VI 6 A KO
Us font broder jUsqu'aUk soldats !
ifté^n^dbfieftÂ^Bf^dl* yfdlii» qU'iitté ooiiiridëi^-^' liôli d^risoir«> L<«urré^de i^esîiécts zppad-éiig, dans uile' sèr^itîidè rëdlé , «rah^es éH' nt!^ Aeares pc^Hr aOM bteà», Inutiles eu' itiafjeui^è» pour nos AitifeS; alPl' sdu^ tcÀis 1er a^ëdts , toti^ c^duk'è^vèc'ifou^ i^i^lifo^etrr du pi^é.
Elle a rttkoUl
* ^«etropraféotof
Biti^l>'o^r5o#.
Elle a I mon-on Dieu ! raison.
Mbk qnenousolbil*^ monfilsyleâiréaiv étvtà* htmiÊittwim^? ae'reg^rde faii <Poà'lû vi«6^, ¥oî^ o* M' iM^^ ti«kh.s«a^itUiN»M(kà4A«#^ .
3G ftlÉFACE.
Dans quelques mois ta fiancée ne .dépendra plus que d'elle-même; elle t'acceptera; j en* réponds : vis entre une épouse , une mère tendres f qui te chériront à qui mieux mieux ; sois indulgent pour elles^ heureux pour toi « mon fils ; gai , libre et bon pour tout 1% monde : il ne manquera fi^n à ta mère.
. FlOAKOi .
Tu parles d'or , maman j et je me tiens h ton avis« Qn'pn est sot en efTel ! il y a des mille qiille.anft que le monde roule , etq«ie danscet océan de durée, où j'ai par hasard ^attrapé quelque chétifs trente ans j(]ui;ne reWead^ont plus f j'iraif me tourmentais pgj^c. savoir à qui )e les dois 1 tant pb pour; qui s'«n inquitète. Passer ainsi la vie à chamailler j c'yest. peser sur le collier sans relâcK<? ^ comme les malheureux chevaux de la remonte d^. ^eur^s , qui ne reposent pas, même jgufiQd ils s'arrêtent , et qui tirent toujours ,rfLUOfSI[\(*ii^;cess^l de marcher. Nous atlendronf^
J*ai bien regretté ce moroe^i ; et mainte-^ ^nt qi|e la pièce est connue, si les comédiens avaient le courage de. le restiCucr à m^ prière ^ je pense que le pnlilicieiir en saurait
beaucoup de gré. Ils n'auraient plus mènie à répondre y comme je fus forcé de le faire à certains censeurs du beau monde , qui me reprochaient à la lecture, de les intéresser pour une femme de mauvaises mœurs. -«Non, Messieurs , je n*en parle pas pour excuser st$ mœurs , mais pour vous faire rougir des rAtres sur le point le plus destructeur de toute honnêteté publique , la corruption des jeunes per-r ionnei; et f avais raison dé le dire , que vous trouves ma pièce trop gAîe , parce qu'elle est souvent trop sévère. Il n*y a que façon de s'entendre.
—Mais voire Figaro est un soleil tournant , qufbrCde, en {aillissant, les manchettes de tout lé monde. — Tout le monde est exagéré.
Qu'on me k^che gré du moins s'il ne hrûle pas dnssi les doigts de ceux \qui croient s'y re* connaître : au temps qui court on a beau jeu sur cette matiière au théâtre. M'est-îi permis de composer en auteur qui sort du collège , de toujours faire rire des en&ns , sans jamais rien dire à des hommes f £t ne dcTes-irous pas me passer un peu de morale , en faveur de ma gattéy comme on passe aux Françab un peu de folie , en faveur de leur raison ?
Si je ii*aî versé sur nos sottises qu*un peu de critique badine , ce n*est pas que je ne sa^ che en former de plus sévères : quiconque a dit tout ce [qu^il sait dans son ouvrage y y a mis plus que moi dans le mien. Mais je garde une foule d^idées qui me pressent , pour un des sujets les plus moraux du théâtre , aujourd'hui sur mon chantier , la Mère Coupable ;.
et si le dégoût dont on m*abreuve me permet jamais de Tachever , mon projet étant d*y faire verser des larmes à toutes les femmes sensî-^ blés , j'élèverai mon langage à la hauteur de^ nies situations; j'y prodiguerai les traits de. la plus austère morale , et je tonnerai fortement sur les vices que j'ai trop mén^gés. Ap^ prêtez-vous donc bien , messieurs , à me tourmenter de nouveab ; ma poitrine a déjà grondé ; j'ai noirci beaucoup de papier au service de votre colère.
£t vous, honnêtes indifierens, qui jouissez de. tout sans prendre parti sur rien; jeunes per-^ sonnes modestes et timides , qui vous plaises à ma Folle Journée ( et je n'entreprends sa défense que pour justifier votre goût), lorsque vous verrez dans le nipnde un de ces hommes tranchaas critiqufsr Vaguement la
pièce , tout blâmer sans, rien designer , surtout la trouver indécente ; examinez bien cet homme-là ; sachez son rang , son état , son caractère , et vous connaîtrez sur-le-champ le mot qui Ta blessé dans Touvrage.
On sent J>ien que je ne parle pas de ces écumeurs littéraires » qui vendent leurs bulletins ou leurs affiches à tant deliards le paragraphe. Ceux-là , comme Fabbé Bazile , peuvent calomnier ; Ib médiraient ^ (ju'oal ne les croirait pas»
Je parle moins encore de ces libellisles honteux qui n*^ont trouvé d^autre moyen de satisfaire leur rage , Fassassinat étant trop dangereux , que de lancer du cintre de nos salles f des vers infâmes contre l'auteur ^ pendant que l'on jouait sa pièce. Ils savent que je les connais ; si j'avais eu dessein de les nommer , c'aurait été au ministère public ; leur supplice est de l'avoir craint , il suffit à inon ressentiment. Mais on ne s'imaginera jamais jusqu'où ils ont osé élever les soupçons du public sur une aussi lâche épigramme [ semblables à ces vils, charlatans du Pont- Neuf, quiV pour accréditer leurs drogues , iârcissent d'ordres ^ de cordons » le tableau qui leur sert d'enseigne.
fo PRÉFACE.
Non , je cite nos importaos , qiiî, blettes , on ne sait pourquoi, des critiques semées dansPouvrage , se chargent d*en dire du mal , sans cesser de venir aux noces.
C'est un plaisir asses piquant de les voir d'en bas au spects^cle, dans le très-plabant embarras de n*oser montrer ni satisfaction ni colère ; s^avançant sur le bord àts loges , prêts à se moquer de Tauteur , et se retirant aussitôt pour celer un peu de grimace ; emportés par un mot de la scène , et soudainement rembrunis par le pinceau du moraliste ; au plus léger trait de gaité , jouer tristement leii étonnés , prendre un air gauche en faisant les .pudiques, et regardantes femmes dans les yeux , comme pour leur reprocher de sou- - tenir un tel seandale ; puis , aux grands applaudissemens , lancer sur le public un regard méprisant , dont il est écrasé ; toujours prêts à lui dire , comme ce courtisan dont parle Molière , lequel , outré du succès de TÉcole des Femmes , criait des balcons au public :
Jfiis donc , public , ris donc ! En yérité c'est un plaisir , et j*en ai joui bien des fois.
Celui-là m*en rappelle un autre. Le premier jour de la Folle Journée , on s*échauflàit dans le foyer (même d'honnètes plébéiens) sur ce
. PRÉFACE. 4i
qu^ils nommaiient spirituellement mon audace. Un petit vieillard sec et brusque » impatienté de tous ces cris, frappe le plancher de sa canne , et dit en s'en allant : « Nos Français , sont comme les enfans qui braillent quand on les éberne ». Il avait du sens ^ ce vieillard. Peut-être on pouvait mieur parler : mais pour mieux penser , }\n de'fîe.
Avec celte intention de tout blâmer , on conçoit que les traits les plus sensés opi été pris en mauvaise. part N^ai-îe- pas entendu vingt fois un murmure descendre des loges k cette réponse de Figaro ?
LE COMTE
« Une réputation détestable » ! • '
riGAEO.
« Et si je vaux mieux qu'elle f Y a-t-il beaucoup de seigneurs quj puissent en dire autant »?
Je dis moî, qu*îl n'y/ en a point: qn'il.ne saurait y en avoir , et moins d*une exception bien rare. Un homme obscur et peu connu peut valoir nûeux que sa réputation , qui n'est que Topinion d'autrui. Mais de même qu*un sot en place en parait une fois plus sot , parce qu'il ne peut plus rien cacher , de même un
4'i PRÉFACE.
grand seigneur , Thomme élevé en dignités , que la fortuné et sa naissance on^ placé sur le grand théâtre , et qui-, entrant dans le inonde , eut toutes les préventions pour lui ^ vaut presque toujours moins que sa réputation s'il parvient à la rendre mauvaise. Une assertion sr simple et si loin du sarcasme devait-elle exciter le murmure ? Si syn application parait (aciieuse adx grands peu soigneux de leur gloire , en quel sens fait-elfe épigramme sur ceux qui méritent nos respects?', et quelle maxime plus juste au théâtre peut servir de frein aux puissans, et. tenir lieu de leçon à ceux qui n*en reçoivent point d*auires ? Non quUl faille oublier , ( a dit un écrivain sévère ; et je n%e plais à le > citer , parce que fe SUIS de son avis. ) « Non qu'il faille oublier , <c dit-il, ce qu*on doit aux rangs élevés ; it est « juste au contraire que l'avantage de la nais- <( sance soit le moins contesté de touai ; parce « que celûenfàit gratuit de l'hérédité , rela- « tif aux exploits , Vertus , ou qualités des « aïeux de qui te reçut , ne peut aucunement « blesser l'amour-propre de ceux auxquels il « fut refusé ; -parce que dans une monarchie, « si l'on 6tait-les rangs intermédiaires ^ il y
« aurait trop loin du monarque aux sujets ; « bientôt on n*y verrait qu'iih despote et des « esdares: le maintien d*une échelle graduée , « du laboureur au pointât ^ intéressé égale- « ment les hommes de tous-les rangs , et peuf- » être est le plus ferme appui de 1^'constitu- « tion monarchique- ».
Mais quel auteur parlait ainsi? qui faisait cette professioiF de foi sur la noblesse , dont on me suppose si loin ? C'était Pieere-âu- «OSTIN Caron jobBeaumakchais, plaidant par écrit au parlement d*Aixen 1778 , une grande et sévère question, qui décida bientôt de rbonneur d'un iioble et du sien. Dans l'ouvrage que je défends on n'attaque point les états , mais les abus de chaque état : les gens seuls qui s'en rendent coupaUes ont intérêt à le trouver niauvais ; voilà les rumeurs, expliquées : mais, quoi donc ! les abusi sont-ils devenus si sacrés» qu'on n'en puisse attaquer aucun sans lui trouver vingt défenseurs ?
Un avocat célèbre ^ un magistrai respectable , iront-ils donc s'apppoprier le plaidoyer d'un Bartholo , le jugement d'un Brid'oison ? Ce mot de Figaro sur l'indigne abus desplaidoieries de noft.jpura. ( c'est <iégrader le pku..
noble institut ) , a bien montré le cm que îe îsà$ du noble métier d*aTOcat; et mon respect pour la magistrature ne sera pas plus suspecte ^ quand on saura dans quelle école )*en ai recherché la leçon , quand on lira le morceau suivant , aussi tiré d*nn moraliste , leipiel parlant des magistrats , s'exprime «n ces termes formels : «
« Quel homme aisé roudrait, pour le plus « modique honoraire ^ faire le métier cruel « de se lever à quatre heures , pour aller a^ « Palais tous les jours s'occuper , sous des for- « mes prescrites » d'intérêts qui ne sont jamais « les siens; .d'éprouver sans cesse l'ennui' de « rimportunité , le d^oùt de» sollicitations , « le bavardage des plaideurs , la monotonie « des audiences , la fatigue des déKbérations , « et la 'contention d'esprit nécessaire aux « prononc-és des arrêts, s'il ne se croyait pas « payé de cette vie laborieuse et pénible , par « Tesiime et la considération publique ? ^ « cette estime est-elle autre chose qu'un ju- <c gemént , qui n'est même aussi flatteur pour « les bons magistrats , qu'en raison âe sa «< rigueur excessive contre les mauvais » ?
Mais quel écrivain m'instruisait ainsi par
M5 leçons ? Vous ailes croire encore que c'est PiEERB Augustin ; vous TaTez dît, c'est lui, en 1773, dans son quatrième ni<^moirê, en défendant jusqu'à la mort sa triste exîstenee at- ' taquëe par un soi-disant magistrat. Je respecte donc hautement ce que chacun doit honorer ; et )e blâqie oe qui peut nuire.
. ^- Mais dans cette Folle Journée , au liev de saper .les abus , vous vous donnes 'des \ibertés très-repréhensibles au théâtre : votre monologue sur-tout contient , sur les gens disgraciés , des traits qui passent la licence I —Eh ! croyez-vous, messieurs, que )*eusse un talisman pour tromper , séduire , enchaîner la censure et l'autorité , quand {e leur soumis mon ouvrage ? que je n'aîç-pas dû justifier ce que j'avab osé écrire ? Que faîs-je àke à Figaro, parlante l'honuqe déplacé ?> Que les « sottises impriméeji n'ont d*importance « qu'aux lieux o\i l'on en gène le cours ».
Est-ce donc là une vérité d'une conséquence dangereuse ? Au lieu de ces inquisitions pué* riles et fatigantes , et qui seules donnent de l'importance à ce qui n'en aurait jamais , si, comme en Angleterre , on était assez sage ici pour traiter les sottises avec ce mépris qui les
tue ; loin de sortir du vil fumier qui les enfante y elles y pouriraiént en germant , et ne se propageraient point. Ce qui multiplie les libelles , est la faiblesse de les craindre : ce qui fait rendre les sottises, est la sottise de les défendre.
Et comment conclut Figaro ? « Que sans « la liberté de blâmer , il n -est point d*e1oge « flatteur ; et qu'il n*y a que les petits hommes « qui redoutent les petits écrits ». Sont-ce là des hardiesses coupables , ou bien des aîgnil' Ions de gloire ? des moralités insidieuses , on des maximes réfléchies , aussi justes qu'encourageantes ?
Supposez-les' le fruit des souvenirs. Lorsque satisfait du présent , Tautem* veille pour Tavenir , dans la critique du passé , qui peut avoir droit de s*en plaindre ? Et si , ne désignant m temps, ni lieu , ni personne , il ouvre la voie au théâtre , à des réformes désirables , n'estce pas aller k son but ? ■
La Folte Journée explique donc comment, dans un temps prospère , sous un roi juste , et des ministres modérés, l'écrivain peut tonner sur les oppresseurs, sans craindre de blesser pcfrsonne. C'est pendant le règne d'un
bon prince qu'on écrit sans danger l'histoire des mëchans rois ; et plus le gouvernement est sage , est éclairé, moins la liberté de dire est en presse : chacun y faisant son devoir , on n'y craint pas les allusions : nul homme en place ne redoutant ce qu'il est forcé d'estimer , on n'affecte point alors d'opprimer chez nous cette même littérature, qui fait notre gloire au-dehors , et nous y donne une sorte de. primauté Tque nous ne .pouvons tirer d'ailleurs.
£n effet 9 à quel titi*e y prétendrions -nous ? Chaque peuple tient à son culte , et chérit son gouvernement. Nous ne sommes pas res»
tés phis bravçs que ceux qui nous ont battus à leur tour. Nos mœurs plus douces, mais non meilleures, n'ont rien qui nous élève au-dessus d'eux. Notre littérature seule , estimée de toutes les nations, çtend Pempire de la langue française, et nous obtient de l'Europe entière une prédilection avouée, qui justifie, en l'honorant, la protection que le gouvernement lui accorde.
Et comme chacun cherdie lou}ours le seul avantage qui lui manque, c'est alors qu'on peut voir dans nos académies l'homme de la
cour siéger avec les gens de lettres ; les talei^ personnels, et U considération héritée, se disputer ce noble objet , et les archives acardémiqaes se remplir presque également de ' papiers et de parchemins.
Revenons à la Folle Journée.
Un monsieur de beaucoup d'esprit, mais qui Féconomise un peu trop , me «Ksait un soir au spectacle : Expliquez-moi donc , je tous prié , pourquoi , dans votre pièce , on trouve autant de phrases négligées qui ne sont pas de votre style ? — De mon style, Inonsîeur? Si par malheur fen avais un , je mWorcerais de Toublier quand }e iais une comédie : ne connaissant rien dMnsipîde au théâtre comme ces fades camaïeux où tout est bleu , où tout est rose , où tout est l'anteilr , quel qu*il soit.
Lorsque mon sujet me saisit, j*évoque tous mes personnagei^ et les mets en situation.— • Songe à toi, Figaro, ton maitre va te deviner. -r-Sauve«-vousvite , Chérubin ; c*est le Comte que vous touches. —-Ah ! Comtesse , quelle imprudence avec un époux si violent ? Ce qu'ils diront-, je n^en tois rien ; c*est ce qu'ils feront qui m'occupe. Puis, quand ils sont bien animés^ j*écris sous leur dictée rapide, sûr
quHIs ne me tromperont pas, que je reconnaîtrai Basile , lequel n*a pas Pesprlt de Figaro , qui n*a pas le ton noble ^u Comte « qui n*a pas la sensibilité de la Comtesse , qui n*a pas la gattd de Suzanne , qui n*a pas Tespië- ^lerie du page, et sur-tout aucun d*eux, la sublimité de Brid'oison ; chacun y parle son langage : eh ! . que le dieu du naturel les préserve d*en parler ^*autre ! Ne nous attachons donc qu*à Tékamen de leurs idées, et non à rechercher si )*ai dû leur prêter mon style.
Quelques malveiUans ont voulu jeter de la •défaveur sur cette phrase de Figaro : « Som- « mes-nous des soldats qui tuent et se font «t tuer pour des intérêts qii^ils ignorent ? je « veia savoir , moi , pourquoi je me ûche » ! A travers le ftuagedVne conception indigeste, Ss ont feint d'apercevoir «rque je répands une « lumière décourageante sur Tétat pénible du « soldat; et ii y a des choses qu*il ne faut ja- « mais dire ».. Yoilè dans toute sa force Targumeatde la méchanceté; reste à en prouver k bêtise.
Si y comparant la dureté du service i Ta mo-, 3. 5
Si PREFACE.
le reproche qu*on fait gratuitement au mienC Laissons donc les cenreaax fumeux louer on I>1âmer au hasard , sans se rendre compte de rien ; s^ei^tasier sur une sottise , <|ui n*a pu famaîs être dite , et proscrire un mot ^uste et shnple , qui ne montre que du hoir sens.
Un autre reproche assez fort , mais dont f t nVi pu me laver y est d*avoir assigné pour retraite à la Comtesse un certain couvetit id*UrsuHnes. Ursulines ! a dit un seigneur feignant les mains avec ëclat Ursulines l a d it une dame en se renversant de surprime sur un jeune Anglais de sa loge. Ursulines ! ah , milord ! si vous entendiez le français...! Je sens , je sens heaucoup , madame ^ dit le jeune homme en rougissant. — CVst qu*on n*a fa-^ mais mis au riiéâtré aucune femme aux Ursulines ! Abbé , parlez-nous donc ! L*abbé ( tou*^ jours appuyëe sur TAnglaîs ) comment trou^ vez-vous Ursulines ? Fort indécent , répon4 Tabbé sans cesser de lorgner Suzanne ; et tout le beau monde a répété ^ UrsuUnes est foit indécent. Pauvre auteur ! on te croit jugé y quand chacun songe h son affaire. En vain j^essayais dVtablir que , dans IVvènement d'e la scène ^ moins la comtesse a dessein de se cloîtrer ^
pliM elle doit le feindre et faire croire à son ^poux qae sa retraite est bien choisie : ils ont proscrit mes Ursulines !
Dans le plas foirt de la rumeur, moi bon bomme ! j*ayais été {usqu'à prier une de% ac--* Irices qui font le charme de ma pièce , de demander aux mëcontens^ à quel autre couvent de filles ils estimaient qu^il fut décent que Ton Ht entrer la Comtesse? A moi, cela jnVtait <^Sal ; je l'aurais milM où Ton aurait voulu ; aux AugustineSy aux Cëlestines, aux Clai-* rettes, aux Visitandines , même aux petite^ Cordelières , tant )e tiens peu aux Ursulines! Mais on agit si durement !
Enfin le bruit croissant tdujonrs , pour arranger raffaire avec douceur, j*ai hmé le mot Ursulines à la place où je Tavais mis :
chacun alors content de soi , de tout Tesprit qu'il avait mon (ré, s*est apaisé sur Ursuliuei^, et Von a parlé d*autre chose. .
Jene suis point» comme Ton voit, IVnnemi die mes ennemis» En- disant bien du mal de.
moi,, ils n*ei| ont point fait à ma pièce ; et s'ils aentaient seulement autant de joie à la déchi* ^r , que j'eus de plaisir à la faire , . il n'y au* «ait per^vnne d'affligé. Le malheur* est qu'ils
SL
ne rient point ; et ils ne rient point^à ma pièce^' parce qu*on ne rît point à la leur. Je connais plusieurs amateurs , qui sont même beaucoup maigris depuis le succès du Mariage : excusoïis Honc PefTet de leur colère.
• A des moralités d'ensemble et de ' détail ^ répandues dans les flots d*une inaltérable galle; à un dialogue assez vif ,' dont la facilité nous cache le^ travail , si Pauteu^ a joint une intrigue aisément filée , où l'art se dérobe sous l'art, qui se noue et se dénoue sans cesse ,' à travers une foule de situations comiques ,' de tableaux piquans et variés qui soutiennent \ sans la fatiguer , l'aitention du public pendant les trois heures et demie que dure le même spectacle ( essai que nul homme de lettres n'avait encore osé tenter ! ) ; que restait-il à faire à de pauvres méchans, que tout cela irrite ?
Attaquer, poursuivre l'auteur par des injures verbales, manuscrites, imprimées, 'c'est dt qu'on a fait sans relâthe ; ils ont même épuisé jusqu'à là calomnie , pour tâcher de me perdre dans l'iesprit de tout ce qui influe en 'France sur le repos d'un citoyen. Heureusement que mon ouvragé est sous les yeux -de la nation ,' qui depuis dix grands mois , le Toit ; le juge>,
•t Papprécie. Le laisser jouer tant qu^il fera jplaîsîr , est la seule yengeance que je me sois permise. Je n'écris point ceci pour lés lecteurs actuels ; le récit d*un mal trop connu touche peu } mais dans quatre-vingts ans il portera son fruit. Les auteurs de. ce temps-là compareront leur sort au nôtre ; et nos enfans sauront à quel prix on pouvait amuser leurs pères.
Allons au fait ; ce n'est pas tout cela qui blesse. Le vrai motif qui se cacfie , et qui dans les replis du cœur produit tous les autres reproches , ^st renfermé dans ce quatrain :
Pourquoi ce Figaro , qu'on va tant écouter , ÏUC'il avec fureur décliirë par les sots ?
a Recevoir, prendre, et demander;
ff Voila le secret en trois mots t.
En éflet, Figaro, parlant du métier de courtisan , le définit dans ces termes sévères. Je ne puis le nier , je Tai dit. Mais reviendrai-je sur ce point ? Si c'est un mal , le remède serait pire : il faudrait poser méthodiquement ce que je n'ai fait qu'indiquer , revenir à montrer qu'il n'y a poiût de synonyme en fran-
çaîs, entre l'homme de la cour, l'homme de eour, et le courtisan par métier.
Il favclraît répéter qu'homme de la eour peint %eulement jun nobte état; qu*il s'entend de i^bomme de qualité , vivant avec la noblesse «I Téclat que son rang lui impose : que si cet hùmme de la cour aime le bien par goût , sans intérêt ; si ^ loin de jamau nuire à personne,
. il se fait estimer de ses maitres , aimer de ses égaux, et respecter des autres, alors cette
' acception reçoit un nouveau lustre ; et j'en connais plus d*un que \e nommerais avec plaisir , s'il en était question.
U faudrait montrer qu'homme de cour, en bon français, est moins Ténoncé d*un état , que le réisumé d'un caractère adroit , liant , mais réservé; pressant la main de tout le
, monde en glissant chemin à travers; menant ■ finement son intrigue avec Pair de toujours, servir ; ne se faisant point d'ennemis , mats: donnant près d'un fossé , dans Toccasion, de } répaule au meilleur ami , pour assurer sai chute et le remplacer sur la crête ; labsant à part tout préjugé qui pourrait ralentir sa . marche; souriant à ce qui lui déplaît , et cri^ tiquant ce qu'il approuve , selon les. hommes.
qui récoQtent : dans les, liaîHOBs utiles de ss femme, ou de sa maitressc, ne voyant que ce qu*n doit voir; enfin...
Preimni tout , pour le faire eonrt f Eo Téritable hommg âe eovr,
La FovTÀiirc.
Cette acception n'est pas aussi défavorable . que celte àa. courtisan par jnétier ^ et c*ei|t l*homme dont parle Figaro.
Mais quand f étendrais la définition de c^ dernier; quand, parcourant tous les possibles^ je le montrerais avec son maintien ë<|uivequ^» haut et bas à-la-fois , rampant avec orgueil >, ayant toutes les prétentions sans en justifier une ; se donnant Tair du protégement pour se faire chef de parti ; dénigrant tous les concurrens qui balanceraient son crédit ; faisant un métier lucratif de ce qui ne devrait qu'honorer ; vendant ses maîtresses à son maître , liïî faisant payer ses plaisirs , etc. p etc. » etc , et quatre pages d*elc., il faudrait toujours revenir au dbtique de Figaro : Recevoir, prendre et demander; voilà le secret en trois mots*
Pour ceux-ci ^ je n*en connais point ;. il y en eut , dit-on , sous Henri III , sous d'autres
5o PRÉFACE.
àicité de la paie , ou disputant tel autre inconvénient de la guerre , et comptant la gloire pour rien , )e versais de . la défaveur sur ce plus noble des affreux métiers , on me de— manderait justement compte d'un mot indiscrètement échappé. Mais, du soldat au colonel , au général exclusivement , quel im'bécille homme de guerre a jamais eu la prétention qu*il dût pénétrer les secrets du cabinet ^^ pour lesquels il fait la campagne ? C'est de cela seul qu^il s'agit dans la phrase de Figaro. Que ce fou- là se montre , s'il existe ; nous, l'enverrons étudier sous le philosophe Babouc, lequel éclaircit disertement ce point de dis-, ^ipline militaire.
£n raisonnant sur l'usage que l'homme fait de sa liberté dans les occasions difficiles , Figaro pouvait également opposer à sa situation tout état qui exige un£ obéissance implicite ;. et le cénobite zélé, dont le devoir est de tout. croir£ sans jamais rien exanuner , comme le guerrier valeureux , dont la gloire est de tout affronter si^r des ordres non motivés, de ttar et S9 faire tuer pour des intérêt^ qu'il ignore. Le mot de Figfuro dq dit donc riep , sinon qvCnu
PRÉFACE. . 5i
liomme libre de ses actions, doit agir sur d^au- Ires principes que ceux dont le deroir est d*obéir aveuglément.
Qu*aurait'ce été , bon dieu ! si j'avais fait usage d*un mot ^u'on attribue au grand Condé, et que j'entends louer à outrance , par ces mêmes logiciens qui déraisonnent sur ma phrase? Â les croire, le grand Condé montra la plus noble présence d'esprit, lorsque arrêr tant Louis XIV prêt à pousser son cheval dans le Rhin , il dît à ce monarque : « Sire , avez- « vous besoin du bâton de maréchal » ?
Heureusement on ne prouve nulle part que ce grand homme ait dit cette grande sottise.
C'eût été dire au roi devant toute son armée ; Vous moquez-vous donc , sire , de vous exposer dans un fleuve ? Pour courir de pareils dangers , il faut avoir besoin d'avancement ou de fortune l
Ainsi l'homme le plus vaillant , le plus grand ' général du siècle aurait compté pour rien l'honneur , le patriotisme et la gloire l un misérable calcul d'intérêt eût été , selon lui , le seul principe de la bravoure ! il eût dit là un affreux mot ! et si j'en avais pris le sens pouf l'Snfermer dans quelque trait , je mériterais