‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 22 sur 171 · IV Reg., v. S. — 2. Ibid., vi · texte numérisé non relu

IV Reg., v. S. — 2. Ibid., vi

munication qu'il donne de sa puissance à ses bons amis, je ne m'étonne pas, Chrétiens, si les fidèles de Jésus-Christ ont eu tant de confiance en lui durant sa vie, ni si elle dure encore, et a pris de nouvelles forces après sa mort. Je ne m'étonne pas de voir sa mémoire singulièrement honorée par la dévotion publique, son ordre révéré par toute l'Église, et les temples qui portent son nom, et sont consacrés à sa mémoire, fréquentés avec grand concours par tous les fidèles.

Mais ce qui m'étonne, mes Frères, ce que je ne puis vous dissimuler, ce que je voudrois pouvoir dire avec tant de force que les cœurs les plus durs en fussent touchés, c'est lorsqu'il arrive que ces mêmes temples, où la mémoire de François de Paule, où les bons exemples de ses religieux, enfin, pour abréger ce discours, où toutes choses inspirent la dévotion, deviennent le théâtre de l'irrévérence de quelques particuliers audacieux. Je n'accuse pas tout le monde, et je ne doute pas, au contraire, que cette église ne soit fréquentée par des personnes d'une piété très-recommandable. Mais qui pourroit souffrir sans douleur, que sa sainteté soit déshonorée par les désordres de ceux qui, ne respectant ni Dieu ni les hommes, la profanent tous les jours parleurs insolences ? Que s'il y avoit dans cet auditoire quelquesuns de cette troupe scandaleuse, permettez-moi de leur demander, que leur a fait ce saint lieu qu'ils choisissent pour le profaner par leurs paroles, par leurs actions, par leurs contenances impies; que leur ont fait ces religieux, vrais enfants et imitateurs du grand saint François de Paule : et leur vie a-t-elle mérité, au milieu de tant de travaux que leur fait subir volontairement leur mortification et leur pénitence, qu'on leur ajoute encore cette peine, qui est la seule qui les afflige, de voir mépriser à leurs yeux le maître qu'ils servent?

Mais laissons les hommes mortels, et parlons des intérêts du Sauveur des âmes. Que leur a fait Jésus-Christ qu'ils viennent outrager jusque dans son temple? Pendant que le prêtre est saisi de crainte, dans une profonde considération des sacrements dont il est ministre; pendant que le Saint-Esprit descend sur l'autel pour y opérer les sacrés mystères, que les anges les révèrent, que les démons tremblent, que les âmes saintes et pieuses de nos frères qui sont décédés attendent leur soulagement des saints sacrifices : ces impies discourent aussi librement, que si tout ce mystère étoit une fable. D'où leur vient cette hardiesse devant Jésus-Christ? est-ce qu'ils ne le connoissent pas, parce qu'il se cache; ou qu'ils le méprisent, parce qu'il se tait? Vive le Seigneur tout-puissant, en la présence duquel je parle : ce Dieu qui se tait maintenant, ne se taira pas toujours; ce Dieu qui se tient maintenant caché, saura bien quelque jour paroître pour leur confusion éternelle J'ai cru que je ne devois pas quitter cette chaire, sans leur donner ce charitable avertissemerit. C'est honorer saint François de Paule que de travailler, comme nous pouvons, à purger son église db ces scandaleux; et je les exhorte, en Notre-Seigneur, de profiter de cette instruction, s'ils ne veulent être regardés comme des profanateurs publics de tous les mystères du christianisme. Mais après leur avoir parlé je retourne à vous, Chrétiens, qui venei

en ce temple pour adorer Dieu, et pour y écouter sa sainte parole. Que vous dirai-je aujourd'hui, et par où conclurai-je ce dernier discours?' Ce sera par ces beaux mots de l'apôtre : « Deus autem spei « repleat vos gaudio etpace in credendo.utabundetis in spe et virtute « Spiritus sancti ' : » a Que le Dieu de mon espérance vous remplisse de joie et de paix, en croyant à la parole de son Évangile; afin que vous abondiez en espérance, et en la vertu du Saint-Esprit. » C'est l'adieu que j'ai à vous dire : nos remercîments sont des vœux; nos adieux, des instructions et des prières. Que ce grand Dieu de notre espérance, pour vous récompenser de l'attention que vous avez donnée à son Évangile, vous fasse la grâce d'en profiter. C'est ce que je demande pour vous : demandez pour moi réciproquement, que je puisse tous les jours apprendre à traiter saintement et fidèlement la parole de vérité; que, non-seulement je la traite, mais que je m'en nourrisse et que j'en vive. Je vous quitte avec ce mot; et ce ne sera pas néanmoins sans vous avoir désiré 4 tous, dans toute l'étendue de mon cœur, la félicité éternelle, au Jom du Père, et du Fils et du Saint- Esprit, a Amen. »

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