‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 39 sur 171 · Act. xxi, 13. — 2 Zachar. VI, 13. — 3. Matth. xx · texte numérisé non relu

Act. xxi, 13. — 2 Zachar. VI, 13. — 3. Matth. xx

puissiez exécuter vos décrets : «Ut nostro auxilio suffulti, quod vestra a auctoritas exposcit, familiarité, ut decet, potestate nostra, perficere « valeatis '. »

Telles sont les maximes saintes et durables de la monarchie trèschrétienne : et plût à Dieu que le roi d'Angleterre eût suivi les sentiments et imité les exemples de ses augustes voisins ! Saint Thomas ne se verroit pas réduit à la dure nécessité de s'opposer à son prince. Mais "omme ce monarque se rend inflexible, l'Église opprimée est contrainte de recourir aux derniers efforts. Vous attendez peut-être des foudres et des anathèmes. Mais, quoique Henri les eût mérités, Thomas, aussi modéré que vigoureux, ne fulmine pas aisément contre une tête royale. Voici ces derniers efforts dont je veux parler : le saint archevêque offre à Dieu sa vie; et sachant que l'Église n'est jamais plus forte que lorsqu'elle parle par la voix du sang, il revient d'un long exil avec un esprit de martyr, préparé aux violences d'un roi implacable et de toute sa cour irritée.

Saint Ambroise a remarqué2, dès son temps, aue les hommes apostoliques, qui entreprennent d'un grand courage les œuvres de piété et la censure des vices, sont assez souvent traversés par des raisons politiques. Car comme les pécheurs ne peuvent souffrir ceux qui viennent les troubler dans leur faux repos, et comme le monde n'a rien tant à cœur que devoir l'Église sans force, et la piété sans défense, il se plaît de lui opposer ce qu'il a de plus redoutable, c'est-à-dire le nom de César et les intérêts de l'État. Ainsi quand Néhémias relevoit les tours abattues et les murailles désolées de Jérusalem, les ministres du roi de Perse publioient partout qu'il méditoit un dessein de rébellion*; et comme le moindre soupçon d'infidélité attire des difficultés infinies, ils tàchoient de ralentir l'ardeur de son zèle par cette vaine terreur. Quoique le saint archevêque n'élevât ni des tours ni des iorteresses, et qu'il songeât seulement à réparer les ruines d'une Jérusalem spirituelle, toutefois il fut exposé aux mêmes reproches. Henri, déjà prévenu et irrité par les faux rapports, témoigna, avec une aigreur extrême, que la vie de ce prélat lui étoit à charge. Que de mains furent armées contre lui par cette parole !

Chrétiens, soyez attentifs : s'il y eut jamais un martyre qui ressem bla parfaitement à un sacrifice, c'est celui que je dois vous représen ter. Voyez les préparatifs : Pévêque est à l'église avec son clergé, et ils sont déjà revêtus. Il ne faut pas chercher bien loin la victime : le saint pontife est préparé, et c'est la victime que Dieu a choisie. Ainsi, tout est prêt pour le sacrifice; et je vois entrer dans l'église ceux qui doivent donner le coup. Le saint homme va au-devant d'eux à l'imita tion de Jésus-Christ; et pour imiter en tout ce divin modèle, il défend à son clergé toute résistance, et se contente de demander sûreté pour les siens. « Si c'est moi que vous cherchez, laissez, dit Jésus 4, retirer

Page 1