‹ Œuvres choisies de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 1 sur 113 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

XJES notices que Ton donne sur un écrivain se composent , en général , da récit de ses actions et de réflexions sur ses ouvrages ; mais ces deux points de* vue sous lesquels on peut envisager un auteur , doivent souvent se confondre , quand' il s'agit d^un homme dont presque tous les écrits firent époque et dans sa carrière et dans l'histoire contemporaine ; de celui qui , s'appliquant avec justice ces mots de Voltaire : Ma ifie'est un combat', occupa long-temps la France et TËuropè de ses démêlés de

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tout genre , et parvînt à se créer ce que l^on poarrait appelerune existence dramatique.

Pierre- Augustin Caron de Beaumarchais , né à P^ris , le 24 janvier 1732, d'an horloger asse^ renommé, s'exerça d'abord dans la profession de son père t et y obtint son premier succès : ce fut l'invention d'une nouvelle espèce d'échappement f découverte qui lui fut disputée , mab pour laquelle l'Académie des Sciences lui donna gaiii de cause. Un pareil triomphe semblait devoir attacher de plus en^lus le jeune horloger à l'état paternel; il i^ervit seu»

lement à éveiller chez lui le désir d'ar?

river plus haut. Ingénieux calculateur^ il avait déjà reconnu que , daps Wft siècle tel que le sien » les arts £pi voles devaient beaucoup mieux servir cette ambition ffie les art» utiles ; lliorlpge-

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rie fut sacrifiée à la musique , et la perfectidB du talent quUI acquit sur la harpe e^ la guitare proura la justesse de son coup-d'œil , en le conduisant à la cour.

Introduit auprès de Mesdames , filles de Louis XY , pour leur dottner des le« çOBs, admis bientôt à leurs concerts , et peu après dans leur société , le jeune Beanmafcfaais se Toyait déjà dans la position la plus agréable ; son heureuse étoile lui fournit bientôt les moyens de l'utiliser. Les princesses l'avaient recommandé au fameux Pâris^Duvemey , que son opulence avait mis au rang des premiers personnages de FEtat. Déjà celui-^ci lui avait rendu quelques services , quand l'obligé trouva l'occasion de s'acquitter amplement. Financier' peu commun , Duvemey avait voulu illustrer son nom par la création d'un

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établissement qui manquait à la France y et grâce à lui le siècle de Louis XV avait vu s^élever FÉcole militaire ; mais déjà plongé .4ans une apathique indolence et dans Fivresse continuelle des.

voluptés, le monarque différait de jour en jour à visiter le monument qui devait conserver quelque gloire à, son règne, et cette indifférence désespérait, avec raison , le fondateur de ce lycée ouvert à la j.eunesse guerrière.

Beaumarchais se chargea de mettre un terme kses chagrins et à sa longue attente. Il s.olUcita , il obtint de ses augustes protectrices la faveur demandée inutilement à Louis XY « et cette démarche de leur part décida leur père à les imiter. Pâris-Duvemey , comblé de joie , ne mil; point de bornes à sa reconnaissance ; initié par lui aux: plus lucratives opérations du. haut com-

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merce-, appayé dé son crédit- , et favo«risé à-la-fois par de tels avantages , pav le bonheur qui semblait alors s'attacher à toutes ses démarches , et par 'cet esprit fin et pénétrant , moyen presque infaillible de succès daps cette carrière , Beaumarchais fit une fortune rapide et considérable , qui de bonne heure lui laissa tout.le loisir nécessaire pour débuter dans, une nouvelle route, et de-" niander aussi des triomphes à la littérature»

Son caractère le portait à brusquer la renommée: comme la fortune ; aussi ce fut au théâtre qu'il consacra ses premiers essais. Le drame , que Diderot venait* de mettre* à :1a mode , lui offrait une réussite plus facile , et en 1767 il fit jouer Eugénie. Puisque cet ouvrage est resté au répertoire , et produit encore de Tefiet aujourd'hui quand il est joué

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avec qaelqoe chaleur , il faut bien lui recoonàttre quelque mérite ^ dans un Aiauvais gesrt*. Si les Deux Amis ^ qui le sttivif eàt en 17^ , (tarent ittohis bien aceueiiiîS') .c'est que le parterre, che2 lequel une térdlatiM et tin papier* monnaie n'avaient pas encore répandu les connaissances nécessaires pour s'in^ téresser au» opératiobs de la banque et ans spécolatiims de Ift bowse , s'ennuya d'une pièce fondée sur eeà bases finan^ . cières , et dont le nœ^d est fonné par une banqueroute. Un plaisant s'écria :

« J'y suk pour mes trente sous » « et ee met devittt l^arrét dé condamnation dv nouveau drame.

Plus famibavisés aujourd'hui ^ parles causes que j'aî citées pins haut , et par 1« succès mérité de ÙuAautcouts , avec les pièces de théâtre qui supposent quelques connaissances commerciales 9 peut*

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être serioBS-noiijS- plus inâalgens pour les Deux Amis, Celte eonsidëraiion a'est pas la seule qui nous ait déter^ mh)és àcompreadre eet^Mivrage dans les QSitvfes choisies 4e l'autevr ; c'est surtout i la lecture ^e Pou peut espérer pour ce drame un jugeqseut plus favorable ; \t sftyk en est plus correct , plus soigné ^pie ealut à^ Eugénie , et ce tnéritei qgi p^a pas |ou)ours ëtë à beaucoup près celui des écrits de Beaumarchais ^ derait nom engager à lui en tenir i^onple daua cette oecasîon.

L« montent arrivait oà il allait , sern 4e aottveaii par les4vèMmens , décou- Yfir Is yérital^le ^enre de son talent. Il fluhraît un procès assez insignifiant , re-> laftif à ia syecession de Pâris«-Buvemey.

V^Âode qui ^nt s^y joindre fit bientte oublier lefon4 de la cause. Quinze -louiiyoeatiliés au secrétaire du conseil*

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1er Goëzmann , et qui paraîssaiênf avoir passé dans les mains de madame Groëzmann elle-même, devinrent, soiis la plome de Beaumarchais j la somrce d'un ;;icandale européen. Il faut tout dire ; il s'agissait d'un conseiller à ce parlement-Maupeou, à-la-^fois odieur et ridicule ; s'associant à. la vei]|;eance de Beaumarchais , les lecteurs étaient à-lafois juges et parties , et Jeur malignité était complice de. l'esprit mordant de l'écrivain. Cette observation eiqpUque assez pourquoi ces fameux Mémçires , qui firent alors tant de bruit , n'ont plus guère chez nous qu'une réputation de tradition , et trouveraient peudeiecteurs aujourd'hui , malgré la vogue momenta* née que la littérature juridique a obtenue dans ces derniers temps. Aussi n'avons-nous cru devoir en détacher que deux morceaux pour f^re parjde de

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cette édition. L'un donnera une idée de cette verve satirique avec laquelle Beaumarchais stigmatisa des traits du ridicule quelques individus , aujourd'hui entièrement oubliés , et sur-tout Ques-à-co Marin , alors rédacteur de l'insignifiante Gazette de France ; Tautre , par lequel Tanleur trouva Theureux secret de répandre sur Téplsode d'un procès tout Tintérât du roman , est le récit de son voyage en Espagne , et son aventure avec Clavijo.

jVIais , à cette époque où les Mémoires avaient un intérêt encore plus vif, celui du moment , on aurait peine à se figurer tout TefTet que produisirent ces philippiques du Palais , dont les pages éloquentes , la logique serrée , les piquantes épigrammes , servaient si bien et les goûts et la haine de la nation. On en poun*a jug^r par les deux anecdotes

suivantes.

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