‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 150 sur 171 · Art. XT · texte numérisé non relu

Art. XT

marqués, il falloit qu'il vint à Rome plus illustre encore : Rome , le chef de l'idolâtrie aussi bien que de l'empire; mais Rome, qui, pour signaler le triomphe de Jésus-Christ, est prédestinée à être le chef de la religion et de l'Église, doit devenir par cette raison la propre Eglise de saint Pierre; et voilà où il faut qu'il vienne, par Jérusalem, et par Antioche.

Mais pourquoi voyons-nous ici l'apôtre saint Paul? le mystère en seroit long à déduire. Souvenez-vous seulement du grand partage où l'univers fut comme divisé entre Pierre et Paul; où Pierre chargé du tout en général par sa primauté, et par un ordre exprés chargé des Gentils qu'il avoit reçus en la personne de Cornélius le Centurion1, ne laisse pas, pour faciliter la prédication, de se charger du soin spécial des Juifs, comme Paul se chargea du soin spécial des Gentils2. Puisqu'il falloit partager, il falloit que le premier eût les aînés; que le chef, à qui tout se devoit unir, eût le peuple sur lequel le reste devoit être enté, et que le vicaire de Jésus-Christ eût le partage de Jésus-Christ même. Mais ce n'est pas encore assez; et il faut que Rome revienne au partage de saint Pierre : car encore que, comme chef de la gentilité. elle fût plus que toutes les autres villes comprise dans le partage de l'apôtre des Gentils, comme le chef de la chrétienté, il faut que Pierre y fonde l'Église : ce n'est pas tout; il faut que la commission extraordinaire de Paul expire avec lui à Rome, et que réunie à jamais, pour ainsi parler, à la chaire suprême de Pierre à laquelle elle étoit subordonnée, elle élève l'Eglise romaine au comble de l'autorité et de la gloire. Disons encore : quoique ces deux frères, saint Pierre et saint Paul, nouveaux fondateurs de Rome, plus heureux, comme plus unis, que ses deux premiers fondateurs, doivent consacrer ensemble l'Eglise romaine, quelque grand que soit saint Paul, en science, en dons spirituels, en charité, en courage, encore qu'il ait a travaillé plus que tous les autres apôtres3, » et qu'il paroisse étonné iui-même de ses grandes révélations* et de l'excès de ses lumières, il faut que la parole de Jésus-Christ prévale : Rome ne sera pas la chaire de saint Paul, mais la chaire de saint Pierre; c'est sous ce titre qu'elle sera plus assurément que jamais le chef du monde : et qui ne sait ce qu'a chanté le grand saint Prosper, il y a plus de douze cents ansk : a Rome, le siège de Pierre, devenue sous ce titre le chef de l'ordre pastoral dans tout l'univers, s'assujettit par la religion ce qu'elle n'a pu subjuguer par les armes? » Que volontiers nous répétons ce sacré cantique d'un Père de l'Église gallicane 1 c'est le cantique de la paix, où, dans la grandeur de Rome, l'unité de toute l'Église est célébrée.

Ainsi fut établie et fixée à Rome la chaire éternelle. C'est cette Église romaine qui, enseignée par saint Pierre et ses successeurs, ne connoît point d'hérésie. Les donatistes affectèrent d'y avoir un siège0, et crurent se sauver par ce moyen du reproche qu'on leur faisoit que

l. Act. x. — 2. Gai. ii, 7, 8, 9. — 3. / Cor. xv, 10. — h. II Cor. n, 7.

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