle Journée resta cmq aiis au porte-feuille ; les comédiens ont su que je Pavais , ils me Pont enfin arrachée. » 6'ils ont bien . ou mal fait pour eux , c'est ce qu'on a pu voir depuis. Soit que la difficulté de la rendre excitât leur émulation ; soit qu^ils sentissent avec le public, que pour lui plaire en comédie, il fallait de nouveaux efforts, jamais pièce aussi difficile n'a été jouée avec tant d'ensemble; et si l'auteur (comme on le dit ) est resté au-dessous de lui-même , il n'y a pas un seul acteur , dont cet ouvrage n'ait élabli , augmenté ou confirmé la réputation.

Mais reveiv&ns k sa lecture , à l'adoption des comédiens*

Sur l'éloge outré qu'ils en firent , toutes les sociétés voulurent le connaître , et àès-

i8 • PRÉFACE.

lors il fallut me faire des querelles de toute espèce, où céder aux instances universelles.

Dès-lors aussi les grands ennemis de Tauteur ne manquèrent pas de répandre à la cour qu*il blessait dan^ cet ouvrage , d*ailleurs uA tisiu de béiises , la religion , le gouverne-' ment , tous les états de la société , Iès bonnes mœurs; et qu'enfin la vertu y était opprimée , et le vice triomphant ; comme de raison , ajoutait-on. Si les graves messieurs qui Tout

tant répété me font Phonneur de lire cett& ^ré&ce, ils y verront au moins que fai cité bien juste ; et la bourgeoise intégrité qiie je mets à mes citations n'en fera que mieux re»^ sortir la noble infidélité des leurs.

Ainsi dans le Barbier de Séville , je n'avais qu'ébranlé l'état : dans ce nouvel essai., plus infime et plus séditieux , je le renversai de fond en comble. 11 n'y avait plus rien de sacré si l'on permettait cet ouvrage. On abusait l'ait* torité par les plus insidieux rapports ; on ca^ balait ayprès des corps puissans; on alarmail les âmes timorées ; on me faisait des ennemU sur le prie-Dieu des oratoires : et mol , seloii les hommes et les lieux , je repoussais la basse intrigue par mon excessive patience , par li\

raiileiir de mon respect ^ robslînadon de ma docUité; par la raison, quand- on voulait Ten tendre.

. Ce combat a duré quatre ans. Ajoutex-Ies-* aux cinq du porte-feuille ; que reste-t-il de& allusions qu*on s'eflbrce à voir dans l'ouvrage ? Hélas! quand îl fut composé, tout ce qui fleurit aujourd'hui n'avait pas même encore germé. C'était un tout autre univers.

Pendant ces quatre ans de débats , je ne demandais qu'un censeur : on m'en accorda cinq ou six. Que virent-ils dans l'ouvrage , objet d'un tel déchaiqement ? la plus badine des intrigues; un grand seîgneiir espagnol, amoureux d'une' jeune fille qu'il veut séduire , et les efforts que cette fiancée, celui qu'elle doit épouser , et la femme du seigneur , réunissent pour faire échouer dans son dessein un maitre absolu , que son rang, sa fortune et sa prodi-^ galité rendent tout-puissant pour l'accomplir. Voilà tout , rien de plus. La pièce est sous

vos yeux.

D'où naissent donc ces cris perçans ? De ce qu'au lieu de poursuivre un seul caractère vicieux , comme le joueur , l'ambitieux , l'avare , in rfaypocrite , ce qui ne lui eût mis ^r les

ao PRÉFACE.

bras qa*iine seule classe d'ennemiSy Tauteur a profite d'une coiqposîtion légère , ou plutôt a formé son plan de façon à y faire entrer la critique d^une foule d^abus qui désolent la société. Mais comme ce n*est pas là ce qur gâ|e un ouvrage aux yeux du censeur éclairé, tous, en Tapprouvant, Tout réclamé pour le théâtre. 11 a donc fallu Vy souffrir : alors lesgrands du monde ont vu jouer avec scan*-^ dale ,

Cette piëce où Ton peint iin insolent valet Disputant sans pudeur son épouse à son maître.

M. GuDiir.

Oh ! que j*ai de regret de n*avoir pas fait de ce sujet moral une tragédie bien sanguinaire! Mettant un poignard à la main de Tépoux ou-' tragéy que je n'aurais pas nommé Figaro , dans sa jalouse fureur je lui aurais fait noble^ ment poignarder le puissant vicieux ; et comme il aurait vengé son honneur dans des vers carrés , bien ronflans , et que mon jaloux , tout au moins général d*armée , aurait eu pour' rival quelque tyran bien horrible , et régnant au plus mal sur un peuple désolé ; tout cela , très'loin de nos mœurs, n'aurait, je crois,

PRÉFACE. ai

blessé persopne : on eût crie bravo ! ouvrage, bien moral. Nous étioBs sauTes , mol et mon Figaro sauvage.

Mais ne voulant qu*amuser nos Français et non iàire ruisselei: les larmes de leurs épouses , de mon coupable amant fai fait un jeune seigneur de ce temps- là ; prodigue , assez ga-* lant, même un peu libertin, à -peu -près comme les autres seigneurs de ce terops-Ià.

Mais qu*oserait-on dire au théâtre d*un seigneur , sans les offenser tous, sinon de lui reprocher son trop.de galanterie ! N'est-ce pas là le défaut le moins contesté par eux^ marnes ? J*en vois beaucoup d'ici rougir modestement ( et c'est un noble effort) en con* venant que j'ai raison..

Voulant, donc faire le mien coupable, j*ai eu le respect généreux de ne lui prêter aucun des vices du peuple.. Direa-vous que je ne le pouvais pas , que c.*eût été blesser toutes les vraisemblances ? Concluez donc en faveur de ma pièce , pubqu'enfin je ne l'ai pas fait.

Le défaut même dont je l'accuse n'aurait produit aucun mouvement comique , si je ne lui ^vais gaimcnt opposé l'homme le plus dégourdi de sa nation , ie véritable Figaro , qui

tout en d^endant Suzanne, sa propriété, se moque des projets de son maître , et s^îndîgne très-plaisamàient qu*il ose jouter de ruse avec lui , maître passé dans ce genre d^escrime.

Ainsi, d*une lutte assez vive entre Tabus de la puissance , Foubli des principes , la prodigalité , Toccasion , tout ce que la séduction a de plus entraînant , et le feu , i*csprit , les ressources que rinieriorité piquée au jeu peut opposer à cette attaque , il naît dans ma pièce un jeu plaisant d*intrigues , où Vépoux suborneur^ contrarié, lassé, harassé , toujours arrêté dans ses vues , est obligé trois fois dans cette journée de tomber aux pieds de sa femm e , qui bonne , indulgente et sensible finit par In S pardonner : c*est ce qu'elles font toujours.

Qtt*a donc cette moralité de blâmable-, messieurs ?

La trouvez-vous un peu badine pour le ton grave que je prends ? acCueillez-en une plus sévère qui blesse tos yeux dans l'ouvragp, quoique vous ne Vy cherchiez pas : c*est qu'un seigneur assez vicieux pour vouloir prostituer à st& caprices tout ce qui lui est subordonné , pour se jouer, dans ses domaines, de la pu-* dicité de Coules ses jeunes vassales , doit finir ^

PRÉFACE, a3

connue celui-ci , par être la risée .de ses va**lels ; et c'est ce que l'auteur a très-fortement prononcé, lorsqu'en fureur au cinquième acte ^ Almaviva , croyant confondre une femme infidèle, montre à son jardinier un cabinet, en lui criant ; « £ntre^-y toi, An- « lonio ; conduis devant son juge l'inflUne qui « m'a d^honoré » ; et que celui--ci lui ré-* pond : « II y a parguenne , une bonne provi* « dence! vous en ayies tant &it dans le pays, «( qu'il ÊHit bien ausn qu'à votre tour... »

Cette profonde moralîtë se fait sentir dans iout Touvrage ; et s'il coiv?anait à l'auteur de démontrer aux adversaires, qu'à travers sa fort6 leçon il a porté la .c^tHosidérationpottr la dignité du coupable, plus loin qu'on ne de«^ vait l'attendre de la fermeté de toU' pineeau ^ je leur ferab remarquer que , croisé dans-tous nés projets-, le Comte- AUnaviva- se toit toujours humilié ,. sans, être jamais •a:rilL

En effet, si la Comtesse usait de- ruse- pour aveugjer sa jalousie dans.le dessein- de le trahir , devejiue coupable elle-même , elle- ne pourrait mettre à ses pieds sùa époux , sans le dégrader à nos yeux ;> la vicieuse- inibntion de l'épouse-i brisant ttaJieo- respecté , l'onre-^

a4 PREFACE.

procheraît justement à TautÊiir d^avoîr tracé des mœurs blâmables : car nos jugemens sur les mœurs se rapportent toujoursaux femmes; on n^estime pas assez lés hommes pour tant exiger d'eux sur ce point délicat. Mais loin qu'elle ait ce vil projet , ce qu*il y a de mieux établi dans TouTrage y est que nul ne veut faire ime tromperie au Comte , maiis seulement l'empêcher d'en faire à tout le monde. C'est la pureté des motifs qui sauve iei les moyens, du reproche ; et de cela seul, que la Comtesse ne veut que ramener son mari, toutes les confusions quHI éprouve sont certainement trèsmorales ; aucuile n*«st avitissàmte.

Pour que cette vérité vous frappé davantage , l'auteur oppose à ce mari peu délicat , la plus vertuÊiBe dés femmes par goût et par pHnGi]pes.

' Abandonnée d'un époux trop aimé, quand l'expose-t-on à vos regards? dans le moment erîtique où sa bienveillance pour un aima!)Ie enfant, son filteul , peut devenir un goût dangereux, si elle permet au ressentiment qui l'appnie, de prendre trop d'empire sur elle. C'est pour faire mieux sortir Tattraitit du devoir, que l'auteur U met un moment aux prises

PREFACE. a5 '

avec un goût naissant qui le combat. Oh!

combien on s'est étayé de ce léger mouvement dramatique , pour nous accuser d'indécence ! on accorde à la tragédie , que toutes les reines, les princesses aient des passions bien allumées , qu'elles combattent plus ou moins ; et l'on ne souffre pas que dans la comédie, une femme . ordinaire puisse lutter contre la moindre faiblesse ! O grande in-^ fiuence de V afficha ! jugement sûr et conséquent ! avec la différence du genre , on blâme ici ce qu'on approuvait là. Et cependant en ces deux cas c'est toujours le même principe ; . point de vertu sans jsaorUice.

. J 'ose en appeler à vous , féunes infortunées, qu£ votre malheur attache à des Almaviva l Pistingueri€Z-»yous toujours votre vertu de vos chagriti»^ si «quelque intérêt importun, tendant Irop à les dissiper, ne vous avertissait eiffin qu'il est temps de corobailtpe pOurelle? le chagrin dé perdre un mari n'est pas iei ce qui nous touche.; un xegret aussi personnel e0t trop loin 4*être une vertu I Ce qui nous plait dans la Comtesse , c'est de la voir lutter franchement contre un goût naissant qu'elle blâme « ei ^» ressentiméDs Intimes. Les «f-* 3, 3

forts qu'elle fait alors pour ramenei' son îïifidde époux, mettant d^ns le plus heureux jour les deux sacrifices pénibles de son goût et de sa colère y on* n'a nul besoin d*y penser pour applaudir à son triomphe ; elle est un modèle de vertu , l'exemple de son sexe et l'amour du nètre.

Si cette me'taphysique de l'honnêteté des scènes , si ce principe avoué de toute décence' théâtrale n'a pointfrappé nos juges à la représentation , c'est vainement que j'en étendrais ici le développement^ le» conséquences; nn tribunal d'iniquité' n'écoute point les défenses de laccusé qu'il est chargé de pélfidvë Ç et itta Comtesse n'est point tt^dtaite atriMrlénlent de la nation : 'c'est uae-commitoiott' «fui la- juge:

On a vu la' légère esquisse de sOn atnkable caractère,- dans la- charmante ptèoéd'Heui'eu^ sèment. Le goût naissant que' la- jeune femme* éprouve pour son petit cousin- Fofficier , n'y parut blàmaèle^à pewonne , quoique la tour»* nurei des scène» pût laisser à pefiver que la* soirée eât^fini d'autre manière j si l'épouvne fût pas rentré , comme dit Fauteur, hewtu^ sèment. Heureusement aussi l'on n'avait* pu le ppojet de- calomnier cet auteur : chacun ^

selîvracle bonne foi à ce doux inlérât qu'inspire une jeune femme honnête et sensible , qui réprime ses premiers goûts; et notez que, dans cette pièce , l'époux ne parait qu'un peu sot; dans la ipienne, il est infidèle ;. pa Gom-' ^tesse a plus de mérit;e.

Aussi dans l'ouvrage que je défends, le plus véritable intér et se porte- t-ii sur la Comtesse ! ' le reste est dans le même esprit

Pourquoi Suzanne lacamarist&, spii'kuelle, adroite et rieuse , a-t-^lle aussi le droit de nous intéresser ? C'est qu'attaquéje par un sérducteur puissant avec plus d'avantage qu'il' n'eu faudrait pour vaincre une fille de son état, elle n'hésite pas à confier les intentions du Comte aux deux personnes les plus inté' ressées à bien surveillier sa coodoite ; sa maitresse «t son fiancé. C'est que , dans tout son r^le, presque le plus long deia pièce, il n*}'a pas une phrase , un mot , qui ne respire la sagesse et l'attachement à sen devoirs; la seule ruse qu'elle de permette est en faveur de sa maîtresse, à qui son dévoûment est cher, et dont tous les vo&ux sont honnêtes.

Pourquoi dans s^s libertés sur son maître , Figaro m'amuse-t-il , au lieu de m'indigner ?

a8 PRÉFACE.

C'est que , l'oppose des valets , îl n'est pas , et TOUS le savez , le malhonnête homme de Fa pièce : en le %'oyanr forcé par son état de repousser insulte avecadiresse , on lui pardonne tout y dès qu'on saîf qu'il ne ruse avec son seigneur que pour garantir ce qu'il aime, et sauver sa propriété.

Donc , hors le Comte et ses agens, chacun fait dans la pièce à-peu-près ce qu'il doit. Si vous les croyez malhonnêtes , parce qu'ils disent du mal les uns des autres ^c'est'une règle très-fautive. Voyez nos honnêtes gens du sfècle ; on passe la vie à ne faire autre chose ! îlest même tellement reçu de déchirer sans pitié les abscns , que moi , qui les défends toujours, j'entends murmurer très - souvent : Quel diable d'homme, et qu'il est confra— riant I il dit du bien de tout le mande !

Est-ce mon page , enfin , qui vous scandalise , et l'immoralité qu'on reproche au fond de l'ouvrage serait-elle dans l'accessoire ? O censeurs délicats ! beaux esprits sans fatigue ! inquisiteurs pour la mbrale , qui condamnez en un clin-^d'œil les réflexions de cinq années! soyez justes une fois, sans tirer k conséquence. Un enfant de treize ans , aux premiers

tiatl^mens dû' cœur ; chërchatit tout , sans rîen. déînèfèr; idolâtre, ainsi qu*on Pest à cet âgé Heureux, d*tin objet céleste pour lui , dont le Iiasardfit sa marraine, est-il un sujet dé scandale ? Aimé dé tout le mondé au château ; vif 5^ espiègle eir brûlant, comme fous lès enfans spirituels ; par son agitation extrême ; il dérange dix/oîs, sans le-voulôir , Tes* coupables projets du Comte. Jeune adepte de la na* turc! tout ce qu'il voit a droit' de Tagiler : peut-être il n'estplus un enfant ; niais il n*est pas encore un homme : et c'est le moment que fai cKolsi, pour qu'il obtint de l'intérêt , sans forcer personne à' rougir. Ce qu*n éprouve innocemment , il l'inspire par-tout de môme. Direz-Tous qn*on l'amie d'^nrour ?

Censeurs ! ce n'est* pas là le mof: vous êtes trop éclairés pour ignorer que Tamour , même le plus pur^ a un motif Intéressé : on neTaime donc pas encore ; on sent qu'un jour on l'aimera. Et c'est ~ce<fue l'auteur a mTs avec gaité*dans la bouche de Suzanne quatrd elle ait a son enfanta « Oh ! dans trois' on « quatre ans j je prédii que vous-serez. le phis <r grand petrt vaui4en... » L

h PRÉFACE.

Ponr lui imprimer plus fortement le caractère de Tenfance , nous le faisons exprès tutoyer par Figaro. Suppo«e»-lui deux ans de plus , quel valet dans le château prendrait ces . libertés? Voyee-le à la fin de <»on r61e; à peine a-t-il un habit d'of&cier, quMi porte la main à Tëpée aux première^ railleries du Comte, sur le quiproquo d'un soufflet. Il sera fier , notre ëtourdi ! mais c*esl un enfant y rien de plus. N*ai'je pas tu nos dames dans les loges aimer mon page à la folie ? que lui voulaient-elles ? hëlas ! rien : c'e'tait de rinté* rèt aussi ; mais, comme -celui de la Comtesse , un pur et naïf intérêt : un intérêt., sans intérêt.

Mais est-ce la personne du page ou la con-- .science du seigneur qui fait le tourment du dernier « toutes les fois que Facteur les condamne è se rencontrer dans la pièce ? Fixes ce léger aperçu , il peut vous mettre sur la voie f ou plutôt apprenex de lui , que cet enfant n*est amené qup pour ajouter à la moralité de Touvrage, en vous montrant que rhomme le plus absolu ches lui i dès quUI suit un projet coupable ^ peut être fl^is au déses-

PRÉFACE* 3i

poîr par TéCre le moîos important , par celui qui redoute le plus de se rencontrer sur sa route.

Quand mon page aura dix-huit ans , avec le caractère vif et bouillant que je lui ai donné, je serai coupable à mon tour , si je le montre wr la scène. Mais à treize ans qu'inspire-t-il? quelqite chose de sensible et doux y qui n*est ni amitié ni amour, et qui tient un peu de tous deux.

J'aurais de I9 peine à faire croire à Pinno^ cence de ces impressions , si nous vivions dans un siècle moins chaste , dans un de ces siècles de calcul, où, voulant tout prématuré, comme les fruits de leurs serres chaudes , les grands mariaient leurs enfans à douze ans , et faisaient plier la nature, la décence et le goût aux plus sordides convenances , en se hâtant sur-tout d*arracher de ces êtres non formés , des enfans encore moins formables , dont le bonheur n'occupait personne , et qui n'étaient que le prétexte d'un certain trafic d'avantages , qui n'avait nul rapport à eux , mais uniquement à leur nom. Heureusement nous en sommes bien loin : et le caractère de mon page , sans conséquence pour lui-même,

îa PRÊTA CK:

en a une relative au Comte, que lé moraliife ?})erçoît , mais qui n*a pas encore frappe le grand commun de nos jugeurs.

Ainsi, dans cet ouvrage, chaque rôle imporportant a quelque but moral. Le seul qui sem« blie y dëroger, est le rôle de Marceline.

Coupable d^un ancien égarement, dbntson.

Figaro fut le fruit, elle dtvraît, dît-on, se voir au moins punH; par là confusion de sa faute, lorsqu'elle reconnaît son fils. L'auteur eût pu même en tirer une moralité plus profonde : dans le$ mœurs qu'il veut corriger , la faute d'une jeune fille séduite est celle dé'& hommes, et non la siennei Pourquoi donc ne.

l'a-f-il pas fait ?

Il l'a fait , censeurs raisonnables V étudiée la scène suivante , qui faisait le nerf du tToî— . sième acte, et que les comédiens m'ont prié ' de retrancher , craignant qu'un morceau si sévère n'obscurcit là gaîté de l'action.

Quand Molière a bien humilié la coquette, ou coquine du Misanthrope , par la lecture publique de ses lettres à tous ses amans , il la laisse avilie stms Tes coups qu*il lui a portés ; il a raison : qu'en fcrail-il ? vicieuse par goût et par- choir, veuve aguerrie , femm« dl cour,

préface: 33

sans aucune exci/se d*erreur , et fléau d'un 'fort- honnête homme , il l^abandonne ■ à nos mépris ; et telle est sa moralité. Quant à moi; saisissant l'aveu naïf de Marceline au moment de la reconnaissance, je montrais cette femme humiliée , et Bartholôqui la refuse , et Figaro leur fils commun dirigeant lattentibn publi-^ que SUT les vrais fauteurs du désordre -où Ton entraîne sens pitié toutes les jeunes filles du peuple , douées «d'une jolie figilre.

Telle est la marche de la scène.

brid'oisqn.

( Parlant de Figaro qui vient de recdnnaitre sa mère en Marceline ).

C'est clair : i-il ne l'épousera. pas.

BABTHOLO.

Ni moi non plus.

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