Ad Nation., 1. I, n. 16. — 2. Ps. lxviii
pénitence est un jugement, faut-il y aller pour faire la loi, et pour n'y chercher que de la douceur? Où. sera donc la justice? quelle forme de jugement en lequel on ne veut trouver que de la pitié, que de la foiblesse, que de la facilité, que de l'indulgence? quelle forme de judicature en laquelle on ne laissse au juge que la patience de nous écouter, et la puissance de nous absoudre; en retranchant de son ministère le droit de discerner les mauvaises mœurs, l'autorité e les punir, la force de les réprimer par une discipline salutaire? 0 sainte confusion, venez couvrir la face des pécheurs! 0 Jésus, vous avez été soumis et modeste, même devant un juge inique; et vos fidèles seront superbes et dédaigneux, même à votre propre tribunal! Éloignez de nos esprits une disposition si funeste : donnez-nous l'humilité prête à subir toutes les peines; donnez-nous la docilité résolue à pratiquer tous les remèdes. C'est ma dernière partie que je continue sans interruption, parce que je la veux traiter en un mot pour ne perdre aucune partie du "temps qui me reste.
TROISIÈME POINT
Il en faudroit davantage pour expliquer bien à fond toutes les vérités que j'ai à vous dire. Trouvez bon que pour abréger, sans m'engager à de longues preuves, je vous donne quelques avis que j'ai tirés des saints Pères et des Écritures divines, pour conserver saintement la grâce de la pénitence. Premièrement craignez, craignez, je le dis encore une fois, si vous voulez conserver la grâce. Plusieurs s'approchent de la pénitence pour se décharger de la crainte qui les inquiète; et, après leur confession, leur folle sécurité les rejette dans de nouveaux crimes. J'ai appris de Tertullien que « la crainte est l'instrument de la pénitence : » « Instrumento poenitentise ', id est metu « caruit. » C'est par la crainte qu'elle entre, c'est par la crainte qu'elle se conserve. Grand Dieu! c'est la crainte de vos jugements qui ébranle une conscience pour se rendre à vous. Grand Dieu! c'est la crainte de vos jugements qui affermit une conscience pour s'établir fortement en vous. Vivez donc toujours dans la crainte, et vous vivrez toujours dans la sûreté : « La crainte, dit saint Cyprien, est la gardienne de l'innocence : » a Timor innocentia3 custos 2. »
Mais encore que craindrez-vous? Craignez les occasions dans lesquelles votre innocence a fait tant de fois naufrage : craignez les occasions prochaines; car qui aime son péril, il aime sa mort : craignez même les occasions éloignées; parce que, lors même que l'objet est loin , la foiblesse de notre cœur n'est toujours que trop proche et trop inhérente, et que les moindres approches [peuvent renouveler toutes ses premières impressions]. Un homme, dit Tertullien 3, qui a vu dans une tempête le ciel mêlé avec la terre, à qui mille objets terribles ont rendu en tant de façons la mort présente, souvent renonce
1. Tertull., De pœnit., n. 6. — 2. Epist., ad Donat., pag. 4. 3, De pœnit., 7,
pour jamais à la navigation et à la mer. 0 mer, je ne te verrai plus, ni tes flots, ni tes abîmes, ni tes écueils, contre lesquels j'ai été si près d'échouer; je ne te verrai plus que sur le port, encore ce ne sera pas sans frayeur : tant l'image de mon péril demeure présente à ma pensée. C'est, mes Frères, ce qu'il nous faut faire : retirés saintement en Dieu, et dans l'asile de sa vérité, comme dans un port, regardons de loin nos périls, et les tempêtes qui nous ont battus, et les vents qui nous ont emportés; mais de nous y engager témérairement, ôDieu, ne le faisons pas. Hélas! ô vaisseau fragile et entr'ouvert de toutes parts, misérable jouet des flots et des vents irrités, tu te jettes encore sur cette mer, dont les eaux sont si souvent entrées au fond de ton âme : tu sais bien ce que je veux dire, tu te rengages dans cette intrigue qui t'a emporté si loin hors du port, tu renoues ce commerce qui a soulevé en ton cœur toutes les tempêtes, et tu ne te défies pas d'une foiblesse trop et trop souvent expérimentée. Ah! tu ne dois plus rien attendre qu'un dernier naufrage qui te précipitera au fond de l'abîme.
Jusques ici, Chrétiens, j'ai parlé à tous indifféremment; mais notre sainte pénitente semble m'avertir de donner en particulier quelque avis à son sexe : plutôt, qu'elle leur parle elle-même, et qu'elle les instruise par ses saints exemples. Dans cette délicatesse presque efféminée que notre siècle semble affecter, il ne sera pas inutile aux hommes [d'écouter le» leçons que Magdeleine donne aux personnes de son sexe en particulier]. Elle répand ses parfums, elle jette ses vains ornements, elle néglige ses cheveux. Mesdames, imitez sa conversion, et honorez la pratique de la pénitence. Une des précautions les plus nécessaires pour conserver la grâce de la pénitence, c'est le retranchechement de vos vanités : car n'est-ce pas s'accoutumer insensiblement à un grand mépris de son âme, que d'avoir tant d'attache à parer son corps? La nécessité et la pudeur ont fait les premiers habits; la bienséance s'en étant mêlée, elle y a ajouté quelques ornements; la nécessité les avoit faits simples, la pudeur lesfaisoit modestes; la bienséance se contentoit de les faire propres : la curiosité s'y étant jointe, la profusion n'a plus de bornes; et pour orner ce corps mortel et cette boue colorée, presque toute la nature travaille, presque tous les métiers suent, presque tout le temps se consume, et toutes les richesses 6'épuisent.
Ces excès sont criminels en tout temps, parce qu'ils sont toujours opposés à la sainteté chrétienne, à la modestie chrétienne, à la pénitence chrétienne; mais les peut -on maintenant souffrir dans ces extrêmes misères où, le ciel et la terre fermant leurs trésors, ceux qui subsistoient par leur travail sont réduits à la honte de mendier leur vie; où, ne trouvant plus de secours dans les aumônes particulières, ils cherchent un vain refuge dans les asiles publics de la pauvreté, je veux dire les hôpitaux, où par la dureté de nos cœurs ils trouvent encore la faim et le désespoir? Dans ces états déplorables, peut-on songer à orner son corps; et ne tremble-t-on pas de porter sur soi la subsistance, la vie, le patrimoine des pauvres? « O ambition dit
Tertullien, que tu es forte, de pouvoir porter sur toi seule ce qui pourroit faire subsister tant d'hommes mourants 1 » « Hae sunt vires * ambitionis tantarum usurarum substantiam uno et muliebri corousculo bajulare ». » r
Que vous dirai-je maintenant, Mesdames, du temps infini qui se perd dans de vains ajustements? La grâce de la pénitence porte une sainte précaution pour conserver saintement le temps et le ménager pour l'éternité : elle vous doit apprendre à le conserver; et cependant on s en joue, on le prodigue sans mesure jusqu'aux cheveux ■ c'est-àdire, la chose la plus nécessaire à la chose la plus inutile. La nature qui ménage tout, jette les cheveux sur la tête avec négligence, comme un excrément superflu. Ce que la nature a prodigué comme superflu la cunos.te en fait un attache; elle devient inventive et ingénieuse pour se faire une étude d'une bagatelle, et un emploi d'un amusement
S:Ce-M?M qu*yous vo,ulez réparer le temPs et le ménager pour i éternité? Magdele.ne ne le fait pas; elle méprise ces soins superflus et se rend digne d'entendre * qu'il n'y a plus qu'une chose qui soi! nécessaire». , Ah! que dans ces soins superflus les pensées si nécessaires [trouvent peu d'entrée dans l'esprit, et moins encore dans le cœur, ou sont bientôt oubliées et délaissées] !
Mais, ô Dieu, pour qui vous parez-vous tant ! ô Dieu, encore une fois, songez-vous bien à qui vous préparez cette idole? Si vous vous êtes données à Dieu par la pénitence, pensez-vous lui pouvoir conserver longtemps sa conquête : pendant que vous laisserez encore flatter votre vanité à ces malheureuses conquêtes, qui lui arrachent les âmes qu il a rachetées? « Tu colis, qui facis ut coli possint • : » « Tu fais plus que les adorer, parce que tu lui donnes des adorateurs »
Quittez donc ces vains ornements à l'exemple de Magdeleine et revêtez-vous de la modestie; non-seulement de la modestie, mais de la gravité chrétienne, qui doit être comme le partage de votre sexe, lertullien, qui a dit sagement que la crainte étoit l'instrument de la pénitence a dit avec le même bon sens que la gravité étoit la compagne et 1 instrument nécessaire pour conserver la pudeur : « Ouo « pacto pudicitiam sine instrument suo, id est sine gravitate trac
fJïôTh8 7a "., ^ leJremanIue ?as ^ns raison : je ne sais quelle fausse liberté s'es introduite en nos mœurs, qui laisse perdre le respect; qui, sous prétexte de simplicité, nourrit une entière licence; qui étouffe toute retenue, par un enjouement inconsidéré. Ah! ie n'ose penser aux suites funestes de cette simplicité malheureuse Il faut de la gravité et du sérieux pour conserver la pudeur entière
tiT dfUrHef,l0n8tempS la grâce de la Péniten<*- Chrétiens, que cette grâce es dé icate et qu'elle veut être conservée précieusement» Si vous voulez la garder, laissez-la agir dans toute sa force : quittez le péché et toutes ses suites, arrachez l'arbre et tous ses rejetons; guénssez la maladie avec tous ses symptômes dangereux. Ne menez pas