S. Opt. Mil., 1. II, n. k, pag. 29, edit
la chaire d'unité leur manquoit : mais la chaire de pestilenoâ ne put, subsister, ni avoir de succession auprès delà chaire de vérité. Les manichéens se cachèrent quelque temps dans cette Eglise' : les y découvrir seulement, a été les en bannir pour jamais. Ainsi les hérésies ont pu y passer, mais non pas y prendre racine. Que, contre la coutume de tous leurs prédécesseurs, un ou deux souverains pontifes, ou par violence, ou par surprise, n'aient pas assez constamment soutenu ou assez pleinement expliqué la doctrine de la foi, consultés de toute la terre, et répondant durant tant de siècles à toutes sortes de questions de doctrine, de discipline, de cérémonies, qu'une seule de leurs réponses se trouve notée par la souveraine rigueur d'un concile œcuménique, ces fautes particulières n'ont pu faire aucune impression dans la chaire de saint Pierre. Un vaisseau qui fend les eaux n'y laisse pas moins de vestiges de son passage. C'est Pierre qui a failli, mais qu'un regard de Jésus ramène aussitôt2; et qui, avant que le Fils de Dieu lui déclare sa faute future, assuré de sa conversion, reçoit l'ordre de « confirmer ses frères3 : » et quels frères? les apôtres, les colonnes mêmes : combien plus les siècles suivants ! Qu'a servi à l'hérésie des monothélites d'avoir pu surprendre un pape? l'anathème qui lui a donné le premier coup n'en est pas moins parti de cette chaire, qu'elle tenta vainement d'occuper; et le concile sixième ne s'en est pas écrié avec moins de force : « Pierre a parlé par Agathon4. » Toutes les autres hérésies ont reçu du même endroit le coup mortel. Ainsi l'Eglise romaine est toujours vierge; la foi romaine est toujours la foi de l'Eglise; on croit toujours ce qu'on a cru; la même voix retentit partout; et Pierre demeure dans ses successeurs le fondement des fidèles. C'est Jésus-Christ qui l'a dit; et le ciel et la terre passeront, plutôt que sa parole.
Mais voyons encore en un mot la suite de cette parole. Jésus-Christ poursuit son dessein; et après avoir dit à Pierre, éternel prédicateur de la foi : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église5, » il ajoute : « et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. » Toi qui as la prérogative de la prédication de la foi, tu auras aussi les clefs qui désignent l'autorité du gouvernement : « ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans le ciel; et ce que tu délieras sor la terre, sera délié dans le ciel. » Tout est soumis à ces clefs; tout, mes Frères, rois et peuples, pasteurs et troupeaux : nous le publions avec joie; car nous aimons l'unité, et nous tenons à gloire notre obéissance. C'est à Pierre qu'il est ordonné premièrement « d'aimer plus que tous les autres apôtres, » et ensuite « de paître » et gouverner tout, « et les agneaux et les brebis6, » et les petits et les mères, et les pasteurs mêmes : pasteurs à l'égard des peuples, et brebis à Pégaid de Pierre, ils honorent en lui Jésus-Christ, confessant aussi qu'avec raison on lui demande un plus grand amour, puisqu'il a plus de dignité aveo
i. S. Léo., serm. xli, c. v. — 2. Luc. xxn, 61, — 3. Ibid., 32
4. Conc. Cont. ni, gen. vi -, Serm. acclam. ad Imp., Act. xvnr, tom, VI, Conc. col 1053.