‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 36 sur 171 · Rom. vu, ii · texte numérisé non relu

Rom. vu, ii

sion bienheureuse, non point dans l'obscurité des discours humains, mais dans la lumière claire et pénétrante de sa vérité infinie; mais comme elle pense se jeter à lui , charmée de ses beautés immortelles; aussitôt il lui fait connoître qu'il la veut encore retenir au monde. Qu'est-ce à dire ceci, ô grand Dieu? est-il digne de votre bonté d tourmenter ainsi un cœur qui vous aime? Si vous inspirez ces désirs, pourquoi refusez-vous de les satisfaire? Ou ne la tirez pas avec tan de force, ou permettez-lui de vous suivre. Ne voyez-vous pas, ô Épouj céleste, qu'elle ne sait à quoi arrêter son choix ? Vous l'appelez, vous la repoussez : si bien que, pendant qu'elle court à vous, elle se déchira elle-même; et son âme ensanglantée par la violence de ces mouvements opposés, que vous la forcez de souffrir, ne trouve plus de consolation. En cet état, où vous la mettez, n'a-t-elle pas raison de vous dire : « Quare posuisti me contrarium tibi ' ? » Dans les désirs que vous m'inspirez, c'est qui vous me rendez contraire à vous-même? Ou qu'une autre main l'attire, ou qu'une autre main la retienne.

O merveille des desseins de Dieu ! ô conduite impénétrable de ses jugements dans l'opération de sa grâce ! « Quis loquetur potentias Do- « mini, auditas faciet omnes laudes ejus:? » Qui nous expliquera ce mystère? qui nous dira les moyens secrets par lesquels le Saint-Esprit purifie les cœurs ? Il sait bien que dans ces combats, dans ces mystérieuses contrariétés, il s'allume un feu dans les âmes qui les rend tous les jours plus pures. Il fait naître de saints désirs; et il se plaît de les enflammer, en différant de les satisfaire. Il se plaît à regarder du plus haut des cieux que Thérèse meurt tous les jours, parce qu'elle ne peut oas mourir une fois : ~ Quotidie morior3, » dit le saint Apôtre, et il reçoit tous les jours mille sacrifices, en retardant le dernier. Mais je passe encore plus loin : pourrai-je bien dire ce que je pense? 11 voit que, par un secret merveilleux, elle se détache d'autant plus du corps, qu'elle a plus de peine à s'en détacher; et que dans l'effort qu'elle fait pour s'en séparer tout entière, elle le fuit d'autant plus qu'elle s'y sent plus longtemps et plus violemment retenue. C'est pourquoi si a violence de ses désirs ne peut rompre les liens du corps, ils en éteignent tous les sentiments, ils en mortifient tous les appétits : elle ne vit plus pour la chair; et enfin elle devient tous les jours et plus libre, et plus dégagée par cette perpétuelle agitation, comme un oiseau qui battant des ailes secoue l'humidité qui les rend pesantes, ou dissipe le froid qui les engourdit : si bien que, portée par ces saints désirs, elle paroît détachée du corps pour vivre et converser avec les anges : a Nos- « tra conversatio in cœlis est. »

Heureuses mille et mille fois les âmes qui désirent ainsi Jésus-Christ I Mais cependant ses ardeurs s'augmentent, et ce feu si vif et si agissant ne peut plus être retenu sous la cendre d'une chair mortelle. Cette divine maladie d'amour prenant tous les jours de nouvelles forces, elle ne peut plus supporter la vie. Chaste Époux qui l'avez blessée, que tardez-vous à la mettre au ciel, où elle s'élève par de saints désirs, et

l. Job vn, '20. - 2. Ps. cv, 2 — 3. / Cor xv. 3t.

où elle semble déjà transportée par la meilleure partie d'elle-même? ou, s'il vous plaît qu'elle vive encore, quel remède trouverez-vous à ses peines? La mort? mais il vous plaît de la différer, pour élever sa perfection à l'état glorieux et suréminent que votre providence a marqué pour elle. L'espérance? mais elle la tue; parce qu'en lui disant qu'elle vous verra, elle lui dit aussi dans le même temps qu'elle n'est pas encore avec vous. Que ferez-vous donc, ô Sauveur, et de quoi soutiendrez-vous votre amante, dont le cœur languit après vous? Chrétiens, il sait le secret de lui faire trouver du goût dans la vie. Quel secret? secret merveilleux. Il lui enverra des afflictions; il éprouvera son amour par de continuelles souffrances : secret étrange, selon le monde; mais sage, admirable, infaillible, selon les maximes de l'Évangile. C'est par où je m'en vais conclure.

TROISIÈME POINT

La langueur de sainte Thérèse ne peut donc plus être soutenue que par des souffrances; et dans l'ennui qu'elle a de la vie, elle ne trouve point de consolation que dédire continuellement à son Dieu : Seigneur, « ou souffrir, ou mourir : » a Aut pati, aut mori. » Il est digne de votre audience de comprendre solidement toute la force de cette parole; et quand je vous en aurai découvert le sens, vous confesserez avec moi qu'elle enferme comme en abrégé toute la doctrine du Fils de Dieu, et tout l'esprit du christianisme. Mais observez avant toutes choses la merveilleuse contrariété des inclinations naturelles, et de celles que la grâce inspire.

La première inclination que la nature nous donne, c'est sans doute l'amour de la vie; la seconde, qui la suit de près ou qui peut-être est encore plus forte, c'est l'amour des plaisirs du monde, sans lesquels la vie seroit ennuyeuse. Car, mes Frères, il est véritable : quelque amour que nous ayons pour la vie, nous ne la pourrions supporter si elle n'avoit des contentements; et jugez-en par expérience. Combien longues, combien ennuyeuses vous paroissent ces tristes journées que vous passez sans aucun plaisir de conversation ou de jeu, ou de quelque autre divertissement! ne vous semble-t-il pas alors, si je puis parler de la sorte, que les jours sont durs et pesants : « Pondus diei ; » c'est ce qui s'appelle le poids du jour : c'est pourquoi ils vous sont à charge, et vous ne pouvez supporter ce poids. Au contraire est-il rien qui aille plus vite ni qui s'écoule, s'échappe et vole plus légèrement que le temps passé parmi les délices? De là vient que le roi mourant, auquel Isaïe rendit la santé, se plaint qu'on tranche le cours de sa vie lorsqu'il ne faisoit que la commencer : a Dum adhuc ordirer, succidit me : * de mane usque ad vesperam finies me ' : » a Je finis lorsque je commence, et ma vie s'est achevée du matin au soir ! » Que veut dire ce prince malade : il avoit près de quarante ans; cependant il s'imagine qu'il ne fait que de naître, et il ne compte encore qu'un jour de son

{. Is. xxx vin, 12.

âge? C'est que sa vie passée dans le luxe, dans le plaisir du commandement et dans une abondance royale, ne lui faisoit presque point sentir sa durée, tant elle couloit doucement. Je vous parle ici, Chrétiens, dans le sentiment des hommes du monde, qui ne vivent que pour les plaisirs; et c'est afin que vous compreniez quelle étrange renversement des inclinations naturelles apporte l'esprit du christianisme dans les âmes qui en sont remplies : et voyez-le par l'exemple de sainte Thérèse.

Les afflictions, les douleurs aiguës, ce cruel amas de maux et de peines sous lequel elle paroît accablée, et qui pourroit contraindre les plus patients à appeler la mort au secours ; c'est ce qui lui fait désirer de vivre : et au lieu que la vie est amère aux autres, si elle n'est adoucie par les voluptés, elle n'est amère à Thérèse que lorsqu'elle y jouit de quelque repos. Qui lui donne ces désirs étranges? d'où lui viennent ces inclinations si contraires à la nature? En voici la raison solide : c'est qu'il n'est rien de plus opposé que de vivre selon la nature, et de vivre selon la grâce : c'est, comme dit l'apôtre saint Paul1, qu'elle n'a pas reçu l'esprit de ce monde, mais un esprit victorieux du monde; c'est que, pleine de Jésus-Christ, elle veut vivre selon Jésus -Christ. Ce Jésus, ce divin Sauveur, n'a vécu que pour endurer; et il m'est aisé de vous faire voir, par les Ecritures divines, qu'il n'a voulu étendre sa vie qu'autant de temps qu'il falloit souffrir. Entendez donc encore cette vérité, par laquelle j'achèverai ce discours, et qui en fera tout le fruit.

Je ne m'étonne pas, Chrétiens, que Jésus ait voulu mourir : il devoit ce sacrifice à son Père, pour apaiser sa juste fureur, et le rendre propice aux hommes. Mais qu'étoit-il nécessaire qu'il passât ses jours, et ensuite qu'il les finît par tant de maux? C'est pour la raison que j'ai dite. Etant l'homme de douleurs, comme l'appeloit le prophète 2, il n'a voulu vivre que pour endurer; ou, pour le dire plus fortement par un beau mot de Tertullien, il a voulu se rassasier, avant que de mourir, par la volupté de la patience : a Saginari voluptate patientiae a discessurus volebat 3. » Voilà une étrange façon de parler. Ne di riezvous pas, Chrétiens, que, selon le sentiment de ce Père, toute la vie du Sauveur étoit un festin, dont tous les mets étoient des tourments? Festin étrange, selon le siècle, mais que Jésus a jugé digne de son goût. Sa mort suffisiot pour notre salut; mais sa mort ne suffisoit pas à ce merveilleux appétit qu'il avoit de souffrir pour nous. 11 a fallu y joindre les fouets, et cette sanglante couronne qui perce sa tête, et tout ce cruel appareil de supplices épouvantables : et cela pour quelle raison? C'est que ne vivant que pour endurer, il vouloit se rassasier, avant que de mourir, de la volupté de souffrir pour nous : « Saginari a voluptate patientiae discessurus volebat. »

Mais pour vous convaincre plus clairement de la vérité que je prêche, regardez ce que fait Jésus à la croix. Ce Dieu avide de souffrir pour l'homme, tout épuisé, tout mourant qu'il est, considère que les

l. I Cor. n, 12. —9. Uai. un, H 3 Me rahmt-, u. 3.

prophéties lui promettent encore un breuvage amer dans sa soif : il le demande avec un grand cri; et après cette aigreur et cette amertume dont le Juif impitoyable arrose sa langue, que fait-il? Il me semble qu'il se tourne du côté du ciel. Eh bien, dit-il, ô mon Père, ai-je bu tout le calice que votre providence m'avoit préparé? ou bien, reste- t-il quelque peine qu'il soit nécessaire que j'endure encore? Donnez, je suis prêt, ô mon Dieu! « Paratum cor meum, Deus, paratum cor a. meum '. » Je veux boire tout le calice de ma passion, et je n'en veux pas perdre une seule goutte. Là, voyant dans ses décrets éternels qu'il n'y a plus rien à souffrir pour lui : Ah! dit-il, c'en est fait, a tout est consommé, » « Consummatum est2 : » sortons, il n'y a plus rien à faire en ce monde; et aussitôt il rendit son âme à son Père. Et par là ne paroît-il pas, Chrétiens, qu'il ne vit que pour endurer, puisque, lorsqu'il aperçoit la fin des souffrances, il s'écrie : Tout est achevé, et qu'il ne veut plus prolonger sa vie.

Tel est l'esprit du Sauveur Jésus, et c'est lui qui l'a répandu sur Thérèse sa pudique épouse. Elle veut aussi souffrir ou mourir; et son amour ne peut endurer qu'aucune cause retarde sa mort, sinon celle qui a différé la mort du Sauveur. Chrétiens, échauffons nos cœurs par la vue de ce grand exemple, et apprenons de sainte Thérèse qu'il nous faut nécessairement souffrir ou mourir. Et un chrétien en peut-il douter? Si nous sommes de vrais chrétiens, ne devons-nous pas désirer d'être toujours avec Jésus-Christ? Or, mes Frères, où le trouvet-on cet aimable Sauveur de nos âmes ? En quel lieu peut-on l'embrasser? On ne le trouve qu'en ces deux lieux : dans sa gloire ou dans ses supplices, sur son trône ou bien sur sa croix. Nous devons donc, pour être avec lui, ou bien l'embrasser dans son trône, et c'est ce que nous donne la mort; ou bien nous unir à sa croix, et c'est ce que nous avons par les souffrances; tellement qu'il faut souffrir ou mourir, afin de ne quitter jamais le Sauveur. Et quand Thérèse fait cette prière : Que je souffre, ou bien que je meure, c'est de même que si elle eût dit : A quelque prix que ce soit, je veux être avec Jésus-Christ. S'il ne m'est pas encore permis de l'accompagner dans sa gloire, je le suivrai du moins parmi ses souffrances, afin que n'ayant pas le bonheur de le contempler assis dans son trône, j'aie du moins la consolation de l'embrasser pendu à sa croix.

Souffrons donc, souffrons, Chrétiens, ce qu'il plaît à Dieu de nous envoyer, les afflictions et les maladies, les misères et la pauvreté, les injures et les calomnies; tâchons de porter d'un courage ferme telle partie de sa croix dont il lui plaira de nous honorer. Quoique tous nos sens y répugnent, il est doux de souffrir avec Jésus-Christ, puisque ces souffrances nous font espérer la société de sa gloire; et cette pensée doit fortifier ceux qui vivent dans la douleur et l'affliction.

Mais pour vous, fortunés du siècle, à qui la faveur, les richesses, te crédit et l'autorité fait trouver la vie si commode et qui, dans cet

i. Psal. cvn, 2. — 2. Joan. xix, 30.

état paisible, semblez être exempts des misères qui affligent les autres hommes, que vous dirai-je aujourd'hui, et quelle croix vous laisserai-je en partage? Je pourrois vous représenter que peut-être ces beaux jours passeront bien vite, que la fortune n'est pas si constante qu'on ne voie aisément finir ses faveurs, ni la vie si abondante en plaisir qu'elle n'en soit bientôt épuisée. Mais avant ces grands changements, au milieu des prospérités, que ferez-vous, que souffrirez-vous pour porter la croix de Jésus? Abandonner les richesses, macérer le corps? Non, je ne vous dis pas, Chrétiens, que vous abandonniez vos richesses, ni que vous macériez vos corps par de longues mortifications : heureux ceux qui le peuvent faire dans l'esprit de la pénitence ! mais tout le monde n'a pas ce courage. Jetez, jetez seulement les yeux sur \es pauvres membres de Jésus-Christ, qui étant accablés de maux ne trouvent point de consolations. Souffrez en eux, souffrez avec eux, descendez à leur misère par la compassion, chargez-vous volontairement d'une partie des maux qu'ils endurent; et leur prêtant vos mains charitables, aidez-leur à porter la croix, sous la pesanteur de laquelle vous les voyez suer et gémir. Prosternez-vous humblement aux pieds de ce Dieu crucifié; dites-lui, honteux et confus : Puisque vous ne m'avez point jugé digne de me faire part de votre croix, permettez du moins, ô Sauveur, que j'emprunte celle des autres, et que je la puisse porter avec eux : donnez-moi un cœur tendre, un cœur fraternel, un cœur véritablement chrétien, par lequel je puisse sentir leurs douleurs, et participer du moins de la sorte aux bénédictions de ceux qui souffrent.

Madame,

Permettez-moi de vous dire, avec le respect d'un sujet et la liberté d'un prédicateur, que cette instruction salutaire regarde principalement Votre Majesté. Nous répandons tous les jours des vœux pour sa gloire et pour sa grandeur : nous prions Dieu, avec tout le zèle que notre devoir nous peut inspirer, que sa main ne se lasse pas de verser ses bienfaits sur elle; et afin que votre joie soit pleine et entière, qu'il fasse que ce grand Roi votre fils, à mesure qu'il s'avance en âge, devienne tous les jours plus cher à ses peuples, et plus redoutable à ses ennemis. Mais parmi tant de prospérités, nous ne croyons pas être criminels, si nous lui souhaitons aussi des douleurs. J'entends, Madame, ces douleurs si saintes, qui saisissent les cœurs chrétiens à la vue des afflictions, et leur font sentir les misères des pauvres membres du Fils de Dieu. Votre Majesté les ressent, Madame; toute la France a vu des marques de cette bonté qui lui est si naturelle. Mais, Madame, ce n'est pas assez; tâchez d'augmenter tous les jours ces pieuses inquiétudes qui travaillent Votre Majesté en faveur des misérables. Dans ce secret, dans cette retraite où les heures vous semblent si douces, parce que vous les passez avec Dieu, affligez-vous devant lui des longues souffrances de la chrétienté désolée, et surtout des peuples qui vous sont soumis ; et pendant que vous formez de saintes

résolutions d'y apporter le soulagement que les affaires pourront permettre; pendant que notre victorieux monarque avance tou?. les jours l'ouvrage de la paix par ses victoires, et par cette vie agissante à laquelle il s'accoutume dès sa jeunesse : attirez-la du ciel par vos vœux; et pour récompense de ces douleurs que la charité vous inspirera, puissiez-vous jamais n'en ressentir d'autres, et après une longue vie recevoir enfin de la main de Dieu une couronne plus glorieuse que celle qui environne votre front auguste. Faites ainsi, grand Dieu, à cause de votre bonté et de votre miséricorde infinie. Amen.

Sire*,

Nous prions Dieu, avec tout le zèle que l'amour et le devoir nous peut inspirer, que, multipliant ces victoires, il égale votre renommée à celle des plus fameux conquérants. Mais parmi toutes ces prospérités, nous ne croyons pas être criminels si nous lui souhaitons aussi des douleurs : j'entends, Sire, ces saintes douleurs qui saisissent les cœurs chrétiens à la vue des afflictions, et qui leur font sentir les misères des pauvres membres de Jésus-Christ. Sire, ces douleurs sont dignes des rois, et s'ils sont le cœur des royaumes qu'ils animent par leur influence, il est juste que, comme le cœur, ils ressentent aussi les impressions des maux qu'endurent les autres parties. Votre Majesté les ressent, Sire; elle fait la guerre dans cet esprit : elle étend bien loin ses conquêtes, elle s'accoutume dès sa jeunesse à cette vie agissante, pour assurer la tranquillité publique : elle sent et elle plaint les maux de ses peuples; elle ne respire qu'à les soulager. Pour récompense de ces douleurs que sa bonté lui fait pressentir, puisse-t-elle jamais n'en éprouver d'autres, et après une longue vie recevoir enfin de la main de Dieu une couronne plus glorieuse que celle qui environne son front auguste !

* Bossuet adressa ce discours au Roi. dans une autre occasion où il prêcha ce sermon en sa présence. (Édil. de Déforis.)

PRONONCÉ DANS i/ÉGLISE DE SAINT- THOMAS DU LOUVRE, EN 1668.

Motifs de la résistance de saint Thomas à l'égard de son prince. Sa conduite toujours sage , toujours respectueuse au milieu des violentes persécutions qu'il a à souffrir. Succès de ses combats pour la discipline. Admirable changement que produit sa mort dans ses ennemis; zèle qu'elle inspire à ses frères. Usage que les ecclésiastiques doivent faire de leurs privilèges, de leurs biens et de leur autorité, pour ne pas exposer l'Église aux blasphèmes des libertins.

In morte mirabilia operatus est.

Il a fait des choses merveilleuses dans sa mort. Eccli. , xlviii, 15.

Les mystères de Jésus-Christ sont une chute continuelle ; et tant qu'il a vu devant soi quelque nouvelle bassesse, il n'a jamais cessé de. descendre. Il se compare lui-même dans son Évangile à un grain de froment qui tombe'; et en effet, il est allé toujours tombant, premièrement du ciel en la terre , de son trône dans une crèche : de là par plusieurs degrés il est tombé jusqu'à l'ignominie du supplice, jusqu'à l'obscurité du tombeau, jusqu'à la profondeur de l'enfer. Mais comme il ne pouvoit tomber plus bas, c'étoit là aussi le terme fatal de ses chutes mystérieuses; et ce cours d'abaissements étant rempli, c'est de là qu'il a commencé de se relever couronné d'honneur et de gloire.

Ce que notre chef a fait une fois en sa personne sacrée, tous les jours il l'accomplit dans ses membres; et le martyr que nous honorons, nous en est un illustre exemple. Saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, s'étant trouvé engagé, pour les intérêts de l'Église, dans de longs et fâcheux démêlés avec un grand roi, avec Henri II, roi d'Angleterre, on l'a vu tomber peu à peu de la faveur à la disgrâce, de la disgrâce au bannissement, du bannissement à une espèce de proscription, et enfin à une mort violente. Mais la Providence divine, ayant lâché la main jusqu'à ce terme, a fait commencer de là son élévation. Elle a honoré de miracles le tombeau de cet illustre martyr; elle a mené à ses cendres un roi pénitent ; elle a conservé les droits de l'Église par le sang de ce saint évêque, persécuté injustement pour sa cause, et tirant sa gloire de ses souffrances. Elle m'a donné lieu de dire de lui ce que l'Ecclésiastique a dit d*Élisée, que « sa mort a opéré des miracles : » a In morte mirabilia operatus est. » Mais afin de vous découvrir toutes ces merveilles, demandons l'assistance du Saint-Esprit par l'entremise de Mario. « Ave. »

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