‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 130 sur 171 · Joan, xvn, 26.-2. Êvhet, y, 3p · texte numérisé non relu

Joan, xvn, 26.-2. Êvhet, y, 3p

cence ni le débordement de leurs mœurs? Que s'il y avoit quelqu'un dans la compagnie qui fût imbu dune si folle persuasion, qu'il sache, qu'il sache que puisque son cœur est éloigné de Jésus, Marie a en exécration toutes ses prières : en vain tâchez-vous de la contenter de quelques grimaces, en vain Pappelez-vous votre Mère par une pitié simulée. Quoi! auriez-vous bien l'insolence de croire que ce lait virginal dût couler sur des lèvres souillées de tant de péchés? qu'elle voulût embrasser l'ennemi de son bien-aimé de ces mêmes bras dont elle le portoit dans sa tendre enfance? qu'étant si contraire au Sauveur, elle voulût vous donner pOur frère au Sauveur? Plutôt, plutôt sachez que son cœur se soulève , que sa face se couvre de confusion , lorsque vous l'appelez votre Mère.

Car ne pensez pas, Chrétiens, qu'elle admette tout le monde indifféremment au nombre de ses enfants : il faut passer par une épreuve bien difficile, avant que de mériter cette qualité. Savez- vous ce que fait la bienheureuse Marie, lorsque quelqu'un des fidèles l'appelle sa Mère? Elle l'amène en présence de notre Sauveur : Ça, dit-elle, si vous êtes mon fils, il faut que vous ressembliez à Jésus mon bienaimé. Les enfants, même parmi les hommes, portent souvent imprimés sur leurs corps les objets qui ont possédé l'imagination de leurs mères : la bienheureuse Marie est entièrement possédée du Sauveur Jésus : c'est lui seul qui domine en son cœur, lui seul règne sur tous ses désirs, lui seul occupe et entretient toutes ses pensées : elle ne pourra jamais croire que vous soyez ses enfants, si vous n'avez en votre âme quelques linéaments de son Fils. Que si, après vous avoir considérés attentivement, elle ne trouve sur vous aucun trait qui ait rapport à son Fils, ô Dieu! quelle sera votre confusion, lorsque vous vous verrez honteusement rebutés devant sa face, et qu'elle vous déclarera que n'ayant rien de son Fils, et ce qui est plus horrible, étant opposés à son Fils, vous lui êtes insupportables !

Au contraire, elle verra une personne (descendons dans quelque exemple particulier) qui pendant les calamités publiques, telles que sont celles où nous nous voyons à présent, considérant tant de pauvres gens réduits à d'étranges extrémités, en ressent son àme attendrie, et ouvrant son cœur sur la misère du pauvre par une compassion véritable, élargit en même temps ses mains pour le soulager : O, dit-elle incontinent en soi-même, il a pris cela de mon Fils, qui ne vit jamais de misérable, qu'il n'en eût pitié. « J'ai compassion de cette troupe, » disoit-il ' ; et en même temps il leur faisoit donner tout ce que ses apôtres lui avoient gardé pour sa subsistance, qu'il multiplie même par un miracle, afin de les assister plus abondamment. Elle verra un jeune homme qui aura la modestie peinte sur le visage; quand il est devant Dieu, c'est avec une action toute recueillie; lui parle-t-on de quelque chose qui regarde la gloire de Dieu, il ne cherche point de vaines défaites, il s'y porte incontinent avec cœur. O qu'il est aimable I dit la bienheureuse Marie; ainsi étoit mon Fils lorsqu'il étoit en son

l. Marc, vin, 2.

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âge, toujours recueilli devant Dieu : dès l'âge de douze ans, il quittait ses parents et amis, pour aller vaquer, disoit-il, aux affaires de son Père '. Surtout elle en verra quelque autre dont le soin principal sera de conserver son corps et son âme dans une pureté très-entière ; il n'a que de chastes plaisirs, il n'a que des amours innocents; Jésus possède son cœur, il en fait toutes les délices. Parlez-lui d'une parole d'impureté, c'est un coup de poignard à son âme; vous verrez incontinent qu'il s'arme de" pudeur et de modestie contre de telles propositions. Voilà, Chrétiens, voilà un enfant de la Vierge : comme elle s'en réjouit! comme elle s'en glorifie! comme elle en triomphe! avec quelle [joie] elle le présente à son bien-aimé, qui est par-dessus toutes choses passionné pour les âmes pures!

C'est pourquoi excitez-vous, Chrétiens, à l'amour de la pureté; vous particulièrement qu'une sainte affection pour Marie a attirés dans une société qui s'assemble sous son nom, pour se perfectionner dans la vie chrétienne. C'est votre zèle qui a aujourd'hui orné ce temple sacré, dans lequel nous célébrons les grandeurs de la majesté divine. Mais considérez que vous avez un autre temple à parer, dans lequel Jésus habite, sur lequel le Saint-Esprit se repose. Ce sont vos corps, mes chers Frères, que le Seigneur a sanctifiés, afin que vous eussiez du respect pour eux; sur lesquels il a versé son sang, afin que vous les tinssiez nets de toute souillure; qu'il a consacrés, pour en faire les temples vivants de son Saint-Esprit, afin que les ayant ornés en ce monde d'innocence et d'intégrité, il les ornât en l'autre d'immortalité et de gloire.

SERMON POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX

Per patientiam curamus ad propositum nobis certamen, aspicientes in auctorem fidei nostrae et consummatorem Jesum.

Courons par la patience au combat qui nous est proposé, jetant les yeux sur Jésus, V auteur et le consommateur de notre foi. Hebr. xn. 12.

Voici les jours salutaires où l'on érigera le Calvaire dans tous nos lemples, où nous verrons couler les ruisseaux de sang de toutes les plaies du Fils de Dieu, où l'Église représentera si vivement, par ses ihants, par ses paroles et par ses mystères, celui de sa passion douloureuse, qu'il n'y aura aucun de ses enfants à qui nous ne puissions

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