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Au milieu de la fermentation excitée par ces écrits , un grand seigneur dit publiqueinent : « Si Beaumarchais recc naitmedire que je lui dois cent mille « franco , et me menacer , à défaut de « paiement , de lancer un mémoire (c contre moi , je n'hésiterais pas à douce ner l'argent »,
Cette vogue extraordinaire d'ouvrages. dont la réputation ne sortait guère auparavant du cercle des gens de robe 9 alarma Voltaire lui-même ; mais trop grand , quoi qu'en aient dit d'obscurs Zoïles , pour être bassement jaloux j il confirma , au contraire , par son imposant suffrage , la renommée que Beaumarchais venait d'acquérir chez Thémis ; et cet excellent juge en> bonn&plaisanterie , en satire ingénieuse , fit en^ même temps la critique des drames de Beaumarchais et l'éloge de ses nouveaux écrits par cemot original : a Pour-
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<' quoi ne fait-ilpas jouerses Mémoires »>?
Il fit mieux : abandonnant un genre réprouvé par le goût , et faisant francliement sa cour à Thalie , il composa le Barbier de Séville , comédie pleine d'esprit , de malice et de gaîté ; mais déjà il avait mérité asses^ d^ennemis pour n'obtenir que des succès difficiles. Quelques traits hasard es , quelques taches de mauvais goût , fournirent à une cabale acharnée le prétexte de poursuivre l'ou-vrage d'acte en acte , et de donner à cette représentation l'apparence d'une chut«.
Des personnes qui assistèrent , en 1775, à cette scandaleuse soirée , m'ont souvent raconté que cette foulé de spectateurs , qui juge au tliéâtre comme dans le monde , d'après l'événement, disait en sortant de la salle : «^ Oh! pour « celle -là , ir faut espérer que l'on <f n'aura pas l'audace de la jouer une
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« secoude fois ». Beaumarchais ne se tenait pas si aisément pour battu ; il fit le sacrifice d'un acte justement con-r damné ; réduit en quatre actes , le Barbier obtint un succès décidé , et Ton sait que cette pièce tombée a eu depuis ce temps un nombre de représentations à-peu-près incalculable.
Mais les succès du théâtre ne Taisaient point oublier à Beaumarchais les entreprises financières qui avaient commencé sa fortune , et qui allaient Taugmenter encore. Un grand drame politique était entamé ; il sentit qu^il y avait un rôle lucratif à y |ouer , et s'empressa de s'en charger. Les États-Unis combattaient contre l'Angleterre pour assurer leur indépendance , et la France , sans s'être encore déclarée ouvertement en leur faveur, fermait volontiers les yeux sur les tentatives faites pour seconder leurs ef-
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forts. Un grand nombre de nos jeunes guerriers avait été leur offrir leurs bras ; Beaumarchais leur fournit des armes.
Il expédia en Amérique des cargaisons de fusils \ quelques - unes furent prises par les Anglais , mais celles qui arrivaient à bon port Ten dédommageaient assez , et le prix qui lui fut payé pour l^le fourniture si indispensable acheva d'en faire un des' plus riches particuliers de la France.
Le financier fit de nouveau place à Fauteur , et le Mariage de Figaro fut composé ; mais on pourrait dire ici , sans exagération , que le plus difficile n'était pas fait ; puisqu'on, s'étonne éi^ core aujourd'hui de la faiblesse où de- Taveuglemetit incroyable d'un gouvernement qui se laissa jouer sur le premier théâtre de la France par un nouvel Aristophane , Ton doit concevoir
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que ce ne fut pas sans peine qu'il obtint ce triomphe affligeant pour tous les esprits qui savaient en calculer les effets.
Démarches auprès' des grands, sollicitations près des ministres , courses k ' Versailles , intrigues à Paris , il n'épargna rien pour parvenir k son but. Plusieurs fois, au^ moment de Tatteindre, il s'en trouva plus éloigné que jamais.
Se roidissant contre les obstacles , appliquant k ce seul objet toute la ténacité de son caractère , toutes les ressources de son esprit , trouvant un ntile auxiliaire dans la frivole insouciance du comte de Maurepas , ministre près duquel un bon mot avait souvent plus de crédit qu'un raisonnement juste , habile à captiver Tamour-propre des hommes plus réfléchis par ce mot adroit jeté dans son ouvrage : // ny a que les petits hommes qui redoutent > les petits écrits y
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il parvint enfin à applanîr tontes les clif- #cnltés , et le public apprit , avec- surprise , que le Mariage de F/garo allait être représenté.
Jamais pareille affluence n'avait assiégé les avenues du Théâtre - Français. .Scudéry , si fier du portier tué à la première représentation à^A/aric , eât ici baissé pavillon devant Tauteur '; on se battit pour conquérir l'accès des bureaux , et de nombreux accidens firent partie des évènemens de cette Folle Journée. Plus de trois cents personnes de la plus haute distinction, parmi lesquelles il n'est pas besoin d'ajouter- que l'on comptait beaucoup de dames , dînèrent dans les loges qu'elles avaient -louées 9 tant elles craignaient que dans'<:etlc circonstance extraordinaire celte espèce de propriété ne fAt pas respectéct
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ques concessions indispensables. It fat . très>long-temps à pardonner à Dazincourt d^avoîr absolument refusé de prononcer cetle phrase extravagante : « Si « tu as le malheur d'approximer ma- << dame , la première dent qui te lom- «< bera ce sera la mâchoire , et tnon u poing fermé sera le dentiste ». Encore ^ fallut-il , pour ne pas le laisser sans consolation , lui conserver son approxirher. On conviendra que ce n'esl-l4 ni le style de Molière , ni même celui de Dancourt.
On se doute bien qu^nn semblable triomphe ne. se prolongea pas sans exciter des réclamations de tout genre.
Depuis la prose académique jusqu'aux parades des boulevards , depuis les mandemens jusqu^aux chansons, tout attaquait Theureux Figaro , dont cette maladresse redoublait la vogué , et qui
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poursuivait sa carrière en versant , non pas précisément des flots ^ lumière , mais nn déluge de lazzis , de traits malins , de proverbes devenus sur-lechamp populaires , dont ses adversaires eux-mêmes étaient étourdis.
Dés la troisième représentation > on jeta dans la salle des milliers d^exemplaires d^une épigramme des plus virulentes , dans laquelle , après avoir établi que
Daivi fa drame effronU chaque acteur est nn vice ,
et en avoir détaillé les preuves d'une manière un peu cynique , rauteor anonyme terminait ainsi : .
Mais pour voir a la fia toiis les vices ensemble , Le parterre encfaoms a demandé l'ântenr.
Le' mal qu'on disait de la pièce dans cette satirique revue était tellement propre à augmenter le nombre des