‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 162 sur 171 · Rom. vu · texte numérisé non relu

Rom. vu

2. Cap. iv Car. M., an. 806-, Baluz , t. I, p. 450; Cap. ap. Theod., De kon. Episc. et tel. Sacerd. ; ibid., p. 438. Coll. Anseg., lib. VI, c. ccxlix, ibid., p. 965. Conc. Arel. xi, sub Car. M., can. 13, i. TI Conc. Gall., p. 271; Capit. Car. M.. an. 813; Baluz., t. I, p. 503.

pour l'État, deux choses qu'on verroit toujours inséparables dans tous ses desseins. France, tu vivras par ces maximes, et rien ne sera plus inébranlable qu'un royaume uni si étroitement à l'Eglise que Dieu soutient! Combien devons-nous chérir un prince, qui unit tous ses intérêts à ceux de l'Eglise ! n'est-il pas notre consolation et notre joie, lui qui réjouit tous les jours le ciel et la terre par tant de conversions? pouvons-nous n'être pas touchés, pendant que par son secours nous ramenons tous les jours un si grand nombre de nos enfants dévoyés ! et qui ressent plus de joie de leur changement que l'Eglise romaine leur mère commune, qui dilate son sein pour les recevoir? La main de Louis étoit réservée pour achever de guérir les plaies de l'Eglise. Déjà celles de l'épiscopat ne nous paroissent plus irrémédiables. Outre cent arrêts favorables; sous les auspices d'un prince qui ne veut que voir la raison pour s'y soumettre, on ouvre les yeux : on ne lit plus les canons et les décrets des saints Pères par pièces et par lambeaux, pour nous y tendre des pièges; on prend la suite des antiquités ecclésiastiques : et si on entre dans cet esprit, que verra-t-on à toutes les pages, que des monuments éternels de notre autorité sacrée?

a Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes quand nous parlons de cette sorte; mais nous prêchons Jésus-Christ qui nous a établis ses ministres, et nous prêchons tout ensemble que nous sommée en Jésus- Christ dévoués à votre service1. » Car qu'est-ce que l'épiscopat, si ce n'est une servitude que la Charité nous impose pour sauver les âmes? et qu'est-ce que soutenir l'épiscopat, que soutenir la foi et la disciplirte ? Il ne faut donc pas s'étonner si Louis, qui aime et honore l'Église, aime et honore notre ministère apostolique. Que tarde un si saint pape à s'unir intimement au plus religieux de tous les rois? Un pontificat si saint et si désintéressé ne doit être mémorable que par la paix, et par les fruits de la paix, qui seront, j'ose le prédire, l'humiliation des infidèles, la conversion des hérétiques, et le rétablissement de la discipline. Voilà l'objet de nos vœux; et s'il falloit sacrifier quelque chose à un si grand bien> craindroit-on d'en être blâmé?

TROISIÈME POINT

C'a toujours été dans l'Église un commencement de paix, que d'assembler les évêques orthodoxes. Jésus-Christ est l'auteur de la paix, Jésus-Christ est la paix lui-même : nous ne sommes jamais plus assurés d'être assemblés en son nom, ni par conséquent de l'avoir, selon sa promesse, au milieu de nous, que lorsque nous sommes assemblés pour la paix; et nous pouvons dire avec un ancien pape5, « que nous sommes véritablement ambassadeurs pour Jésus-Christ, quand nous travaillons à la paix de l'Église : » a Pro Christo legatione fungimur, « cum paci Ecclesiae studium impendere procuramus. » L'épiscopat^ qui est un, aime à s'unir : c'est en s'unissant qu'il se purifie, c'est eu s'unissant qu'il se règle, c'est en s'unissant qu'il se réforme, mais su\-

i. II Cor. ni, 6; iv, 5. — 2. joan. VIII, epist. lxxx, t. IX Conc, col. 66.

tout c'est en s'unissant qu'il attire dans son unité le Dieu de la paix, et « les apôtres étoient assemblés, » dit l'évangéliste', quand Jésus- Christ leur vint dire, ce qu'ils disent ensuite à tout le peuple : « Pax a vobis : » « La paix soit avec vous. »

Saint Bernard, l'ange de paix, voyant un commencement de division entre l'Église et l'État, écrivit à Louis VII : « Il n'y a rien de plus nécessaire que d'assembler les évêques en ce temps : » et une des raisons qu'il en apporte, c'est, dit-il à ce sage prince *; que a s'il est sorti de la rigueur de l'autorité apostolique quelque chose dont Votre Majesté se trouve offensée, vos fidèles sujets travailleront à faire qu'il soit révoqué ou adouci, autant qu'il le faut pour votre honneur. »

Et pour ce qui est de la discipline, quand nous la voyons blessée, nous nous assemblons pour proposer les canons, bornes naturelles de la puissance ecclésiastique, qu'elle se fait elle:même par son exercice. Le saint-siége aime cette voie; le langage des canons est son langage naturel, et, à la louange immortelle de cette Eglise, il n'y a rien de plus répété dans ses Décrétâtes, ni rien de mieux établi dans sa pratique, que la loi qu'elle se fait d'observer et de faire observer les saints canons.

Les exemples nous feront mieux voir le succès de ces saintes assemblées. On rapporta dans un concile de la province de Lyon un privilège de Rome, qu'on crut contre l'ordre. Nos pères dirent aussitôt, selon leur coutume : a Relisant le saint concile de Chalcédoine, et les sentences de plusieurs autres Pérès authentiques, le saint concile a résolu que ce privilège ne pouvoit subsister, puisqu'il n'étoit pas conforme mais contraire aux constitutions canoniques 3. »

Vous reconnoissez dans ces paroles l'ancien style de l'Église : ce concile est pourtant de l'onzième siècle; afin que vous voyiez dans tous les temps la suite de nos traditions, et la conduite toujours uniforme de l'Église gallicane. Elle ne s'élève pas contre Le saintsiégo; puisqu'elle sait au contraire qu'un siège qui doit régler tout l'univers, n'a jamais intention d'affoiblir la règle : mais comme dans un si grand siège, où un seul doit répondre à toute la terre, il peut échapper quelque chose même à la plus grande vigilance; on y doit d'autant plus prendre garde, que ce qui vient d'une autorité si éminente pourroit à la fin passer pour loi, ou devenir un exemple pour la postérité.

C'est pourquoi dans ces occasions toutes les Églises, mais principalement celle de France, ont toujours représenté au saint-siége avec un profond respect, ce qu'ont réglé les canons. Nous en avons un bel exemple dans le second concile de Limoges, qui est encore de l'onzième siècle. On s'y plaignit d'une sentence donnée par surprise, et contre l'ordre canonique, par le pape Jean XVIII 4. Nos prédécesseurs

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