‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 4 sur 171 · Uionys.,de Eccles. Hierar., cap. v, pag. 127 etseq · texte numérisé non relu

Uionys.,de Eccles. Hierar., cap. v, pag. 127 etseq

°. Innocent. 1, ad Alex., Ev. xxiv, p. 853; Epist. Rom. Pont.

nous, mes Frères; c'est assez pour nous d'être chrétiens, trop d'honneur de porter ce beau caractère : « Propter nos nihil sufficientius « est. » Si donc nous sommes ecclésiastiques, c'est sans doute pour le bien des autres.

Que n'a pas entrepris le grand saint Sulpice, pour détruire le règne du monde? Mais c'est peu de dire qu'il a entrepris : ses soins paternels opéroient sans cesse de nouvelles conversions. Il y avoit dans ses paroles et dans sa conduite une certaine vertu occulte, mais toutepuissante, qui inspiroit le dégoût du monde. Nous lisons dans l'histoire de sa vie, que, durant son épiscopat , tous les déserts à l'enlour de Bourges étoient peuplés de saints solitaires. Il consacroit tous les jours à Dieu des vierges sacrées; il apprenoit aux familles à user de ce monde, comme n'en usant pas; et partout il répandoit un esprit des détachement, qui portoit les cœurs à ne soupirer qu'après les b ien célestes.

D'où lui venoit ce bonheur, cette bénédiction, cette grâce, d'inspirer si puissamment le mépris du monde? Qu'y avoit-il dans sa vie et dans sa personne, qui fût capable d'opérer de si merveilleux changements? C'est ce qu'il faut tâcher d'expliquer en faveur de tant de saints ecclésiastiques, qui remplissent ce séminaire et cette audience. Deux choses produisoientunsi grand effet; la simplicité ecclésiastique, qui condamnoit souverainement la somptuosité, les délices, les superfluités du monde; un gémissement paternel sur les âmes, qui étoient captives de ses vanités.

La simplicité ecclésiastique, c'est un dépouillement intérieur, qui, par une sainte circoncision, opère au dehors un retranchement effectif de toutes superfluités. En quoi le monde paroît-il grand ? Dans ses superfluités : de grands palais, de riches habits, une longue suite de domestiques. L'homme si petit par lui-même, si resserré en lui-même, s'imagine qu'il s'agrandit, et qu'il se dilate, en amassant autour de soi des choses qui lui sont étrangères. Le vulgaire est étonné de cette pompe, et ne manque pas de s'écrier : Voilà les grands, voilà les heureux. C'est ainsi que la puissance du monde tâche de faire voir que ses biens sont grands. Une autre puissance est établie, pour faire voir qu'il n'est rien ; c'est la puissance ecclésiastique.

Toutes nos actions, jusqu'aux moindres gestes du corps, jusqu'au moindre et plus délicat mouvement des yeux, doivent ressentir le mépris du monde. Si la vanité change tout, le visage, le regard, le son de la voix; car tout devient instrument de la vanité : ainsi la simplicité doit tout régler; mais qu'elle ne soit jamais affectée, parce qu'elle ne seroit plus simplicité. Entreprenons, messieurs, de faire voir à tous les hommes, que le monde n'a rien de solide ni de désirable; et pour cela [imitons] la frugalité, la modestie et la simplicité du grand saint Sulpice. « Ayant donc de quoi nous nourrir et de a quoi nous couvrir, nous devons être contents : » « Habentes alimenta « et quibus tegamur, his contenti simus '. » Que nous servent ces

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cheveux coupés , si nous nourrissons au dedans tant de désirs superflus , pour ne pas dire pernicieux? Saint Sulpice nous a appris, par son exemple; à faire sur nous-mêmes de continuels efforts, pour les retrancher jusqu'à la racine.

Sa vie, tout ecclésiastique, annonçoit un pasteur entièrement mort aux choses du siècle, uniquement dévoué aux intérêts de Jésus- Christ et au salut des âmes. Loin de profiter des moyens que lui fournissoit sa place, pour se procurer plus d'aisances, de commodités et d'éclat extérieur, il jugea, au contraire, que sa charge lui imposoit une nouvelle obligation de faire chaque jour, dans sa vie, déplus grands retranchements. Déjà, n'étant qu'abbé de la chapelle du roi Clotaire second, il n'avoit voulu retenir, pour sa subsistance et celle des clercs qu'il gouvernoit, que le tiers des appointements que le roi lui donnoit, et il distribuoit le reste aux pauvres. Mais lorsqu'il fut élevé sur le siège de Bourges, il crut encore devoir augmenter sa pénitence, redoubler ses austérités, et pratiquer un détachement plus universel. Rien de plus frugal que sa table; on n'y donnoit rien à lu sensualité et au plaisir : rien de plus modeste que ses habits ou ses meubles; tout y ressentoit la pauvreté de Jésus-Christ : rien enfin de plus simple que toute sa conduite, de plus affable que sa personne. Sa bonté, pleine de tendresse, le fit regarder comme le père de son peuple; et sa douceur, toujours égale, lui mérita ie surnom de Débonnaire. Qu'il étoit éloigné de vouloir en imposer à ses peuples par la magnificence de ses équipages et la pompe de son cortège! Ministre de la loi de charité, il vouloit inspirer l'amour, et non la terreur; et pour y réussir, il lui suffisoit de se montrer avec l'appareil de ses vertus. Aussi les pauvres formoient-ils tout son train; et, à l'exemple d'un grand évêque, « il mettoit toute sa sûreté dans le secours de feurs prières : » « Habeo defensionem, sed in orationibus pauperum. » a Ces aveugles, pouvoit-il dire avec saint Ambroise, ces boiteux, ces infirmes, ces vieillards, qui me suivent et m'accompagnent, sont plus capables de me défendre, que les soldats les plus braves et les plus aguerris : » « CaBci iili et claudi, débiles et séries, robustis a bellatoribus fortiores sunt'. »

C'est ainsi, Chrétiens, que Sulpice travailloit à retracer dans toute sa vie les mœurs apostoliques, et à fournir, à tous les siècles suivants, un modèle accompli de toutes les vertus qui doivent orner un ministre de Jésus -Christ. Oh! que la frugalité de ce digne pasteur condamnera d'ecclésiastiques, qui prétendent se distinguer par ces profusions splendides, ces délicatesses recherchées de leur table, dont la religion rougit pour eux ! Comment le faste de leur ameublement somptueux pourra-t-il soutenir le parallèle de la modestie évangélique de ce saint évêque? L'aim;ible simplicité de ses manières ne suffit-elle pas pour confondre à jamais ces superbes hauteurs, que des vicaires de l'humilité et de la servitude de Jésus-Christ affectent à l'égard des peuples qui leur sont confiés; le dirai-je, à l'égard même de leurs coopérais S Amb., Serin, ton/. Aux ., n. 33, Loin. Il, col. b . •

teurs? Ont-ils donc oublié avec quelle force le souverain Pasteur leur interdit l'esprit de domination, et combien il leur recommande la douceur et la condescendance, dont il leur a donné de si grands exemples ?

Mais que prétendent les ecclésiastiques, qui, loin d'imiter le zèle de saint Sulpice, pour ruiner l'esprit du monde, semblent au contraire, par une vie toute profane, n'être appliqués qu'à le faire vivre, l'étendre et l'affermir? Croient-ils que, par des mœurs si opposées à celles de nos pères, ils se rendront plus recommandables dans le monde, qu'ils cultivent avec tant de soin? Mais ce monde même, dont ils veulent se montrer amis, et obtenir la considération, les méprise souverainement, parce qu'il sait quelle doit être la vie d'un ministre des autels; et, aveugles qu'ils sont, ils ne voient pas qu'il ne fait effort, pour les entraîner dans ses mœurs dépravées, qu'afin de les avilir et les dégrader, et de faire rejaillir ensuite, sur la religion qu'ils doivent maintenir, l'opprobre dont il les aura couverts. S'ils veulent donc vraiment se distinguer, qu'ils pensent sérieusement à se séparer de la multitude, par la sainteté d'une vie qui les élève autant au-dessus du commun des hommes, qu'ils leur sont supérieurs par l'éminence de leur caractère. « Car la dignité sacerdotale exige, de ceux qui en sont revêtus, une gravité de mœurs peu commune, une vie sérieuse et appliquée, une vertu toute singulière : » * Sobriam à turbis a gravitatem, seriam vitam, singulare pondus, dignitas sibi vindicat a sacerdotalis'. » Sont-ils jaloux de soutenir en eux l'autorité du sacerdoce? qu'ils pensent à l'assurer par le mérite de leur foi et la sainteté de leur vie : « Dignitatis suae auctoritatem fidei et vitae meritis a q u aérant 2. » Mais que jamais ils ne se fassent assez d'illusion, pour croire se rendre vénérables par une pompe extérieure, qui ne peut qu'éblouir les yeux des ignorants, et qui leur attire une amère critique de la part de ceux qui réfléchissent, a Le vrai ecclésiastique s'étudie à prouver sa profession par son habit, sa démarche et toute sa conduite : il n'a garde de chercher à se donner un faux éclat par des ornements empruntés : » « Clericus professionem suam , et in « habitu, et in incessu prohet, et nec vestibus, nec calceamentis « decorem quaerat 3. »

Voilà les leçons que les Pères et les conciles ont données aux ecclésiastiques, ou plutôt ils n'ont fait que renouveler celles que Jésus-Christ lui-même leur avoit laissées dans ses exemples. Qu'il nous exprime admirablement la simplicité de sa vie, lorsqu'il nous dit : a Les renards ont des tannières, et les oiseaux du ciel ont des nids et des retraites ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa iête ! » a Vulpes foveas habent, et volucres cœli nidos : Filius autem a hominis non habet ubi caput reclinet 4. » Son dessein , en nous tenant ce discours, n'est pas d'exciter en nous des sentiments de

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