‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 156 sur 171 · Heb. xn, 4. — 4. Act. ix · texte numérisé non relu

Heb. xn, 4. — 4. Act. ix

les princes , quels qu'ils soient ; puisque les plus beaux temps de l'Église nous le font voir sacré et inviolable, même dans les princes persécuteurs de l'Evangile. Ainsi leur couronne est hors d'atteinte : l'Église leur a érigé un trône dans le lieu le plus sûr de tous et le plus inaccessible, dans la conscience même où Dieu a le sien; et c'est Jà le fondement le plus assuré de la tranquillité publique.

Nous leur dirons donc sans crainte, même en publiant leurs bienfaits, qu'il y a plus de justice que de grâce dans les privilèges qu'ils accordent à l'Église; et qu'ils ne pouvoient refuser de lui faire part de quelques honneurs de leur royaume, qu'elle prend tant de soin de leur conserver. Mais confessons en même temps qu'au milieu de tant d'ennemis, de tant d'hérétiques, de tant d'impies, de tant de rebelles qui nous environnent, nous devons beaucoup aux princes qui nous mettent à couvert de leurs insultes; et que nos mains désarmées, que nous ne pouvons que tendre au ciel, sont heureusement soutenues par leur puissance.

Il le faut avouer, Messieurs, notre ministère* est pénible : s'opposer aux scandales, au torrent des mauvaises mœurs, et au cours violent des passions qu'on trouve toujours d'autant plus hautaines qu'elles sont plus déraisonnables; c'est un terrible ministère, et on ne peut l'exercer sans rigueur. C'est ce que nos prédécesseurs, assemblés dans les conciles de Thionville et de Meaux, appellent « la rigueur du salut des hommes, » <r rigorem salutis humanœ '. » L'Église assemblée dan-j ces conciles demande l'assistance des rois, pour exercer plus facilement cette rigueur salutaire au genre humain; et convaincue par expérience du besoin qu'elle a de leur protection pour aider les âmes infirmes, c'est-à-dire, le plus grand nombre de ses enfants, elle ne se pFive qu'avec peine de ce secours : de sorte que la concorde du sacerdoce et de l'empire , dans le cours ordinaire des choses humaines, est un des soutiens de l'Eglise, et fait partie de celte unité qui la rend si belle.

Car qu'y a-t-il de plus beau que d'entendre un saint empereur dire à un saint pape : « Je ne vous puis rien refuser, puisque je vous dois tout en Jésus-Christ : » « Nihil tibi negare possum, cui per Deum a omnia debeo 2. » « Tout ce que votre autorité paternelle a réglé dans son concile pour le rétablissement de l'Église, je le loue, je l'approuve, je le confirme comme votre fils; je veux qu'il soit inséré parmi les lois, qu'il fasse partie du droit public, et qu'il vive autant que l'Église, » « et in aeternum mansura, et humanis solemniter le- « gibus inscribenda, et inter publica jura semper recipienda hac auc- « toritate, vivente Ecclesia, victura : » ou d'entendre un roi pieux dans un concile; c'étoit un roi d'Angleterre : ah! nos entrailles s'émeuvent à ce nom, et l'Église toujours mère ne peut s'empêcher dans ce souvenir de renouveler ses gémissements et ses vœux ; passons et écoutons ce saint roi, ce nouveau David dire au clergé assemblé :

1. Conc. ad Theodonvil., can. 6; Co'ïc. Gai., torn. III, p. 16; Conc. Meld can. 12, ibid., pag. 35.

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