‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 133 sur 171 · Ephes. v, 30. — 2. Coloss. i, 24. — 3. Is. r · texte numérisé non relu

Ephes. v, 30. — 2. Coloss. i, 24. — 3. Is. r

sueurs naissent de la même matière dont le sang se forme. Je ne recherche pas curieusement si cette opinion est véritable ; mais je sais que devant le Seigneur Jésus, et les larmes et les sueurs tiennent lieu de sang. J'entends par les sueurs, Chrétiens, les travaux que nous subissons pour l'amour de lui; non avec une nonchalance molle et paresseuse , mais avec un courage fermé et une noble contention. Travaillons donc pour sa gloire : s'il faut faire quelque établissement pour le bien des pauvres , s'il se présente quelque occasion d'avancer son œuvre; travaillons avec un grand zèle, et tenons pour chose assurée que les sueurs que répandra un si beau travail , c'est du sang que nous lui donnons. Mais, sans sortir de nous-mêmes, quel sang est plus agréable au Sauveur Jésus que celui de la pénitence? ce sang que le regret de nos crimes tire du cœur par les yeux; je veux dire le sang des Jarmes amères, qui est nommé si élégamment par saint Augustin ' « le sang de nos âmes. » Lorsque nous le versons devant Dieu, en pleurant sincèrement nos ingratitudes, n'est-ce pas du sang que nous lui donnons? Mais pourquoi vous marquer avec tant de soin les occasiûDs de souffrir, qui viennent assez d'elles-mêmes? Non, mes Frères, sans ressusciter les tyrans, la matière ne manquera jamais à la patience : la nature a assez d'infirmités, les affaires assez d'embarras, le monde assez d'injustices, la faveur assez d'inconstances; il y a assez de bizarreries dans le jugement des hommes, et assez d'inégalité dans leur humeur contrariante : si bien que ce n'est pas seulement l'Évangiie, mais encore le monde et la nature, qui nous imposent la loi des souffrances : il n'y a plus qu'à nous appliquer à en tirer tout le fruit qui se doit attendre d'un chrétien; et c'est ce qu'il faut vous montrer dans la seconde partie.

SECOND POINT

Lorsque nous verrons, Chrétiens, Jésus-Christ sortir du tombeau, couronné d'honneur et de gloire , la lumière d'immortalité qui rejaillira de ses plaies, et de là se répandra sur sou divin corps, nous fera sensiblement reconnoître les merveilleux avantages que produit le bon usage des afflictions. Toutefois Jésus ne veut point attendre ce jour pour nous apprendre cette vérité par expérience; et sans sortir de sa croix, il entreprend de nous montrer, par un grand exemple, quelles sont les consolations de ceux qui souffrent avec patience. Mais comme cet exemple de consolation ne peut nous être donné en sa personne sacrée, qui doit être au contraire jusqu'à la mort l'exemple d'un entier abandonnement, ce que l'ordre de ses mystères ne lui permet pas de nous montrer encore en lui-même, il nous le découvre, Messieurs, dans ce voleur pénitent auquel il inspire parmi les souffrances des sentiments d'une piété toute chrétienne, qu'il couronne aussitôt de sa propre bouche, par la promesse d'une récompense éternelle : « Hodie « mecum eris2 : » « Vous serez aujourd'hui avec moi. »

t. Serm. ceci, n. 7, tom. V, col. 1356. — 2. Luc. xxm, A3.

Je ne m'étendrai pas, Chrétiens, à vous prouver, par un long discours, que Dieu aime d'un amour particulier les âmes souffrantes. Pour ignorer cette vérité, ilfaudroit n'avoir aucune teinture des principes du christianisme : mais afin qu'elle vous profite en vos consciences, je tâcherai de vous faire entendre par les Écritures divines les causes de cet amour; et la première qui se présente à ma vue, c'est la contrition d'un cœur pénitent.

Il est certain, âmes saintes, qu'un cœur contrit et humilié, dans le souvenir de ses fautes, est un grand sacrifice à Dieu, et une oblation de bonne odeur, plus douce que tous les parfums. Mais ce sacrifice d'humiliation ne s'offre jamais mieux que dans les souffrances : car nous voyons par expérience qu'une âme dure et impénitente, qui durant ses prospérités n'a peut-être jamais pensé à ses crimes, commence ordinairement à se réveiller, à les confesser au milieu des afflictions; et la raison en est évidente : c'est qu'il y a dans le fond de nos consciences un certain sentiment secret de la justice divine, qui nous fait connoître manifestement, dans une lumière intérieure qui nous éclaire, que sous un Dieu si bon que le nôtre l'innocence n'a rien à craindre ; et qu'il lui est si naturel d'être bienfaisant à ses créatures, qu'il ne feroit jamais de mal à personne, s'il n'y étoit forcé parles crimes : de sorte que le pécheur obstiné, lequel, ébloui des faveurs du monde, ne pense plus à ses crimes, et parce qu'il n'y pense plus, s'imagine aussi que Dieu les oublie : a Oblitus est Deus'; » en même temps qu'il se sent frappé, il réveille en sa conscience ce sentiment endormi de la justice divine: et, touché de la crainte de ses jugements, il confesse avec amertume les désordres de sa vie passée.

C'est ce que fait à la croix notre voleur converti : il entend sor compagnon qui blasphème, et il s'étonne avec raison que la vengeance présente ne l'ait pas encore abaissé sous la justice divine. « Quoi! dit» il, étant condamné, la rigueur du tourment ne t'a pas encore appris à craindre Dieu! » « Neque tu times Deum, quod in eâdem damnaa tione es' ! » Voyez comme son supplice ramène à son esprit la crainte de Dieu et la vue de ses jugements : c'est ce qui lui fait humblement confesser ses crimes. <* Pour nous, continue ce saint patient, si nous sommes punis rigoureusement, nos crimes l'ont bien mérité : » « Et nos quidem digna factis recipimus3. » Voyez comme il s'humilie, somme il baise la main qui frappe, comme il reconnoît et comme il adore la justice qui le châtie. C'est là l'unique moyen de la changer en miséricorde : car notre Dieu, Chrétiens, qui ne se réjouit pas de la perdition des vivants, mais qui repasse sans cesse en son cœur les moyens de les convertir et de les réduire, ne nous frappe durant cette vie, qu'afin de nous abaisser sous sa main puissante par l'humiliation de la pénitence; et il est bien aise de voir que le respect que nous lui rendons, sous les premiers coups, l'empêche d'étendre son bras à la dernière vengeance. Eveillons-nous donc, mes chers Frères, dès les premières atteintes de la justice divine : prosternons-nous de-

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