D'UN VOYAGE DE BEAUMARCHAIS EN ESPAGNE , EN
( Extrait de ses MâQoines judiciaires. )
(Les adversaires de Besomarcbais , dans le procës CoësBian , avaient fait courir des copies d'aoe lettre adressée d'Espagne à l'un d'eux, .Marin, rédacteur de la Gazette de France, et dans la^^-'IIe une aventure que Beaumarchais avait eue dans son pays était travestie a son désavantage. En iuscrant cette lettre dans* son 4* Mémoire contre le conseiller t>oëinian et €<Kiaorts y il s'empnsssa de la réfuter par le récit suivant , regardé comme l'un des morceaux les pins inlércisans qû soient sortis d« sa plume. ) ,
X^£PUI8 quelques années j'avais eu le bonheur de ni*envel6pper de toute nia familfe.
L^nnlon , la jôie^ la reconnaissance étalent la récompense continuelle dc$ sacrifice^ que cet
entour exigeait , et me consolaient cle l*in jure extérieure que des méchanj faisaient dès-lors à mes lentimens.
De cinq sœurs* qife j^vafs, deutV confiées dès leur jeunesse par mon père à l*ua de s^s correspohdans d*£spagne , ne m^avaient laissé d'elles qu^un souvenir faible et doux , quclquefois,ranimé par leur correspondance.
En février 1764 y mon père reçoit de sa fille ainée une lettre pleine d*amertume, dont voici la substance :
«'Ma sœur vient d*étre outragée par un homme ausi accrédité que dangereux. Deux
fois, à rinstant de Pépouser, il a manqué de
parole et s*est orusqueraent retiré sans dai-r gnermème excuser sa conduite; la sensibilité 4e ma sœur offensée, Ta jet^ ^ans un état de mort dont il y a beaucoup d'apparence que i|ous ne la sauverons pas ; tous ses ner& ^ sont retirés ; et depuis sit fours ell^ ne parle plus.
« Le déshonneur que cet événement verse sur elle nous a plongés dans une retraite pro« fonde, où je pleure nuit et jour en prodiguant à cette infortunée des consolations que je ne si|is pas en état de prendre pour moi--mâme.
« Tout Madrid sait que ma sœar n*a rien à se reprocher. '
« Si mon frère avait assez de crédit pour nous (aire recommander k M. l'ambassadeur de France, son Excellence mettrait à nous prote'ger une l>oQté de pi^édilection qui arrêterait tout le mal qu'un perfide nous fait , et par sa conduite et par tet^ menaces, etc.... »
Mon père vient me trouver à Versailles et me remet , en pleurant , la lettre de sa fille. Voyez , mon fib , ce que vous pouvez pour ces deux infortunéess elles ne sont pas moins vos sœurs que les autres.
Je me sentis aussi ëmu que lui an rëdt de la terrible situation de ma' soeur. Hélas! mon père , lui dis-je , quelle espèce de recommandation puis- je obtenir pour elles? quUrai-^je demander? qui sait si elles n'ont pas donné lieu y par quelques fautes qu'elles nous cachent, à la honte qui les couvre aujourd'hui ? J'ou-* bliab f reprit mon père , de vous montrer plusieurs lettres de notre ambassadeur k votre sœur aihée , qui annoncent la plus haute es* time pour Tune et pour'l'autre.
Je lisais ces lettres, elles me rassuraient; et la phrase , elles ne èoni pas moins ¥os s<»urs I. «
ijue Ifa autres , me frappant jusqu'au fond du cœur : Ne pleurez point, dîs-je à mon père, je pr-encls un parti qui peut vous étonner , mais ' qui me parait le, plus certain , comme le plus sage.
Ma sœur ainëe indique plusieurs personnes respectables, qui déposeront^ dit-elle, à son frère â Paris de la bonne conduite et de la ▼ertu de sa sœur. Je veux les voir, et si leur témoignage est aussi honorable que celui de M. l'ambassadeur de France , je demande un congé, je pars, et ne prenant conseil que de la prudence et de ma sensibilité, je les venge- ' rai d'un traître , ou je les ramène à Paris par* tager avec vous ma modique fortune.
14e succès de mes informations m'échauffe le cœur ; alors saàs autre délai je revieàs à VersaiUes, apprendre à mes augustes protectrices qu'une affaire aussi douloureuse que pressée exige ma présence à Madrid , et me force de suspendre toute espèce de service auprès d'elles.
Étonnées d'un départ aussi brusque , leur bonté respectable va jusqu'à vouloir être instruites de la nature de *ce nouveau malheur.
Jç montre la lettre de ma sœur aînée : Par- '
tez, et soyez sage fut Phonorabl^ encottragement que je reçus des princesses ; ce que vous entreprenez est bien > et vous ne manquerez pas d*appui en Espagne si votre conduite .est raisonnable.
Mes apprêts furent bientôt faits. Je craignais de ne pas arriver assez tôt pour sauver ]a vie à ma pauvre sœur. Les plus fortes recommandations auprès de notre ambassadeur me furent prodiguées , et devinrent Pinestimable prix de quatre ans de soins employés à Tamnsement de Mesdames.
A rînstant de mon départ je reçois la commission de négocier en Espagne une affaire très-intéressante au commerce de France.
M. Duvemey, touché du motif de mon voyage , m'embrasse et me dit : « Allez , mon « fds, sauvez la vie à votre sœur. Quant à « l'afFaire dont vous kies chargé , quelque in- « térèt'^ que vous y preniez , souvenez-vous « que je suis votre appui : je lai promb pu- « bliquement à la famille royale, et je ne « manquerai jamais à un engagement aussi « sacré. Je m*en rapporte à vos lumières ; « voilà pour deux cent mille francs' de billets « au porteur que je vous remets pour aug-
1* inenfer votre consistance personnelle pal* « un crédit 4ie cette étendue sur moi^»*
Je pars et vais nuit et jour de Paris à Ma^^* drid. Vp négociant français , feignant d*avoir affaire à Bayonne , mais engagé secrètement par ma- famille de m^açcompagner etde veiller à ma sûreté , m*avait demandé une place dans ma chaise.
J'arrive à Madrid le iS mai 17641 à oàze
heures, du matin. J*étais attendu depuis queW
' ques jours ; je trouvai mes sœurs entourées de
leurs amis, à qui la chaleur de ma résolution
avait donné le désir de me connaître.
A peine les premières larmes, sont-eOes épanchées, que m'adressant à mes sœurs : Ne soyez pas étonnées , leur dis-je , si j^emploie ce premier momeùt pour apprendre. Tezacte vérité de voti*e malheureuse aventure ; je prie les honnêtes gens qui m'environnent, et que je regarde comme mes amis, puisqu'ils sont les y6tres , de ne pas vous passer la plus légère inexactitude. Pour vous servir avec suc* ces , il faut que je sois fidèlement instruit.
Le compte fut exact et long.' A ce récit , la sensibilité de tout le monde justifiant la mienne, j'embrassai ma jeune sœur et lui
EN ESPAGNE. y
â\s : A présent que je sais tout , mon enfant , sois -en repos ; }è vois , avec plaisir , que tu n*aimcs plus cet homme-là ; ma conduite en devient plus aisée ; dites-moi seulement où je puis le trouTér'i Madrid. Chacun élève sa voix et me conseille de commencer par aller à Aranjnex, voir M. Tambassadeur , dont la prudence consommée devait diriger mes démarches dans une affaire aussi épineuse : notre ennemi ^lant excessivement soutenu par les relations que sa place lui donnait avec des gens fort puissans; je ne devais rien hasarder à Madrid avant d*avoir eu Thonncùr d*entretentr son Excellence à Aranjues.
- Gela va bien , mes amis , car je vous regarde tons 'comme tels; procurez-moi seulement une voiture die route , et demain )e vais saluer M.> l'ambassadeur à la cour. Mais ne trouvée pas mauvais que )é prenne , avant de le voir, quelques instructions essentielles à mon' projet ; la seule chose en laquelle vous puissiez tous me servir , est de garder le secret sur mon arrivée jusqu*à mon retour d*Aranjuez.
Je fal-v tirer prompteraent un habit de mes malles , et m*ajustant à la hâte , je me fais in-^
dlquerla demeure de don Joseph Clavico (i) ^ garde des archives de la courons, et j'y cours ; il était sorti : Ton m*apprend readroifc où je puis le rencontrer , et dans le salon même d^une dame chez laquelle il était , je lui dis| sans me faire '.connaître, c|U*arriTë de France le jour même , et chargé de quelques commissions pour lui, je lui demandais Ja permission de Tentretenir le plutôt possible. Il me remit au lendemain matin à neuf heurjes en m*inVitant au chocolat, que j'acceptai pour moi et pour le aégoeiant (rançais qui
m'accompagnait
Le lendemain 19 mai , jVtais chet lui à huit heures et demie, je le trouvai dans une maison splendide , quHl me dit appartenir à don Antonio Portuguès , Tun des chefs les plu« estimés des bureaux du ministère , et tellement son ami j^ qu'en son absence il usait librement de sa maison comme de la. sienne propre.
(i) Ce mol , qui s^écrit Glavijo,' se prononce àpeu«près Ctavico : }e le fais ioiprimer «îmy pour U facilité de la lecture. *
' « Je suis chargé y Monsieur « lui clis-^je /par « une société de gens de lettres^ d*établir , » dans toutes les villes où )e passerai , .une « correspondance littéraire avec les hommes « les plussavans du pays. Comme aucun Es- « pagnol n*écrit mieux que Fauteur des feuil- « les appelées le Pensador (1) à qui )*ai Thon- « neur de parler , et que son mérite littéraire K a &it même assez distinguer du roi pour « qu*il lui confilkt la garde d*une de tes archicc Tes, î*ai cru ne pouvoir mieux servir mes « amis qu*en les liant avec un homn^e de vx>- « tre mérite »«
Je le vis enchanté de ma proposition. Pour mieux connaître à quel homme j^avais afiaire , je le laissai long-temps discourir sur les avantages que les diverses nations pouvaient tirer de pareilles correspondances. 11 me caressait de l'œil ; il avait le ton affectueux; il parhiit comme un ange , et rayonnait de gloire et de plaisir.
Au milieu de sa joie , il me demande à mon tour quelle affaire me conduisait en Espagne ?
(1) En français , U Penseur,
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heiireuz, dîsait-il, s*il pouvait ni*y èt^ de quelque utilité. -^ « J'accepte avec reeonnaisi- « sauce des oflres aussi flatteuses > et n'aurai « point, Monsieur, de secrets pour vous ».
Alor^ , voulant le jeter dans Uii embarras dont la fin seule de mon discours devait le tirer , je lui présentai de nouveau mon ami.
Monsieur, lui dis- je, n^est pas tôut-à-^a?t étrange à ce que je vais vous dire , et ne sera pas de trop à nôtre conversation. Cet exorde le fit regarder mon ami avec beaucoup de curiosité.
« Un négociant français , chargé de famille M et d*iine fortune aises bornée, avait beau- M coup de correspondans en Espagne. Un des « plus riches , passant à l^aris il y a neuf ou . M dix ans , lui fit cette proposition : D6n~ « nes-moi deux de vas filles , que je les em~ « mène à Madrid, elles sVtabliront chez moî; « garçon âgé, sans famille, elles feront le « bonheur de mes vieux jours et succéderont « au plus riche établissement de FEspagne.
« 1/ainée déjà mariée et une de ses sœurs « lui furenLconfiées. En faveur de cet.établis- « sèment , leur père se chargea d'entretenir « cette nouvelle maison de Madrid de toutes
EN ESPAGNE. n
« les marchandises de France qti*on liil de- « nianderaîL
«Deux ans après, le correspondant mou- « rut et laissa les Françaises sans aucun bîenr « fait, dans TemSarras de soutenir toutes « seules une maison de commerce. Maigre ce « pe« d*aisance, une bonne conduite et les « grâces de leur esprit leur conservèrent une ^ foule d*amis qui s'empressèrent à augmenter « leur crédit et leurs af&ires. ( Ici je tîs <c Ciafiea redoubler d'attention. )
« A-peu-près dans ce même temps , un « jeune homme natif des ïlts Canaries s*é- « tait fait présenter dans la maison ( toute sa 41 galtë s'évanouit k ces mots qui le dési-< « gnaient ). Malgré son peu de fortune , les « dames, lui voyant une grande ardeur pour « l'étude de la langue, française et des scien- « ces, lui avaient facilité les moyens d'y faire « des progrès rapides.
<t Plein du désir de se faire connaître , il « forme enfin le projet de donner à la ville « de Madrid le plaisir tout^nouveau pour la « nation , de lire une feuille périodique dan^ « le genre du Spectateur anglais ; il reçoit de « ses amis des encourageraens et des secours
lA VOYAGE
« de toute nature. On ne, dcnile point qu*une « pareil^ entrepf be n^ait le plus grand suc- .« c^s : alors, anim^ par Tespérance de réussir .«( à se faire un nom, il ose se proposer cuver- « tement pour épauser la^Ius jeune des Fran- .« çaises.
, «: Commences , lui dit Painée , par réussir ;
« et lorsque quelque emploi., faveur de la
.« cour , ou tel- autre moyen de subiïister ho—
«c. norablement, vous aura donné le droit de
« songer à ma sœur , ^si elle vous préfère à
,«.d*autres prétendans, je ne vous refuserai
« pas mon consentement. ( Il s*agitaitétran-
.gement sur son siège en m*écotttant; et moi ,
sans faire semblant de .m*ien apercevoir, je
; poursuivis ainsi. )
« Là plus )eune , touchée du mérite de .« rhomme qui la recherchait, refuse divers « partis avantageux qui s'offraient- pour elle , « et préférant d'attendre que celui qui Faite roait depuis quatre ans , eût rempli les vues . « de fortune que tous ses amis osaient espérer , « pour lui , Tencourage à dcmner sa première « feuille philosophique sous le titre imposant « du Pensador », (Ici je vb mon homme prêt à se trouver mal. )
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« L*ouvrage ( contlniiaî-je avec un froid « glacé), eut un succès prodigieux; le x'oi « rnème, amusé dé cette charmante prôduc— « tion , donna des marques publiques de bién- « veillance à Taûtcur. On lui promit le pre- « mier empldi honorable qui vaquerait. Alors « il écarta tous les prétendons à sa maîtresse « par une recherche absolument publique. Le « mariage ne se retardait que par Tattènle de"^ « l'emploi qu*oii avait promis à l*auteur dés <c feuilles. Enfin au bouf de six ans d*attcnte « d'une part , de soins et d*assiduités de l'aU" « tre,» l'emploi parut et l'homme s'enfuit».* ( Ici l'homme fit un soupir involontaire , et' s'en apercevant lui-même, il enroupt de' confusion; je remarquais tout sans cesser de' parler.)
« L'affaire avait trop éclaté pour qù'on'pût « en voir le dénouement avec indifférence.* « Les dames avaient priï ime maison capable « de contenir deui^ ménages ; les bans étaient « publiés. L'outrage indignait tous les amis « communs qui s'employèrent eflicàcement à \ « venger cette insulte : M. Tambassadeur de « France s*en mêla ; mais lorsque cet homme '
i4 VOYAGE
« apprit que les Françaises employaient les « protections majeures contre lui , craignant « un créait qui pouvait renverser le sien , «c et détruire en un moment sa fortune nais* « santé , il vint se jeter aux pieds de sa mat- « tresse irritée. A son tour il emplo]^ tous. « ses amis pour la ramener , et comme la co- « 1ère d*une femme trahie n'est presque ja-:
« mais que de Famour déguisé , tout se rac~, « commoda ; les préparatifs d*hymen recom- « mencèrent, les bans se publièrent de « nouveau p Ton devait s*épouser dans trois « jours. La réconciliation avait fait autant de « bruit que la rupture. En partant pour « Saint-Udephonse , où il allait demander à « son ministre la permission de se .marier :
« Mes amis y dit-il , conservez-moi le cœur m. chancelant de ma maîtresse jusqu^à ce que «c je revienne du Sitio réal , et disposez toutes « choses de fftçon qu'en arrivant je puisse al— « 1er au temple avec elle ».
Malgré l'horrible état où mon récit le mettait, incertain encore si je racontab ime histoire étrangère à moi, ce Clavico regardait de temps en temps mon ami dont le sang-froid
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ve rinstruisait pas plus que le mien. Ici je renforçai ma voix en le fixant, et je continuai :
« Il revient en efîet de la cour le surlende- « main; niais au lieu de conduire sa victime « à Tautel , il fait dire à Tinfortunée qu^il « change d'avis une seconde fois-, et ne Té- « pousera point ; les amis indignés courent à « rinstant che:^ lui ; Hnsolent ne garde plus « aucun ménagement; et les défie tous de lui « nuire , en leur disant que si les Françaises « cherchaient à le tourmenter , elles prissent « garde k leur tour qu'il ne les perdit pour « toujours dans un pays où elles étaient sans « appui*
«c A cette nouvelle , la jeune Française
« tomba dans un état de convulsions qui fit
« craindre pour sa vie. Au fort de leur déso- •
« lation f Tainée écrivit en France l*outrage
« public qui leur avait été fait ; ce récit émut
« le cœur de leur frère au point que, deman-
« dant aussitôt un congé pour venir éclaircir
«c une affaire aussi embrouillée, il n*a fait
« qu*un saut de Paris à Madrid : et ce frère ,
« cVi< moi qui ai tout quitté , patrie , devoir ,
« iàmille ^ état , plaisirs , pour venir venger
i6 VOYAGE
« en Ës|fagiie une sœur innocente et malheu- « reuse; c*est moi qui viens armé du bon «c droit et de la fermeté y démasquer un trai- « tre , écrire en traits de sang son âme sur son « visage ; et ce traître , c*est vous ».
Qu*on se forme le tableau de cet homme étonné, stupéfait de ma harangue , à qui la surprise ouvre la bouche et y fait expirer la parole glacée ; qu*on voie cette physionomie radieuse , épanouie sous mes éloges , se rembrunir par degrés I ses yeux s'éteindre» sti traits s^alonger , son teint se plomber.
II voulut balbutier quelques justifications.
— - (c Ne m*interroîmpez pas, Monsieur, vous 4c n*avez rien à me dire et beaucoup à enten— « dre de moi. Pour commencer , ayez la fc bonté de déclarer devant Monsieur, qui est «( exprès venu de France avec moi, si par « quelque manque de foi, légèreté, faiblesse, « aigreur ou quelque autre vice que ce soit , « ma sœur a mérité le double outrage que « vous avez eu la cruauté de lui faire publitt quement. -^ Non , Monsieur y je reconnais «< Dona Maria votre sœur pour une demoiselle ' K pleine d'esprit , de grâce et de vertus. — K Vous a-t-elle donné quelque sujet de vous
« plaindre d*elle depuis que tous la connais- « sez? — Jamais, jamais. — Ehponrquoi « donc y monstre que vous êtes (lui dis-je en « me levant ) , avez-vous eu la barbarie de la « traiuer à ïa mort, uniquement parce que « son cœur vous préférait à dix autres plus « honnêtes et plus riches que vous? -— Ah!
« Monsieur t ce sont des instigations , des eon» « seils ; si vous sat*iez,., — Cela suffit ».
Alors me retournant vers mon ami. « Vous « avez entendu la justification de ma sœur, « allez la publier. Ce qui me reste à dire à « Monsieur n*eiige plus de témoins ». Mon ami sort , Clavico bien plus étonné se lève à son tour, je le fais rasseoir. -^ « A présent, « Monsieur, que nous sommes seuls, voici « quel est mon projet, et j*espère que vous
« Tapprouverez.
« Il convient également à vos arrangeihens « et aux miens que vous n'épousiez pas ma « sœur ; et vous sentez que je ne viens pas ici « faire le personnage d*un frère de comédie « qui veut que sa sœur se marie : mais vou^ « avez outragé à plaisir une femme d*hon- « neur, parce que vo^s l'avez crue sans soutien « en pays étranger \ ce procédé est celui d*un
i8 VOYAGE
« malhonnête homme et d*un lâche. Vous « allez donc commencer par reconnaître , de « votre main , en pleine liberté, toutes vos « portes ouvertes et vos gens dans cette salle , « qui ne nous entendront point , parce que « nous parlerons français , que vous êtes un « homme abominable qui avez trompé , trahi , « outragé ma sœur, sans aucun sujet, et votre « déclaration dans mes mains je pars pour « Aranjuez où est mon ambassadeur , je lui « montre Pécrit, je le fais ensuite imprimer; « après-demain la cour et la ville en seront « inondés : j*ai des appuis considérables ici , «c du temps et de l'argent ; tout sera employé « à vous faire {Perdre votre place , à vous pour- « suivre de toute manière et sans relâche , jus- « qu*à ce que le ressentiment de -ma sœur H apaisé , m'arrête et me dise holà ».
— • Je ne ferai point une telle déclaration ^ me dit Clavico d'une voix altérée. — « Je le <( crois, car peut-être à votre place , ne la fe- « rais-je pas non plus. Mais voici le revers de « la médaille. Ecrivez ou n'écrivez pas ; de ce « mopaent je reste avec vous ; je ne vous «c quitte plus; je vais par-tout où vous irez, « jusqu'à ce qu'impdtiepté d'un pareil voisi^
« nage , vous soyez venu vous délivrer de « moi derrière Buenretiro (1). Si je suis plus « heureux que vous, Monsieur 9 sans voir « mon ambassadeur j sans parler à personne « ici, je prends ma sœur mourante entre mes « bras f je la mets clans ma voiture , et je m*en «c retourne en France avec elle. Si au con- « traire le sort vous favorise , tout est dit pour « moi ; j*ai fait mon testament avant de partir} « vous aurez eu tous les avantages sur nous^ « permis à vous alors de rire à nos dépens^ « Faites monter le déjeuner v.
Je sonne librement : un laquais entre , apporte le chocolat. Pendant que je prends ma tasse y mon homme absorbé se promène en silence, rêve profondément, prend son parti tout de suite , et me dit :
<c M. de Beaumarchais , écoutez-moi. Rien « au monde ne peut excuser ma conduite ente vers mademoiselle votre sœur. L*anfibition « in*a perdu f mais si j*eusse prévu que Dona « Maria eût un frère comme vous , loin de la « regarder comme une étrangère isolée, j'au-
(1) L'ancien ptlais des rois d'Espagne k Madrid.
« rais conclu que les plus grands avantages « devaient suivre notre union. Vous veneiE de «( me pénétrer de la plus haute estime , et je « mé ntets à vos pieds pour vous supplier de « travailler à réparer , 8*il est possible , tous « les maux que j'ai faits à votre sœur. Rendez- « la moi , Monsieur ; et je me croirai trop «c heureux d'obtenir de vous ma femme et le * pardon de tons mes crimes. — Il n*est plws « temps ; ma sœur ne vous aime plus t faites « seulement la déclaration, c'est tout ce que « j*ezige de vous ; et trouves bon aprës^ qu'en « ennemi déclaré je venge ma sœur au gré de M son ressentiment ».
Il fit beaucoup de façons , et sur le style dont je l*ezigeais , et sur ce que je voulais qu*e]le fût toute de sa raain , et sur ce que j'insistais Il ce que les domestiques fussent présens pendant qu'il écrirait : mais comn»e l'aitematrre était pressante, et qn'il lui restait encore je ne 4sais quel espoir de ramener une femme qiû l'avait aimé , sa fierté se soumit à écrire la déclaration suivante , que je lui dictais, en me promenant dans l'espèce de galerie où nous étions^
EN ESPAGNE. ai
Déclaration dont f ai VoriginaL
« Je soussigné , Joseph Clavijo , garcle d*une des archives de la couronne , r^cconnais qu'après avoir élë reçu , avec bonté, dans la maison de madame Guîlbert , f ai trompé mademoiselle Garon , sa sœur , par la promesse d'honneur , mille fois réitérée , de Tépoûser , à laquelle j'ai manqué , sans qu'aucune faute ou faiblesse de sa part ait pu servir de prétexte ou d'excuse à mon manque de foi ; qu^au contraire la sagesse de cette demoiselle , pour qui j'ai le plus profond respect , a toujours été pure et sans tache. Je reconnais que , par ma conduite, la légèreté de mes discours ^ et par l'interprétation qu'on a pu y donner , j'ai ouvertement outragé cette vertueuse demoiselle, à laquelle je demande pardon par écrit fait librement et de ma pleine volonté, quoique je me reconnaisse tout-à-fait indigne de l'obtenir ; lui promettant toute autre espèce de réparation qu'elle pourra désirer , si celle-ci ne lui convient pas. Fait à Madrid , et écrit tout de ma main, en présence de son frère , le 19 mai f764«
' « Signé Jos£PH^ Clavijo ».
22 voyagï:
Je prends le papier j- et lui dis en le quU~ tant : Je ne suis point un Uche ennemi , Monsieur, c^estsans ménagement que je vais venger ma sœur. Je vous en ai prévenu. Tencx- ▼ous bien pour averti de Tusage crue] que \e vais faire de l*arme que vous m*aves fournie. — Monsieur, je crois parler au plus offensé, mais au plus généreux des hommes : avant de me diffamer , accordei-moi le moment de tenter un eflbrt pour ramener encore une fois Dona Maria : c^est dans cet unique espoir que }*ai écrit la réparation que vous emportez : mais avant de me présenter , j*ai résolu de charger quelqu*un de plaider ma cause auprès d^elle; et ce quelqu^un, c'est vous. — Je n*en ferai rien. -<- Au moins vous, lui ilires le repentir amer que vous avez aperçu en moi. Je borne à cela toutes mes sollicitations. A votre refus je chargerai quelque autre de me mettre à ses pieds. — Je le lui promu.
Le retour de mon ami chez ma sœur avait porté Talarme dans tous les esprits. En arrivant, je trouvai les femmes éplorées et les hommes très-inquiets : mais au compte que je rendis de ma séance , à la vue de la déclaralion , les cris de joie , les embrassemens suc-
EN ESPAGNE. a3
cëdèrent aux larmes ; chacun ouvrait un avis différent; les uns opinaient à perdre Çlavico, les autres penchaient à lui pardonner ; d*au* très s*en rapportaient à ma prudence , et tout le monde parlait à-la -fois. Mais ma sœur de s^écrieTflYon jamais , jamais-, je n'en enteti'drai parler : courez, mon frère , h Ararquez ; attez voir M, l'ambassadeur, et dans tout ceci gouueme%~vous par ses conseils.
Avant de partir pour la cour, j'écrivis à Clavico que ma soeur n'avait pas voulu entendre un seul mot en sa faveur , et que je m*en tenais au projet de la venger , et de le perdre. Il me fit prier de le voir avant mon départ; et ye, me rendis librement chez lui. Après mille imprécations contre lui-même, toutes ses prières se bornèrent à obtenir de moi qu'il allât pendant mon absence , avec un ami commun y parler à ma sœur aînée , et que je ne rendisse son déshonneur public qu'à mon retour , s'il n'avait pas ' obtenu son pardoii. Je partis pour Aranjuez.
M. le marquis d'Ossun , notre ambassadeur, aussi respectable qu'obligeant, après m'avoi^ marqué tout l'intérêt qu'il prenait à tnoi , en
faveur des augustes recommandations qni lui étaient- parvenues de France , me dit : — La première preuve de mon amitié, Monsieur , est de vous prévenir que votre Toyage en Es> pagne est de la dernière inutilité quant k Voh» >et de venger votre sœur; Phomme qui Ta insultée deux fois par sa retraite inopinée, n*eut jamais osé se rendre aussi coupable , s'il ne se fût pas cru puissamment soutenu. Quel est votre dessein ? espérez-vous lui faire épouser vôtre sœur? — Non , Monsieur, je ne le veux pas : mais je prétends le déshonorer. -— Et comment?— Je lui fis le récit de mon entrevue avec Clavico, qu*il ne crut qu*éa lisant son écrit que je lui présentai.
£h bien ! Monsieur, me dit cet bomme respectable , un peu étonné de mon action , je change d*avis à Tinstant Celui quia tellement avancé les affaires en deux heures, est fait pour les termineir heureusement. L'ambition avait éloigné Glàvico de mademoiselle votre sœur ; l'ambition , la terreur ou l'amour le lui ramènent. Mais à quelque titre quSl revienne , le moins d'éclat qu'on puisse faire en pareille occasion est toujours le mieux. Je ne
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vous cache pas que cet homme est fait pour aller loin ; et sous ce point de vue , c'est peut<< être un parti très-avantageux. A votre place , je vaincrais ma sœur sur ses répugnances , et profitant du repentir de Clavico , je les marierais promptement. — Comment , Mon-' sîeur , un lâche ? — Il n*est un lâche que s'il ne revient pas de bonne foi. Mais ce point accorde , ce n'est qu'un amant repentant. Au- reste, voilà mon avis, je vous inviteà Je suivre, et même je vous en saurai gré, par des considération» que je ne puis vous* expliquer.
Je reviens à Madrid un peu trouhlë des conseils de M. le marquis d'Ossun. A mon arrivée j'appris que Clavico était venu, accompagné de quelques amis communs, se jeter aux .pieds de mes soeurs ; que la plus jeune , à son arrivée , s'était enfuie dans sa, chambre , et n'avait plus voulu reparaître; et l'on me dit qu'il avait conçu beaucoup d'espérance de cette colère fugitive. J'en conclus à mon tour , qu'il connaissait bien les femmes, douces et sensibles créatures , qu'un peu d'audace , mêlée de repentir, trouble à coup sûr étrange-
a6 VOYAGE
ment , mais dont le cœur ému n*en reste pas moins disposé en faveur de Fhumble audacieux qui gémit à leurs pieds , d*autorité.
Depuis mon retour d^Araniuezy ce Cla— vico désira me voir tous les jours, me rechercha , m*ençhanta par son esprit , ses connaissances f et sur-tout par la noble confiaoïce qu*il paraissait avoir en ma médiation. Je le servais de bonne foi ; nos amis se joignent à moi ; mais le profond respect i^ue ma pauvre sœur paraissait avoir pour mes décisions , me rendait très-circonspect à son égard ; c'était son bonheur et. non sa fortune que je désirais ; c'était son cœur et non sa main -que je voulais forcer.
Le a5 mai , Clavîco se retira brusquement du logis de M. Portuguès , et fut se réfugier au quartier des Invalides , chez un officier de sa connaissance. Cette retraite précipitée ne m'inspira d'abord aucun ombrage , quoiqu'elle me parût singulière. Je courus au quartier ; il allégua pour motif de cette rictraite que M. Portuguès^ étant un des plus opposés à son mariage , il comptait me donner la plus haute preuve de la. sincérité de
EN ESPAGNE. a;
son retour, en quittant la maison d*un si puissant ennemi de ma sœur. Cela me parut si probable et si délicat , que je lui sus un gré infini de sa retraite aux Invalides. Le s6 mai, j*en reçus la lettre suivante.
Copie dû la lettre de GlaviCO. dont fai
VoriginaL
« Je me suis expliqué, Monsieur, d'une manière très-précise , sur la ferme intention où je suis de réparer les chagrins que i*ai causés involontairement à Mademoiselle Garon ; je lui offre de nouveau de Tépouser , si les mal entendus passés ne lui ont pas donné trop d*éloignement pour moi. Mes proposi-^ tions sont très-sincères. Toute ma conduite et mes démarches tendent uniquement à regagner son cœur; et mon bonheur dépendra du succès de mes soins ; je prends donc la liberté de vous sommer de la parole que vous m*avei donnée , de vous rendre le médiateur de cette heureuse réconciliation. Je sais qu'un galant homme s'honore en s'humiliant devant une femme qu'il a offensée; et que tel qui croit s'avilir en demandant excuse à un
a8 VOYAGE
homme, a boiine grâce de reconnaître ses torts aux yeux d^une personne de Tautre sexe. C*est donc en connaissance de cause que j'a^ gis dans toute cette affaire. L'assurance Jîbre et franche que je tous ai donnée , Monaenr, et la démarche que j'ai faite pendant votre vojage d'Âranjuez auprès de mademoisellevôtre sœur, peuvent me faire un certain tqrt dans l'esprit des personnes qui ignorent la pureté de mes intentions : mais j'espère que par un exposé fidèle de la vérité , vous me ferez la grâce d'instruire convenablement tous ceux que l'ignorance ou la malignité ont (ait tomber dans l'erreur à mou égard. S'il m'é«tait possible de quitter Madrid , sans un ordre exprès de mon chef, je partirais sur-lechamp , pour aller à Aranjuez lui demander son approbation ; mais j'attends encore de votre amitié, que vous prendrez le soin vousmême de lui faire part des vues légitimes et honnêtes que j'ai sur mademoiselle votre sœur , et dont cette lettre vous réitère l'assurance ; la promptitude de cette démarche est , selon mon cœur , la plus grande marque que vous puissiez me donner du retour que je
vous demande pour Pestinie parfaite , et le véritable attachement avec lequel î*ai ThoBneur d*étre , Monsieur , votre , etc.
« Signé iClavijo ».
mS mai 1764.
A la lecture de cette lettre, que je faisais devant mes sœurs, la plus jeune fondit en larmes. Je Tembrassai de toute mon âme : « Eb « bien , mon enfant, tu Taimes encore , tu en « «s bien honteuse, n*est-ce pas? je le vois, « Mais va ! tu n*en es pas moins une honnête , « une excellente fille , et puisque ton ressen- « timent tire à sa fin, laisse-le s*éteindre dans « les larmes du pardon ; elles sont bien douces « après celles de la colère. C*est un monstre « ( ajoutai-je en riant ) que ce Clavico , « comme la plupart des honmies; mais, mon « enfant , tel qu'il est , je me joins à M. le « marquw d'Ossnn pour te conseiller de lui « pardonner. J*aimerais mieux pour lui qu*il « se fût battu, j*aime mieux pour toi qu'il ne « Tait pas fait ».
Mon bavardage la fit <ourire au milieu de ses larmes ; et je pris ce charmant conflit pour un consentement tacite aux vuçs de M. Tam-
3o VOYAGE
bassadeur ; je courus chercher mon homme , à qui )e dis bien qu^il était cent fois plus heu- . reux qu*il ne le méritait; il en convint avec une bonne foi qui finit par nous charmer tous : il arriva tremblant chez ma sœur. On enveloppa la pauvre troublée , qui rougissant , moitié honte et moitié plaisir , laissa échapper enfin, avec un soupir , son consentement à tout ce que nous allions faire pour Tenchainer de nouveau.
Dans son enchantement, Clavico prit la clef de mon secrétaire et fut écrire le papier suivant , qu*il signa et qu'il apporta , le genoa en terre , à signer à sa maîtresse , devant ])IM. Laugier, secrétaire d*ambassade de Pologne ; Gazan , consul d'Espagne à Baïonne ; />«c^/te5 , chanoine de Perpignan; Durocher, premier chirurgien de la reine-mère ; Durand et Perler f négocians français ; Don Firmin de Saisedo , contador de la trésorerie du roi ; de Bievardi , gentilhomme Italien ; Boca , officier des gardes Flamandes, et autres: chacun joignit ses instances aux miennes, et l'on arracha par-dessus le consentement verbal , la signature de ma pauvre sœur , qui ne sachant pltts^ù mettre sa tète, de confusion, vint se
EN ESPAGNE. 3i
Jeter dans mes bras en pleurant, et m'assurant tout bas, qu*en yërité j'étais un homme dur ,et sans pitié pour elle.
Copie exacte de V écrit de la main de Clavieôf signé de lui et de ma sœur y dont f ai Voriginal,
» Nous soussignés , Joseph Clavijo , et Marie-Louise Caron, avons renouvelé par ce présent écrit , les promesses mille et mille fois réitérées que nous nous sommes faites -de n*ètre jamais l'un qu'à l'autre ; et nous nous engageons de sanctifier ces promesses par le sacrement de mariage le plus t6t qu'il sera possiible : en foi de quoi notts avons fait et #igné cet écrit entre nous.
« A Madrid , ce ft6 mai 1764»
« Signé Marie-Louise Caron , et Joseph Clayxjo ».
Tout le monde passa la soirée avec nous \ dans la joie d'un si heureux changement ; et îe partis pour Aranjue* à onze heures du soir ; car dans un pays aussi chaud la nuit est le temps le plus agréable pour voyager.
Je supplie le lecteur de siûpendre encore son jugement sur la futilité de ces détails; ii verra bientôt s*ils étaient imp<»:tans.
En arrivant à Aranjuez, je rendis un compte exact à M. l'ambassadeur , qui eut la bonté de donner' plus d*éIoges à toutes les parties de ma conduite qu'elles n'en méritaiept , mais qui me conseilla de ne rien dire à M. de. Grimai dt de ce qui sVtait passé', de peur de nuire à mon futur beau-frère.
Je me rendis cbes ce ministre ; U me reçut avec bonté, lut la lettre de Clavico, donna son consentement au mariage , et souhaita toute sorte de bonheur à ma sœur ; en remarquant seulement que Don Joseph Clavico eût pu m'épargner le voyage , la forme usitée en pareil cas étant d'écrire au minblre. Je rejetai tout sur l'empressement que j'avais montré « moi-même de venir lui faire ma cour, avant le temps où je le prierais de m'honorer de quelques audiences pour l'entretenir d'objets très^importans.
A mon retour à Madrid, je trouvai chat moi la lettre suivante du seigneur ClaTÎco.
Copie d& la lettre dont f ai l'originéiL
« Voici, Monsieur, l'indigne billet qui s*est répandu dans le public , tant à la cour qu*à la ville : mon honneur y est outragé de lama-nière la plus sanglante , et je n*ose pas voir même la lumière, tandis qu'on aura de si basses idées de mon caractère et de mon honneur. Je vous prie , Monsieur , très^-instamment , de faire voir le^bill«t que j*ai signé, et d'en donner des copies. En attendant que le monde se désabuse , pendant quelques jours , il n'est pas eonuenable de nous voir : au contraire cela pourrait produire un mauvais effet; et l'on croirait que ce malheureux papier est le véritable , et que celui qui paraîtrait k sa place , n'était qu'une composition faite après coup. Imaginez , Monsieur , dans quelle désolation doit me mettre un pareil outrage , et croyez-moi , Monsieur , votre, etc.
« Signé Clavijo ».
11 avait )oint à sa lettre une déclaration hmsse „ gigantesque , abominable , et qui était tout entière de .son écriture.
Je pris un peu d'humeur de la conclusion que tirait Glavico de cet indigne papier; je
courus lui en faire les plus tendres repro** ches; je le trouvai couche. Partie de ats effets ëtant restée ches M. Portuguès , je lui envoyât sur-le-champ du linge de toute espèce à changer; et pour le consoler du chagrin où cet écrit fabriqué paraissait le plonger , je lui promis qu*à son rétablissement \e le menerab par-tout avec moi comme mon frère et comme un homme honorable , en l'assurant que \t voyais dans les dispositions de tout le monde , qu'on se plairait à m'en croire à nia parole.
Nous convînmes de tous les préparatifs du mariage de ma sœur; et le lendemain plusieurs de its amis me menèrent, à son invita* tion , chez le grand-vicaire , ches le notaire apostolique, etc. Cela fait, je revins ches lui très-content : « Mon ami , lui dis-je en Tem- « brassant, l'état où nous sommes à l'égard « l'un de l'autre , me permet de prendre quel- « ques libertés avec vous; si vous n'êtes pas en « argent comptant, vous ferez fort bien d!ac- « cepter ma bourse dans laquelle j'ai mis cent « quadruples cordonnés et autres pièces d'or', « le tout valant environ neuf mille livres ar-*- « gent de France, sur quoi vous enverrez <c vingt-cinq quadruples à ma MBur, pour
« avoir des rubans : et voici des bijoui et des « dentelles de France ; si vous voules lui en K faire présent, elle les recevra de votre « main plus agréablement encore que de la « mienne ». '
Mon ami accepta les bijoux et dentelles , ayant de^ la peine à croire , dit- il , qu*on en trouvât d^aussi bon goût à Madrid ; mais quelques instances que je lui fisse ,' il refusa Par,-' gent , que je remportai.
Le lendemain, jour de P Ascension, un valet métis ou quart d'Espagnol Indien que j'avais pris à Baïonne , et qui la veille avait été me chercher de Tor cordonné cbex mon banquier , me vola mes cent quadruples , ma bourse , toutes les pièces d'argenterie de mon nécessaire , qui n'étaient pas apjparetites , un carton de dentelles à mon usage, tous mes bas de soie , et quelques vestes d'étoffe d'or , le fout valant à-peu-près quinze mille francs , et prit la fuite.
Je' fus sur'le-champ chez le commandant de Madrid faire ma plainte ; et je demeurai un peu si^ris de l'air glacé dont elle fut accueillie^ On sera moins étonné dans un mo-
ment que je ne le fus alors moi-même; Vémgme va bieutât se débrouiller.
Cet accident ne m'em|»Àcha pas de donner tous mes soins à mon ami malade ; )e lui reprochai doucement ma perte, en lui disant^ que s^il eût accepté mes offres la veille au soir, il m*eût fait grand plaisir, et m*eiit empêché d*être ToIé. Mon ami m*assura que ce petit malheur .était irréparable , parce que ce valet, qui avait sûrement prb la route de Ca^* dix, serait parti avec la flotte avant qu'on Peut attrapé. J*en écrivis k M. Tambassadeur , et ne m'en occupai plus.
hts iours suivans se passèrent en soins assi« dus de ma pari, et en témoignages de la plus tendre reconnaissance de celle de Clavico.
Mais le 5 juin , étant Tenu pour le voir à Tordinaire au quartier des invalides , j'appris avec surprise que mon ami avait encore brus* quement délogé.
Changer de gite une seconde fois sans m'en donner avis, me parut, je l'avoue, très-extraordinaire. Je le fis chercher dans tous les hôtels garnis de Madrid, et l'ayant enfin trouvé rue Saint-Louis, je lui témoignai mon étonne-
ment avec un peu moins de douceur que la première fots ; maïs îl m^avoua qu'ayant été instruit qu*on avait reproché à son ami de partager avec un étranger, un logement de quartier que le roi ne lui donnait que poui* lui seul ; sans consulter l'embarras , ni sa santé, ni l'heure indue, il avait cru devoir quitter à l'instant l'appartement de son ami. Il fallut bien approuver sa délicatesse; mais je le grondai obligeamment de n'être pas venu prendre un logement dans la maison de ma sœur; )e voulais même. l'y conduire à l'instant. Il me «erra les mains avec reconnaissance , et m'objecta que venant de prendre médecine, il ne s'exposerait pas à sortir de chez lui : cet usage étant celui de tous les Espagnols.
Le lendemain il refusa , sous le même prétexte , mes offres réitérées de venir chez ma soiur. Alors nos amis commencèrent à secouer la tête, & concevoir des soupçons; mais ils me paraissaient encore plus absurdes que malhonnêtes. A quoi bon des feintes avec moi? Le contrat était fait; il ne put être signé de plusieurs jours à cause de ces impatientantes purgeries ; en Espagne , me disait-
on , tout acte est nul lorsqu'il se trouve daté du jour qu'un des contractans a pris médecine : chaque pays , chaque usage.
Ma sœur tremblait de nouveau ; estait par de semblables délais, que 'cet homme les avait déjà deux fois conduites à des dénouemens affreux. Je lui imposais silence avec amer>tume ; cependant le soupçon se glissait dans mon cœur. Pour m'en délivrer tout-à-fait , le 7 juiq , jour pris enfin pour signer le contrat, j'envoyai chercher d'autorité le notaire apostolique.
Mais quelle fut ma surprise, lorsque cet homme me dit qu'il allait faire signer au sei^ gneur Clavico une déclaration bien contraire à mes vues ! qu'il avait reçu la veille une opposition au mariage de ma sœur , par une jeune personne qui prétendait avoir nne promesse de Clavico, datée de i755; de neuf années avant l'époque ou nous étions, 1764!
Je m'informe vite du nom de l'opposante.
Le notaire m'apprend que c'était una Duermm, ( fille de chambre ). Humilié , furieux , j^ cours chez Tindigne Clavico.
. « Cette promesse de mariage vient de vous, « lui dis-je ; elle a été fabriquée hier. Vous
« êtes un homme abominable , auquel je ne « voudrais pas donner ma sœur pour tous les « trésors de l*Inde. Mais ce soir je pars pour. « Aranjuez ; je rends compte à M. de Gri- « maldi de votre infamie ; et loin de m*op- « poser pour ma sœur , à la prétention de « votre Duenna , je demande pour unique « vengeance qu'on vous la fasse épouser sur* « le-cbamp. Je lui servirai de père , je lui « paierai sa dot , et lui prodiguerai tous mes « secours y pour qu'elle vous poursuive jus— « qu'à l'autel. Alors pris dans votre propre « piège, vous seres déshonoré, et je serai « vengé*
A — Mon cher firère , mon ami y me dit-il , « suspendez yos ressentimens et votre voyage « jusqu'à demain ; je n'ai nulle part à cette « noirceur. A la vérité, dans un délire amou- « reux, je fis cette promesse autrefois à la « Duenna de madame Portuguès, qui était « jolie, mais qui depuis notre rupture ne « m'en a jamais reparlé. Ce sont les ennemis « de Dona Maria votre sœur , qui font agir « cette fille : mais croyez, mon ami, que le « désistement de la malheureuse est l'affaire « de quelques pistoles ^'or. Je vous conduirai
4o VOYAGE
« ce soir chez un célèbre avocat , que j'engage gérai même à vous accompagner à Aran— « juet; et nous aviserons ensemble, avant <« que vous partiez , aux moyens de parer à ce « nouvel obstacle , beaucoup moins important « que votre vivacité ne vous le fait craindre. « Mettez-moi aux pieds de Dona Maria votre « sœur , que je fais vœu d*aimer toute ma vie , « ainsi que vous ; et ne manquez pas de vous « rendre ici ce soir à huit heures précises ».
L*amertume était dans mon cœur , et Tindécision dans ma tète. Je n'écoutais pourtant pas encore les pronostics affreux que Ton ré— pandait : il était possible que j'eusseété joué par un fripon , mais quel était son but ? Ne pouvant le deviner, n'en voyant même aucun qui fût raisonnable , je suspendais mon jugement , quoique l'effroi eût déjà gagné tout ce . qui m'environnait. Je me rends à huit heures . chez cet étrange mortel , accompagné des sieurs Perier et Durand. A peine étionsnous descendus dé voiture , que la maltresse de la maison vint au-devant de nous et me dit : Le seigneur Clavico est délogé depuis une heure; on ignore où il est allé.
Frappé de cette nouvelle et voulant en
douter encore , je monte à la chambre qu'il avait occupée; je ne trouve plus aucun de ses effets -: mon cœur se serra de nouveau. De retour ches moi , j'envoyai six personnes courir -toute la ville pour me de'couvrir le traître , à quelque prix que ce fût ; mais convaincu de sa trahison, je m'écriais encore : A quoi bon ces noirceurs ! Je n'y concevais rien, lorsqu'un courier de M. l'ambassadeur, arrivant d'Aranjuez , me remit une lettre de son Excellence, en me disant qu'elle était très* pressée. Je l'ai conservée et vais la transcrire
Lettre de M, V Ambassadeur de France , dont
j'ai l!^ original.
« A Aranjaes le 7 jnîn 1764.
« M. de Robiou , Monsieur , commandant de Madrid, vient de passer ches moi pour m'apprendre que le sieur Clavico s*était retiré dans un quartier des Invalides, et avait déclaré qu'il y prenait asile contre les violences qu'il craignait de votre part, attendu que vous l'aviez forcé dans sa phop&e maison, il t a quelques jours, le pistolet sur
LA GORftB , A SIGNEE UN BILI.BT y PAR LX- QUBL IL S*ÉTAIT ENGAGÉ A ÉPOUSBB MA~
DBMOiszLLB YOTBJS SŒUR. Il serait inutile que je vous communiquasse ici ce que je pense sur un aussi mauvais procédé. Mais voiis concevrez aisément QUB , QUBLQUB honnête ET DROITE QU*AIT ÉTÉ VOTRE CON- DUITE DANS CETTE AFFAIRE , On pourrait y donner une tournure dont les conséquences seraient aussi désagréables que Oicheuses pour vous. Ainsi je vous conseille de demeurer entièrement tranquille y en paroles, en écrits et en actions, jusqu^à ce que je vous aie vu; ou ici , si vous j venez promptement^ ou à Ma-* drid, où je retournerai le 12.
« J*ai l*honneur d^étre avec une parfaite considération , Monsieur , votre , etc.
« Signé OssuN ».
Cette nouvelle fut un coup de foudre pour moi. Quoi ! cet homme qui depuis quinze jours me pressait dans ses bras , ce monstre qui m*avait écrit dix lettres pleines de tendresse , m*avaît sollicité publiquement de lui donner ma sœur, était venu dix fou manger chez elle à la face de tout Madrid , il avâft fait
nne plainte au criminel contre moi pour cause de violence , et me poursuivait sourdement ! Je ne me connaissais plus.
Un officier des gardes Wallonnes entre à rinstani et me dit : M. de Beaumarchais , vous n*avez pas un moment à perdre ; sauvez-vous , ou demain matin vous seres arrêté dans votre Ht ; Tordre est donné , je viens vous en prévenir : votre homme est un monstre , il a soulevé contre vous tous les esprits , et vous a conduit de promesses en promesses pour se rendre votre accusateur public. Fuyez , fuyez à rinstant : ou renfermé dans un cachot ^ vous n*avez plus ni protection ni défense.
Moi , fuir! me sauver ! plutôt périr. Ne me parlez plus, mes amis , ayez-moi seulement une voiture de route à six mules , pour demain quatre heures du matin , et laissez-moi me recueillir jusqu'à- mon départ pour Aranjuez.
Je me renfermai : j*avai$ Tesprit troublé , lé cœur dans un étau ; rien ne pouvait calmer cette agitation. Je me jetai, dans un fauteuil où je restai* près de deux heures dans un vide absolu d*idées et de résolutions.
Ce repos fatigant m*ayant enfin rendu à
4i VOYAGE
moi-même , yt roe rappelai que cet homme , depuis la date de sa plainte pour f«iit de vio-ricnce , s^e'tatt promené publiquement avec moi dans mon carrosse, m^avait écrit dix lettres tendres, m*avait chargé spécialement de sa demande auprès du ministre devant vingt personnes. Je me jette à înon bureau ; fy broche avec toute la rapidité d*un homme en pleine fièvre , le journal exac4 de ma con^ duite depuis mon arrivée à Madrid : noms ^ dates, discours , tout se peint à ma méiqoire, tout est fixé sous ma plume. J'écrivais encore à cinq heures du matin , lorsqu'on m'avertit que ma voiture m'attend, et que l'inquiétudi* de mes amis ne leur permet pas de me laisser plus long- temps à moi-même. Je monte en carrosse sans mMnformer si quelqu'un me suit, sans savoir si j'étais présentable : une espèce d'ivresse me rendait sourd à tout ce qui n'était pas mon objet; mais on avait pourvu sans me le dire au nécessaire de nion voyage. Quelques amis m'offrent de m'accompagner.
Je veux être seul , leur dis-je; je n'ai pas trop de douce heures de solitude pour calmer mes sens : et je partis pour Aranjuex* M. l'ambassadeur était au palais quand j'ar-
rival au SUio rèal; je ne le vis qu'à onte heures du soir à son retour* « Vous avez bien « fait de venir sur-le-champ , me dit-il; je « nVtais rien moins que tranquille sur vous : « depuis quinze jours votre homme a gagné « toutes les avenues du palai«' Sans moi vous « étiez perdu, arrêté» et peut-être conduit « au Presidio (t). J*ai couru cheif M* de Gri- « maldi : je réponds (lui ai'-je dît), de la « sagesse et de la honne conduite de M. de « Beaumarchais en toote adfâirc % comme de « la mienne propre. C'est un homme d^honft aeur, qui n'a fait que ce qu^ vous et moi « eussions fait à sa place : je lai suivi depuis « son arrivée ; faites retirer l'ordre de l'ar- « rèter, je vous prie : ceci est le comble de « l'atrocité de la part de son adversaire ». Je t^ous crois , m'a répondu M. de Grimaldi ; tnaû J€ ne 9uis lé maître que de suspendre un motnent t ti}ul le tnonde est armé contre lui ; qu'il parte a V instant pour la France ; on fermera les yeux sur sa fiùte»
(1) Prison p«rpéluelle'à Cran on Cents ^ snr les c6Cet d'A£riqtie.
« Ainsi, Monsieur, partez, il n*y a plus un « moment à perdre : on tous enverra tos « effets en France : vous avez six mules à vos « ordres. A tout prix , dès demain matin , « réprenez la route de France : je ne pour— « rais vous servir contre le soulèvement gë- <c nëral , contre des ordres si précis, et je se-' « rais dësolë qu'il vtfus arrivât malheur en ce « pays : partez ».
En Técoutant je ne pleurais pas; mais par intervalle il me tombait des yeux de grosses gouttes d*eau que le resserrement universel y ama\^sait J'ëtais stupide et muet. M. l'ambassadeur attendri , plein de bontë , prévenant toutes mes objections, par l'aveu libre et franc que j'avais raison , ne m'en disait pas moins qu'il fallait cëder à la nécessité , et fuir un malheur certain.
Et de quoi me punirait-on , Monsieur »
puisque vous-même convenez que j'ai raison sur tous les points ? Le roi fcra-t-il arrêter un homme innocent et grièvement outragé ?
Comment imaginer que celui qui peut tout , préférera le mal quand il connaît le bien ?
'^Eh! Monsieur f. V ordre du roi s*obUent^ s'exécute ^ et le mal est fait atfttnt qu'on soie
détrompé» Les rois sont justes ^ mais on intri' gue autour d'eux sans qu'ils le sachent; et de uils intérêts , des ressentimens qu'on n'ose avouer , n'en sont pas moins soutient la source de tout le mal qui se fait. Parte» , Monsieur} une fois arrêté , personne ici ne prenant intérét a uoms , on finirait par conclure que , puisqu^on t^ous punit , Use peut que vous ayez tort; et bientôt d'autres évènemens feraient oublier le vôtre ; car la légèreté du publie est partout un des plus fermes appuis de V injustice, Par^ tez , vous dis^je , partez. — Mais , Monsieur , dans Tëtat ou je suis , où voulex-vous que l'aille ? — f^otre tête se trouble a Pexeès , M, de Beaumarchais ; évitez un mal présent , e( songez que vous ne rencontrerez peut-être pas deux fois en votre vie f occasion de placer des réflexions si douloureuses pour Vhumanité; vous ne serez peut-être jamais indignement ou' tragé par un homme plus puissant que vous ; vous ne courrez peut-être jamais une seconde fois le risque d'aller en prison pour a voir été , contre un fou , prudent , ferme et raisonnable ; ou si un pareil malheur vous arrivait en France , un homme au milieu de sa patrie a mille moyens défaire valoir son droit ^ qui lui manquent
ailleurs. On traite moins bien un étranger sans appui , qu'uni citoyen domicilié , qu'un père dejamille , comme vous Vêtes , au milieu de tous ses parens. •— £h , Monsieur \ que diront les miens ? Que penseront en France mes augustes protectrices , qui y m*ayant vu constamment persécute autour d*elles , ont pu juger au moins que je ne méritais pas le mal qu*on disait de moi. Elles croiront que mon honnêteté n*étail qu'un masque tombé à la première occasion que )*ai cru trouver de mal faire impunément. --«^tf<e« , Monsieur ; y écrirai en France ; et Con m^en croira sur ma parole. — Et ma sœur , Monsieur ! ma malheureuse soeur ! ma sœur qui n'est pas. plus coupable que moi!-- Songez a vous , Von pouvoira au reste, — Ah dieux ! dieux I Ce se* rait là le fruit de mon voyage en Espagne \ Mais partez , partez , était le moit dont M . d*Ossun ne sortait plus. Si j*avais besoin d'argent y il m'en offrait avec toute la générosité de son caractère. -— Monsieur , j'en ai : mille louis dans ma bourse , et deux cent raille francs dans mon portefeuille me donneront le moyen de poursuivre un si sanglant outrage. — Non , Monsieur y je n'y consens pas ;
pous m'êtes reeominandé ; partez , je vous en prie } je vous le conseille; et j'irai plus loin même s'il le faut. — Je ne vous entends plus, Monsieur , pardon , je ne vous entends plus : et dans le trouble où'j*ëtais , je courus m*en~ fbncer dans les allées sombres du parc d*A~ ranjuez. J'y passai la nuit dans une agitation inexprimable.
Le lendemain matin , bien raffermi , bien obstiné , bien résolu de périr ou d*étre Tengé, )e vais au lever de M. de Grimai di , ministre d*état. J'attendais dans son salon , lorsque )*entendis prononcer plusieurs fois le nom de M. Whal. Cet bomme respectable , qui n*a' vait quitté le ministère que pour mettre un intervalle de repos entre la vie et la ihort , était logé 'dans la maison de M. de Grimaldi. Je rapprends , et sur le -champ je me fais annoncer chez hii , comme un étranger qui a les choses les plus importantes à lui communiquer. Il me fait entrer : et la plus noble figure rassurant mon cœur agité : Monsieur , lui dis-je , )e n'ai point d'autre titre à vos bienfaits que celui d'être Français et outragé : vous êtes né TOUS- même en France où vous eûtes .dtt service ; depuis vous avez passé dans ce
5o VOYAGE
pays par tous les grades de Pillustration miUtaire et politique ; mais tous ces titres me donnent moins la confiance de recourir ii vous f que la véritable grandeur avec laquelle TOUS avez remis volontairement au roi le dangereux ministère des Indes , dont vous êtes sorti les mains pures , lorsqu^un autre eût pu y entasser des milliards. Avec Testime de la nation , vous êtes resté Pami du roi : c'est le nom dont il vous honore sans cesse. Eh hien ! Monsieur , il vous reste une belle action à faire ; elle est digne de vous ; et c'est un Français au désespoir qui coiàpte sur le secours d^un homme aussi vertueux*
Vous êtes Français , Monsieur , me dit-il ; c'est un beau titre auprès de moi ; j'ai tou— jours chéri la France , et voudrais pouvoir reconnaître en vous tous les bons traitement que j'y ai reçus. Mais vous tremblez , votre âme est hors d'elle , asseyez -vous et dites -moi vos peines ; elles sont afireuses , sans doute, si elles égalent le trouble où je vous vois. Il défend à l'instant sa porte ; et moi , dans un état inexprimable de crainte et d'espérance , je lui demande la permbsion de lire le journal
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exact de ma conduite depuis le jour de mon arrivée à Madrid : vous y suivrez mieux y Monsieur , le -fil des évènemens , que dans une narration désordonnée que j^entrepren^ draîs vainement de vous faire.
Je lus mon mémoire. M. Whal me calmait de temps en temps ,' en me recomman^ dantde lire moins vite -pour qu*ii m*entendit. mieux, et m'assurant qu^il prenait le plus viC intérêt à ma narration. A mesure que les évènemens passaient f je lui mettais à la main les écrits , les lettres , toutes les pièces justifi-. catives. Mais ïorsquè je vins à la plainte criminelle, à Tordre de me mettre au cachot , suspendu seulement par M. de Grimaldi , à la prière .de notre ambassadeur , au conseil qu^il m'avait donné de partir , auquel je ne lui cachais pas que je résistais, déterminé à périr ou à obtenir justice du roi , il fait un cri , se lève' , et m'embrassant tendrement: — Sans doute le roi y oiis fera justice , et vous auttz raison d'y compter. M, V ambassadeur, malgré sa bonté pour vous , est forcé de consulter ici la prudence de son état ; mais moi je vais servir votre vengeance de toute V influence du mien : non , Monsieur , il ne' sera pas dit qu*un bravé,
5a VOYAGE
Français ait quitté sa patrie , ses protecteurs ^ ses affaires , ses plaisirs , qu^il ait fait quatre cents lieues pour secourir une sœur honnie et malheureuse , et qu^en fuyait de ce pays ii remporte dans son cœur^ de la généreuse nation espagnole , l'abominable idée que tes étrangers n'obtiennent chez elle aucune justice. Je if ous servirai de père en cette occasion comme ffous en auez servi à votre sœur, C*est moi qui ai donné au roi ce Clavico. Je suis coupahie de tous ses crimes ; eh Dieux ! que les gens en place sont malheureux de ne pouvoir scruter avec oâsez de soin tous les hommes qu'ifs em— ploient j et de s'entourer sans le savoir de fripons f dont les infamies leur sont trop sou-^ vent imputées. Ceci , Monsieur , est d'autant plus important pour moi , que ce Clavico ayant commencé parfaire une espèce de feuille ou gazette , et se trouvant ^ par ses fonctions ,rapproché du ministère ^ eût pu parvenir un jour a des emplois plus considérables , et moi je n'aurais fait présent h mon roi que d'un scé" lérat. On excuse un ministre de s'être trompé sur le choix d'un indigne sujet : mais sitôt qu'il le voit marqué du sceau de la réproba* tion publique , il se doit à lui-même de le
chassera Viiutant. J'en vais donner l'exemple a tous les minisires qui me suiuront.
Il sonne. Il fait mettre des chevaux , il me conduit au palais ; en attendant M. de Gri-' inaldi qu'il avait fait prévenir , ce généreux protecteur entre chec le roi , s^accuse du crime de mon lâche adversaire , a la généro~ site d*en demander pardon. Il avait sollicité son avaoïcement avec ardeur , il met plus d'ardeur encore à solliciter sa chute. M. de Griinaldi arrive , les deux ministres me font entrer , Je me prosterne. Lises votre mémoire , me dit M. Whal arec chaleur , il n'y a pas d'âme honnête qui n'en doive être touchée comme je l'ai été moi-même. J'avais le cœur élevé à sa plus haute région ;Je le sentais battre avec force dans ma poitrine ; et me livrant à ce qu'on pourrait appeller l'éloquence du moment , je rendis avec force et rapidité tout ce qu'on vient de lire. Alors le roi y suffisamment instruit , ordonna que Clavico perdit son emploi , et fût à jamais chassé de êit* bureaux.
Ames honnêtes et sensibles ! croyes-vous qu'il y eût des expressions pour l'état où je me trouvais. Je balbutiais \^ mots de respect ,
de reconnaissafice , et cette âme entraînée naguère presque au degré de ]a férocité contre son ennemi , passant à Testrémité op- 'posée , alla jusqu^à bénir le malheureux dont la noirceur lui avait procuré le noble et précieux avantage qu'il venait d'obtenir au -pied du trône.
Pour comble de bontés , le monarque en- •voya chez M. Fambassadeur de France , où je dinais , donner , Tordre au Français , à qui il venait de rendre une justice si éclatante , de lui faire parvenir le journal exact de ce qui avait été lu et.jugé au palais. M. l'ambassadeur, aussi touché que moi , me donna trois de ses secrétaires , qui , de leur part , y mettant une bienveillance patriotique , copièrent en peu d'heures mon journal avec les pièces justificatives , et le tout fut porté par M. l'ambassadeur au roi , qui ne dédaigna pas de dire qu'il garderait cet ouvrage y et même de s'informer avec bonté si le Français était satisfait.
Telle est la justice que j'âî obtenue en Espagne dans'une querelle où j'étais en quelque façon l'agresseur. Mon cœur se serre en pensant que depuis , en France , étant ofTensé....
Telles sont les preuvjcs autheii tiques el respectables sur lesquelles s^appuie le compte exact que ranimosité vient de |ne forcer de.
rendre de ma conduite en cette occasion , Fune des plus importantes de ncia vie.. J'ai osé nommer , sans leur aveu , le prince ma~ gnaniroe qui s*est plu à me faire justice , les géQéreiix ministres qui y. ont coopéré, le trèsrespecté n^arquis d*Ossun , notre ambassadeur , mon inestimable protecteur M. Whsl , et toutes les personnes qui ont contribué à ma justification. >
Au milieu d*une nation étrangère., je n'ai rencontré que grandeur , générosité , noble intérêt , service ardent, justice éclatante ; et je n*aurais pas attendu dix ans à publier la reconnaissance que je garderai toute ma vie à la généreuse nation espagnole , si j^avais pu la faire éclater sans y mêler le récit d*un événement personnel qui ne pouvait intéresser que mes parens et moi.
Je revins à Madrid où tous les Français s'empressèrent de renouveler à ma pauvre sœur les témoignages de leur ancienne amitié. A la nouvelle de la perte*de son emploi , qui se répandit par>toilt, mon lâche ennemi, cér-
56 VOYAGK
tain d'être arrêta, se sauva ches les capucins , d'où il m'écrivit une longue lettre pour im-' plorer ma commisération. II avait raison d'y compter ) je ne le haïssais plus , fe n'ai même jamais haï personne. Mais dans cette lettre , ce qui m'étonna davantage fut l'assurance avec laquelle il se tait sur sa plainte criminelle contre moi , se flattant apparemment que je l'ignorais encore. Il s'y défend seulement d'avoir provoqué l'opposition de la Duenna à laquelle il attribue mon ressentiment. Voici sa lettre avec ma réponse en marge , telle que je la lui envoyai.
Copie de la lettre J« G l. A V I C 0.
Depuis mercredi que j'ai reçu , Monsieur , la nouvelle delà privation de mon emploi ( i ) , j*ai été dans des accès de fièvre les plus violens jusqu'à ce moment où, tnalgré ma faiblesse et mon abattement , je prends la plume pour vous remercier des bontés que vous avez eues pour moi. Non , je n'aurais jamais cru cela de
Copie ie mA répomse €H marge, '
(i) C'est va malhftar <]■• vous vous ét«s ittiré.
EN ESPAGNE. Sy
vous. Vous aTÎez raison de ne pas répondre à mes lettres , on n*a rîen à dire aux -gens que l'on veut perdre sans ressource ( a }. Eh bien , Moibieur , âtes-voussatifaît? Ces dames le sont-elles ? Jouissez , jouissez tous de votre vengeance. Mais sur qui tombe -t -elle cette vengeance ? Sur un homme que vous aimiez , qui a suivi en tout aveuglément vos volontés , sur un homme enfin qui vous aime encore malgré tout ce qui s*est passé ( 5 ). Ah l Monsieur , î*en appelle à votre cœur ; ou il m*a trompé , ou il est incapable d'un procédé pareil. Mais comment pouvez -vous avoir sévi contre moi sans constater mon crime ? £t quel est-il ce crime (4) ? Une fille, par ellemême ou à la persuasion de quelque furieux et à mon insu , se présente contre moi. Je n*ai pas la moindre part à cette a0aire, et Ton
(a) D« quelles )«Hrca psrlea-voiM ?
(3) Vous m'aimes , monstre que vons êtes ! Et vos lâches impostures! et voUe pUiote furtive et calomoieiise !
(4) Une pUÎDte d'assassinat.
me crôîl Tauteur de cette nouvelle scène (5 ) ! On parait en fureur contre moi , on m'accable d'injures malgré ma faiblesse et ma maladie ; et quand le chagrin de cet événement laisse à mon cerveau déjà affaibli par plus de trente jours de fièvre et de diète , à peine la faculté de penser , on me tourmente , on ne croit pas à ma justification , on ne veut pas même m*écouter , ni . convenir des moyens que je propose pour arranger cette cruelle affaire. Au contraire , on part pour Aran juex , pour aller déshonorer et perdre entièrement un homme que Ton dit aimer avec passion ( G ) » coupable ou non , n'im— porte. Eh ! se donne- t*ôn la peihe de Texaminer avec loisir ?
Cependant cet homme accablé sous le poids de sa maladie et de ses violens chagrins , aban— donné à lui-même f dans ce cruel état vous écrit à Aranjuez , et pour vous prouver son
(5) Il s'açtt bien de cette fitle , qoand il existe une plainte atroce depuis trois semaines !
(6)jDui , malheureux , je vont aimais ; et c'e&t ma honte.
innocence ( 7 ) ,' fait faire des démarches auprès de l'apposante pour la faire désister de iSL prétention. Il nY avait que ce moyen pour finir tout-d*un-coup ; il vous répète à ce sujet ce qu*îl vous avait dit ici lui-même ; il vous prie surtout de suspendre les démarches que pouvait vous dicter le ressentimen^t qui vous conduisait ( 8 ). Chaque pas que vous alliet ùHre était un poignard que vous lui ^enfonciez dans le • cœur , et chaque blessure était incurable (9).
Moi , victime des caprices du sort et comptant sur votre prudence et sur la bonté dé votre cœur , quoique sans- réponse de votre party )e n*attribuai votre silence qu'au hasard, et je m*empr essai , par une seconde lettre , de vous rendre compte des espérances dont on me flattait au sujet de l'opposante^ lesquelles sont justes- ( 10 }.
' (7) Et la plainte ! la plainte !
(S) Oui , le plus jnste ressentiment.
(9) Le poignard qui Vous perce est lé désespoir de ne m'avoir pas fait périr.
(10) Des lettres à ÂTaDJuea? A moi? Imposteur maladroit !
6o VOYAGE
Malgré votre silence , jVllaîs , Monsieur , TOUS récrire , quand la nouvelle de la privation de mon emploi me replongea tout de suite dans les accès de fièvre dont je ne sors qu*^ présent ( ii ).
Ah Monsieur ! qu'aves*voBs ia!t ? N*aurec- Tous pas k voîis reprocher étemeliement d'avoir sacri(|é légèrement un homme qui vous appartenait , et dans le temps même qu'il allait devenir votre frère -( la ) ? Quelques égaremens passés pouvaient- ils vous faire croire aussi légèrement, et sur des apparences ? Mais dans quelles ctrconstances encore se présentait -il ce prétendu crime ?
Oui , Monsieur , je le répète et je le dirai h la face de Tunivers : je n'ai aucune part à la démarche de l'opposante , et depuis ma réconciliation avec vos dames , je n*ai point changé ( i3) , et je défie qui que ce soit au
(i i) Je le crois ; ihms c'est de honte qu'il ÙLUt mourir.
(ift) Vous ! non frire ! Je la tuerais plutôt.
(i5) Peut -on pousser la fourberie plus loin! Et ■ses violences! et ce pistolet que je vous ai présenté ! et cette plainte que vous oublies !
EN ESPAGNE. 6i
mouds de me prouver que depuis cette époque j*aîe rien dit ni ëcrit de contraire à Tin-* lentioB où î*étai»-et où je suis encore de terminer ÎBK>n mariage avec MademoiseUe votre
«Bur(i4)-
La privation de mon emploi n'y fait rien.
Le roi et le ministre , mieux informés , me rendront la justice qui m'est due ( i5). Personne au monde n'a rien à me reprocher. Si j'ai e» des torts vis-à-vis mademoiselle Garon , je les ai réparés par mon retour (16) , lior3 de là je n'ai à rougir d'aucune action de ma vie. Or j'espère de la clémence de mon souverain qu'il daignera me faire rendre monr emploi quand il saura mon inuocence ( 17 ).
Puis- je espérer de vous , Monsieur , à qai elle constera parlaitement quand vous le vou-* drez , que vous ne vous opposerez pointa ma
(14) Que je vous ai forcé de contracter la pistolet S» lamaio.
(i5) lift Tooft Tont rendue en voua chassant*
(16) En la mettant à la mort une troiaième fois»
(17) Son innocence ! li'inaoceBCc de Clitico!
6a VOYAGE
)i^tifîcatîan ? Elle doit tous intéresser autant
que moi~mènie ( 18 ).
Je vous remets ci-joint copies des déuxlettrès que je Vous écrivis à Aranjuez. Je conimence même à douter que vous les ayièz reçues (19)* Oui , je crois connaître vo&e cœur , il ne m*aurait pas sacrifié si cruellement s*il' avait pu seulement se douter de mon innocence. Je sens encore de lasatisfection à vous justifier dans mon cœur (ao }. Et dans la fatalité de mon sort, je ne murmure point contre la main qui la conduit. Non ^ je ne renoncerai jamais au bonheur d*appart«nir à votre chère famille (ai). Hélas! depuis la dernière promesse mutuelle entre mademoiselle Caron et moi , j*ai bien ■ souffert l Je compte assez sur la générosité de vos âmes pour croire
(18) Lâche adversaire ! Et c'est à moi qoe vous voua adr^isea !
(19) Je le croia bien , elles n'ont janiBis été écrites, (so) J'étais perdu par vous , homme indigne ! saus
la grandeur , saus la juatice du roi.
(ai) m'apparteair! Misérable !
que vous voudrez bien m^aider à me relever (22). Mes supérieurs et mes protecteurs, instruits de mon innocence, metendrpnt aussi une main secourable ; je Tespère avec d*au~ tant plus d*empressement, que je n'ai point mérité leur colère ( ^3 ).
J'ai rhonneur d'être aussi véritablement que jamais ,
MoKSIBUR,
Votre très-humble et très^obéissant serviteur ,
«S'i^/ieCi.AyiJO.
Madrid , 17 juin 1774*
P. S, On vient de me dire que mademoiselle Càrbn doit se marier (a4) ; je ne puis pas le
(ta) Je sais vengé. Je ne irous liais plas : j'irai mime implorer M. de Grimaldi pour vous obtenir da pain , si je pnis , dans un coin du monde , mais jamais à Madrid.
(a3) Anssi n'a-t-^n mis que de la justice k votre punition. M Whal seul a eu la générosité d'y metUo de la colëiie.
(a4) Que vous importe ?
Croire. D^ainéurs Youâraît- on donner à Madrid une nônvellé scène h nos dépens , et m*oblîger à mVpposer à ce mariage pour authentiquer la droiture de mes iâtentions?
Non : cela ne peut pas être ( 25 ).
A\M. de Beaumarchais f etc., etc.
Je fus en effet demander grâce à M. le mar* quis de Grimaldi pour ce misérable homme ; mais ce ministre mit à ses refus une indignation si obligeante pour moi , que je n^osai pas insister. J^écrivis le même jour à plusieurs protecteurs de Clavîco , pour les prier de joindre leurs instances aux miennes. M. le marquis de Grimaldi n'a pas youlu m^enUndre^ leur disait' je ; il est révolté de l'indignité dt$ sujet. Mais un homme malheureux par sa faute Vest doublement ; > et diaprés cette tet* rible férité , Clavico doit être bien près du dé-* sespoin f^oùr mon ennemi même , dans ce$ affreux état , trouble la pureté de ma joie ,
(aS) Q«*ellc se marie <m non , toas n'aves ^os rien à y voir. Voire femme , à tooi , ce sera la Vumne, Je borne k cela «a Teogeatice.
dans Vheunux dénouement dû mon atmnture avec lui ^ eu*
Rien ne put fléchir Tëquitable et rigoureux ministre.
La suite de mon voy^ie d'Espagne est étrangère à ma justification.