SERMON SUR L'INTÉGRITÉ DE LA PÉNITENCE
une vie moitié sainte, et moitié profane, moitié chrétienne et moitié mondaine, ou plutôt toute mondaine et toute profane, parce qu'elle n'est qu'à demi chrétienne et à demi sainte. Que je vois dans le monde de ces vies mêlées! on fait profession de piété, et on aime encore les pompes du monde; on offre des œuvres de charité, et on abandonne son cœur à l'ambition. « La loi est déchirée, dit le saint prophète, et le jugement n'est pas venu à sa perfection : >» « Lacerata est lex, et a non parvenit usque ad finem judicium '. » La loi est déchirée; l'Évangile, le christianisme n'est en nos mœurs qu'à demi; nous cousons à cette pourpre royale un vieux lambeau de mondanité; Jésus- Christ ne se connoît plus dans un tel mélange : nous réformons quelque chose après la grâce de la pénitence; nous condamnons le monde en quelque partie de sa cause, et il devoit la perdre en tout point : parce qu'il n'y en a jamais eu de plus déplorée ; et ce peu que nous lui laissons, qui marque la pente du cœur, lui fera reprendre bientôt sa première autorité.
Par conséquent, Chrétiens, sortons de la pénitence avec une sainte résolution de ne donner rien au péché qui puisse le faire revivre; il faut le condamner en tout et partout, et se donner sans réserve à celui qui se donne à nous tout entier, premièrement dans le temps, par les bienfaits de sa grâce, et ensuite dans l'éternité, par le présent de sa gloire. Amen.