‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 155 sur 171 · Apoc. h, 5. — 2. Ps. ii. — 3. Tertull., Apolog., n · texte numérisé non relu

Apoc. h, 5. — 2. Ps. ii. — 3. Tertull., Apolog., n

504 SEHMON SUR L'UNITÉ

hêmias réformer le peuple avec un Esdras. Mais la Synagogue, dont les promesses sont terrestres, commence par la puissance et par les armes : l'Église commence par la croix et par les martyres; fille du ciel, il faut qu'il paroisse qu'elle est née libre et indépendante dans son état essentiel, et ne doit son origine qu'au Père céleste. Quand après trois cents ans de persécution, parfaitement établie et parfaitement gouvernée durant tant de siècles, sans aucun secours humain, il paroîtra clairement qu'elle ne tient rien de l'homme : Venez maintenant, ô césars, il est temps : « Et nunc intelligite. » Tu vaincras, ô Constantin, et Rome te sera soumise ; mais tu vaincras par la croix : Rome verra la première ce grand spectacle; un empereur victorieux prosterné devant le tombeau d'un pêcheur, et devenu son disciple.

Depuis ce temps-là, Chrétiens, l'Eglise a appris d'en haut à se servir des rois et des empereurs pour faire mieux servir Dieu; « pour élargir, disoit saint Grégoire ', les voies du ciel; » pour donner un cours plus libre à l'Évangile, une force plus présente à ses canons, et un soutien plus sensible à sa discipline. Que l'Église demeure seule, ne craignez rien; Dieu est avec elle, et la soutient au dedans : mais les princes religieux lui élôvent par leur protection ces invincibles dehors qui la font jouir, disoit un grand pape2, d'une douce tranquillité, à l'abri de leur autorité sacrée.

Mais parlons toujours comme il faut de l'Épouse de Jésus-Christ : l'Église se doit à elle-même et à ses services toutes les grâces qu'elle a reçues des rois de la terre. Quel ordre, quelle compagnie, quelle armée, quelque forte, quelque fidèle et quelque agissante qu'elle soit, les a mieux servis que l'Église a fait par sa patience? Dans ces cruelles persécutions qu'elle endure sans murmurer durant tant de siècles, en combattant pour Jésus-Christ, j'oserai le dire, elle ne combat guère moins pour l'autorité des princes qui la persécutent : ce combat n'est pas indigne d'elle, puisque c'est encore combattre pour l'ordre de Dieu. En effet n'est-ce pas combattre pour l'autorité légitime, que d'en souffrir tout sans murmure ? Ce n'étoit point par foiblesse ; qui peut mourir n'est jamais foible : mais c'est que l'Église savoit jusques où il lui étoit permis d'étendre sa résistance. * Nondum usque ad san- « guinem restitistis : » « Vous n'avez pas encore résisté jusques au sang, » disoit l'Apôtre 3 : jusques au sang; c'est-à-dire jusqu'à donner le sien, et non pas jusqu'à répandre celui des autres. Quand on la veut forcer de désavouer ou de taire les vérités de l'Évangile, elle ne peut que dire avec les apôtres : a Non possumus, non possumus 4 : » Que pré tendez -vous? « Nous ne pouvons pas; » et en même temps découvrir le sein où l'on veut frapper : de sorte que le même sang qui rend témoignage à l'Évangile, le même sang le rend aussi à cette vérité : que nul prétexte ni nulle raison ne peut autoriser les révoltes; qu'il faut révérer l'ordre du ciel, et le caractère du Tout-Puissant dans tous

1. S, Greg., Epist. lib. III, epist, lxv, ad Maùric. Aug., t. II, col. 676.

2. Innoc. II, ep. Il, t. XV; Conc, col, 94c-, Conc. Àquis. u, t. II-, Conc Gall., pag. 576.

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