Apolog., n
44 j SERMON SUR LES DEVOIRS
îieu de l'avertir qu'il est homme, je me sens bien plutôt pressé de le faire souvenir qu'il est Dieu. Il semble en effet qu'il l'a oublié. Le prophète et l'évangéliste concourent à nous montrer ce Roi d'Israël k monté, disent-ils, sur une ânesse, « « sedens super asinam. » Cnréliens, qui n'en rougiroit? est-ce là une entrée royale? est-ce là un appareil de triomphe? Est-ce ainsi, ô Fils de David, que vous montez lu trône de vos ancêtres et prenez possession de leur couronne? Toutefois arrêtons, mes Frères, et ne précipitons pas notre jugement. Ce Roi, que tout le peuple honore aujourd'hui par ses cris de réjouissance, ne vient pas pour s'élever au-dessus des hommes par l'éclat d'une vaine pompe; mais plutôt pour fouler aux pieds les grandeurs humaines : et les sceptres rejetés, l'honneur méprisé, toute la gloire du monde anéantie, font le plus grand ornement de son triomphe. Donc pour admirer cette entrée, apprenons avant toutes choses à nous dépouiller de l'ambition et à mépriser les grandeurs du monde. Ce n'est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à la cour, et nous avons besoin plus que jamais d'implorer le secours d'en haut par les prières de la sainte Vierge. « Ave, Maria. »
Jésus-Christ est roi par naissance; il est roi par droit de conquête; il- est encore roi par élection. 11 est roi par naissance , Vils de Dieu dans l'éternité, Fils de David dans le temps : il est roi par droit de conquête; et outre cet empire universel que lui donne sa toute-puissance, il a conquis par son sang, et rassemblé par sa foi, et policé par son Évangile, un peuple particulier, recueilli de tous les autres peuples du monde : enfin il est roi par élection; nous l'avons choisi par le saint baptême, et nous ratifions tous les jours un si digne choix par la profession publique du christianisme. Un si grand Roi doit régner : sans doute qu'une royauté si réelle et fondée sur tant de titres augustes ne peut pas être sans quelque empire. Il règne en effet par sa puissance dans toute l'étendue de l'univers ; mais il a établi les rois chrétiens pour être les principaux instruments de cette puissance : c'est à eux qu'appartient la gloire de faire régner Jésus-Christ; ils doivent le faire régner sur eux-mêmes, ils doivent le faire régner sur leurs peuples.
Dans le dessein que je me propose de traiter aujourd'hui ces deux vérités, je me garderai plus que jamais de rien avancer de mon propre sens. Que seroit-ce qu'un particulier qui se mêleroit d'enseigner les rois? Je suis bien éloigné de cette pensée : aussi on n'entendra de ma bouche que les oracles de l'Écriture, les sages avertissements des papes les sentences des saints évêques, dont les rois et les empereurs ont révéré la sainteté et la doctrine.
Et d'abord, pour établir mon sujet, j'ouvre l'Histoire sainte pour y lire le sacre du roi Joas1, fils du roi Joram. Une mère dénaturée et bien éloignée de celle dont la constance infatigable n'a eu de soin ni d'application que pour rendre à un fils illustre son autorité aussi entière qu'elle lui avait été déposée, avait dépouillé ce jeune prince, et
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usurpé sa couronne durant son bas âge. Mais le pontife et tes grand? ayant fait une sainte ligue pour le rétablir dans son trône, voici mot à mot, Chrétiens, ce que dit le texte sacré : « Imposuerunt eidiadema, a et testimonium, dederuntque in manu ejus tenendam legem * » a Ils produisirent le fils du roi devant tout le peuple : ils mirent sur sa tête le diadème et le témoignage; ils lui donnèrent la loi en sa main, et ils l'établirent roi : » Joïada, souverain pontife, fît la cérémonie de l'onction : toute l'assistance fit des vœux pour le nouveau prince, et on fit retentir le temple du cri de : « Vive le roi I » « imprecatique sunt ei, « et dixerunt : Vivat rex1 ! »
Quoique tout cet appareil soit merveilleux , j'admire sur toutes choses cette belle cérémonie de mettre la loi sur la tête et la Ici dans la main du nouveau monarque : car ce témoignage, que l'on met sur lui avec son diadème, n'est autre chose que la loi de Dieu, qui est un témoignage au prince pour le convaincre et le soumettre dans sa conscience, mais qui doit trouver dans ses mains une force qui exécute, se fasse craindre, et qui fléchisse les peuples par le respect de l'autorité.
Sire, je supplie Votre Majesté de se représenter aujourd'hui que Jésus-Christ Roi des rois, et Jésus-Christ souverain pontife, pour accomplir ces figures met son Évangile sur votre tête, et son Évangile en vos mains : ornement auguste et royal, digne d'un roi très-chrétien et du fils aîné de l'Église. L'Évangile sur votre tête vous donne plus d'éclat que votre couronne : l'Évangile en vos mains vous donne plus d'autorité que votre sceptre. Mais l'Évangile sur votre tête, c'est pour vous inspirer l'obéissance : l'Évangile en vos mains, c'est pour l'imprimer dans tous vos sujets. Et par là Votre Majesté voit assez, premièrement que Jésus-Christ veut régner sur vous; c'est ce que je montrerai dans mon premier point : et que par vous il veut régner sur vos peuples; mon second point le fera connottre, et c'est tout le sujet de ce discours.
PREMIER POINT
a Les rois régnent par moi, » dit la Sagesse éternelle : a Perme re- « ges régnant2; » et de là nous devons conclure non-seulement que les droits de la royauté sont établis par ses lois, mais que le choix des p'ersonnes est un effet de sa providence. Et certes il ne faut pas croire que le Monarque du monde, si persuadé de sa puissance et si jaloux de son autorité, endure dans son empire qu'aucun y ait le commandement sans sa commission particulière. Par lui tous les rois régnent; et ceux que la naissance établit, parce qu'il est le maître de la nature; et ceux qui viennent par choix, parce qu'il préside à tous les conseils; « et il n'y a sur la terre aucune puissance qu'il n'ait ordonnée: » « Non « est potestas, nisi ;i Deo, » dit l'oracle de l'Écrituie3.
Quand il veut faire des conquérants, il fait marcher devant eux