Ps. cxxxvi, 1. — 4. Ibid., cxxiv, i
5. De Calcch. rut/., 05p. xix, n. 31, tom. VI, col. 283. — 6. Gènes., VI, 2.
belles, ayant aimé leurs plaisirs et leurs vanités; Dieu, irrité de cette alliance, résolut, en sa juste indignation, d'ensevelir tout le monde dans le déluge : afin que nous entendions que les véritables enfants de Dieu doivent fuir entièrement le commerce et l'alliance du monde; de peur de communiquer, comme dit l'apôtre ', à ses œuvres infructueuses.
C'est pourquoi le Sauveur Jésus, «Pilluminateur des antiquités, » allluminator antiquitatum 2, » parlant de ses véritables disciples, dont les noms sont écrits au ciel : « Ils ne sont pas du monde, dit-il3, comme je ne suis pas du monde; » et quiconque veut être du monde, il s'exclut volontairement de la société de ses prières, et de la communion de son sacrifice, Jésus-Christ ayant dit décisivement : «Je ne prie pas pour le monde 4. »
J'ai dit ces choses, mes Frères, afin que vous connoissiez que ce n'est pas une obligation particulière des religieux de mépriser le monde; mais que la nécessité de s'en séparer est la première, la plus ~énérale, la plus ancienne obligation de tous les enfants de Dieu.
Si nous en croyons l'Évangile, rien de plus opposé que Jésus-Christ «•t le monde; et de ce monde, messieurs, la partie la plus éclatante, et par conséquent la plus dangereuse, chacun sait assez que c'est la cour. Comme elle est le principe et le centre de toutes les affaires du monde, l'ennemi du genre humain y jette tous ses appâts, y étale toute sa pompe.
Saint .Sulpice, nourri à la cour dès sa jeunesse, triompha, par un miracle singulier de la grâce, de ses artifices et de sa séduction. Il sut vivre sans ambition au milieu des honneurs qui l'environnoient; sans volupté parmi tous les plaisirs qui le sollicitoient; sans partialité malgré tous les intérêts qui divisent d'ordinaire les courtisans; sans avarice, quoiqu'il ne vît que des hommes occupés à tout attirer à eux, soigneux de tout ménager, pour parvenir au terme de leurs espérances. Tant de périls ne servirent qu'à faire mieux éclater l'innocence de Sulpice : la candeur de ses mœurs, sa simplicité, sa modestie, sa douceur, forcèrent de le respecter dans un lieu où ces vertus trouvent si peu d'accès, et où tous les vices opposés régnent souverainement. Un si bel exemple fit impression; et l'on vit par les conversions extraordinaires qu'il produisit, combien la vertu pure et sincère a d'empire sur les cœurs les moins disposés à l'embrasser.
Sulpice, chaste dans un âge où la pureté fait les plus tristes naufrages, après avoir résisté à toutes les caresses du monde, voulut, pour affermir davantage sa vertu contre les écueils qu'elle avoit à craindre, sceller ses résolutions par des engagements, qui ne pussent lui permettre d'écouter aucune espèce de proposition. 11 fit donc vœu du virginité; et déjà irréprochable dans toute sa conduite, il se montra encore plus sévère, et porta les précautions jusqu'à la dernière délicatesse.
1. Ephes., v, il, — 5. TêiiulL, adv. Marc.,lïb. IV, n. 40. — 3. Joan.. XVII, H. '■•.. rbicU 9.
0 sainte chasteté ! fleur de la vertu, ornement immortel des corps mortels, marque assurée d'une âme bien faite, protectrice de la sainteté et de la foi mutuelle dans les mariages, fidèle dépositaire de la pureté du sang des races, et qui seul en sais conserver la trace ! quoique tu sois si nécessaire au genre humain, où te trouve-t-on sur la terre? 0 grand opprobre de nos mœurs! l'un des sexes a honte de te conserver; et celui auquel il pourroit sembler que tu es échue en partage, ne se pique guère moins de te perdre dans les autres, que de te conserver en soi-même. Confessez-vous à Dieu devant ces autels, vaines et superbes beautés, dont la chasteté n'est qu'orgueil ou affectation et grimace : quel est votre sentiment, lorsque vous vous étalez avec tant de pompe pour attirer les regards? dites-moi seulement ce mot? Quels regards désirez-vous attirer ? sont-ce des regards indifférents? Ah! quel miracle, que saint Sulpice, jeune et agréable, n'ait jamais été pris dans ces pièges : sachant qu'il ne devoit l'amour qu'à son Dieu, jamais il n'a souillé dans son cœur la source de l'amour. Ange visible, tandis que son cœur brûloitdu feu céleste de la charité, son corps, embrasé de cette divine flamme, se consumoit tout entier au service de son Dieu, dans les exercices de la piété chrétienne et les austérités de la pénitence. Ses autres vertus n'étoient pas de ces vertus du monde et de commerce, ajustées non point à la règle, elle seroit trop austère, mais à l'opinion et à l'humeur des hommes : ce sont là les vertus des sages mondains, ou plutôt c'est le masque spécieux sous lequel ils cachent leurs vices.
Que la vertu de Sulpice avoit des caractères bien différents ! Parce qu'elle étoit chrétienne et véritable, elle étoit sévère et constante, fermement attachée aux règles, incapable de s'en détourner pour quelque prétexte que ce pût être. Sa bonne foi dans les affaires ne reçut jamai? la moindre atteinte; sa probité, supérieure à toutes les vues d'intérêt j demeura toujours inaltérable; sa justice ne connut aucune de ces pré férences, que suggèrent la cupidité ou le respect humain; sa candeui ae permettoit pas même de suspecter sa sincérité; et son innocence, qui s'affermissoit de plus en plus, par tous les moyens qui auroientpu l'affoiblir, embellissoit toutes ses autres vertus. Le plus beau et le plus grand encore, c'est qu'au milieu de tant de faveurs et de considérations que lui procuroit son mérite, il savoit toujours conserver une admirable modération. Mais peut-être ne durera-t-elle que jusqu'à ce qu'elle ait gagné le dessus : car le génie de l'ambition, c'est d'être tremblante et souple lorsqu'elle a des prétentions; et quand elle est parvenue à ses fins, la faveur la rend audacieuse et insupportable : a Pavida cum * quaerit, audax cum pervenit '. » Un habile courtisan disoit autrefois, qu'il ne pouvoit souffrir à la cour l'insolence et les outrages des favoris, et encore moins, disoit-il, leurs civilités superbes et dédaigneuses, leurs grâces trop engageantes, leur amitié tyrannique, qui demande, d'un homme libre, une dépendance servile : « Contumelio-
sam humanitatem2. »
1. S. Ch-eo. M. Paat., part- i, cap. ix, tom. II, col. 9. — 2. Senec, Evist. iv
Sulpice, toujours modéré, sut se tenir dans les bornes que rhumilité chrétienne lui prescrivent. Pour se détromper du monde, il alloit se rassasier de la vue des opprobres de Jésus-Christ dans les hôpitaux et dans les prisons. 11 voyoit une image de la grandeur de Dieu dmsle prince, et il trouvoit une image de la bassesse de Jésus-Christ et de ses humiliations, dans les pauvres. Le favori de Clotaire, aux pieds d'un pauvre ulcéré, adorant Jésus-Christ sous des haillons, et expiant la contagion des grandeurs du monde; quel beau spectacle! Mais il évitoit, le plus qu'il étoit possible, les regards des hommes, et. ne cherchoit qu'à leur cacher ses bonnes œuvres; bien éloigné d'imiter ces vertus trompeuses, qui se rendent elles-mêmes captives des yeux qu'elles veulent captiver. C'est ainsi que Sulpice a su se conserver pur et sans tache, au milieu de toutes les faveurs les plus capables d'amollir un cœur tendre, et de lui inspirer l'amour du monde. lia vaincu le monde dans sa partie la plus séduisante et la plus redoutable : voyons comment, après en avoir triomphé lui-même, il va travailler à détruire son empire dans les autres.
SECOND POINT
La grâce du baptême porte une efficace, pour nous détacher du monde; la grâce de l'ordination porte une efficace divine, pour imprimer ce détachement dans tous les cœurs.
Le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde. Il y a guerre déclarée entre Jésus-Christ et le monde, une inimitié immortelle : le monde le veut détruire, et il veut détruire le monde. Ceux qu'il établit ses ministres doivent donc entrer dans ses intérêts; s'il y a en eux quelque puissance, c'est pour détruire la puissance, qui lui est contraire. Ainsi, toute la puissance ecclésiastique est destinée à abattre les hauteurs du monde : a Ad deprimendam altitudinem saeculi « hujus. »
On reçoit le Saint-Esprit dans le baptême, dans une certaine mesure; mais on en reçoit la plénitude dans l'ordination sacrée; et c'est ce que signifie l'imposition des mains de l'évêque : car, comme dit un ancien écrivain1, ce que fait le pontife mu de Dieu, animé de Dieu, c'est l'image de ce que Dieu fait d'une manière plus forte et plus pénétrante. L'évêque ouvre les mains sur nos têtes; Dieu verse, à pleines mains, dans les âmes la plénitude de son Saint-Usprit. C'est ce qui l'ait dire à un saint pape : « La plénitude de l'Èsprit-Saint opère dans l'ordination sacrée : » « Plenitudo Spiritus in sacris ordinationibus « operatur2. » Le Saint-Esprit, dans le baptême, nous dépouille de l'esprit du monde : a Non enim spiritum hujus mundi accepimus. » La plénitude du Saint-Esprit doit faire dans l'ordination quelque chose de beaucoup plus fort : elle doit se répandre bien loin au dehors, pour détruire, dans tous les cœurs, l'esprit et l'amour du monde. Animons-