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première se tire de la dignité de ce céleste dépôt; la seconde, de celui qui nous l'a commis, et qui s'en est toujours réservé le fonds. Mettons ces deux raisons dans un plus grand jour ; et premièrement, Chrétiens, pour apprendre à n'avilir pas le talent de la science chrétienne, considérons sa valeur et sa dignité.
La matière dont est composée cette céleste monnoie, c'est l'Evangile et tous ses mystères. Mais quelle image admirable y vois-je empreinte ? « Cujus est imago hœc ' ? » Je l'ai déjà dit , Chrétiens , l'image qui est imprimée sur notre science, c'est l'image de Jésus-Christ, roi des rois. 0 que la marque d'un si grand prince rehausse le prix de ce talent; et que sa valeur est inestimable !
Que faites-vous, âmes mercenaires, lorsque vous n'avez autre but que d'en trafiquer avec le monde, pour acquérir des biens temporels? Le commerce se fait par échange ; l'échange est fondé sur l'égalité : quelle égalité trouvez-vous entre la science de Dieu, qui comprend er elle-même les trésors célestes, et ces malheureux avantages dont 1; fortune dispose ?
Le premier homme, Messieurs, qui a osé mettre de l'égalité entre des choses aussi dissemblables que l'argent et les dons de Dieu, c'est cet infâme Simon le Magicien, qui a mérité pour ce crime la malédiction des apôtres, et ensuite est devenu l'exécration de tous les siècles suivants. Mais je ne crains point d'assurer que ceux qui ne s'étudient à la science ecclésiastique que pour entrer dans les bénéfices, ou pour ménager par quelque autre voie leurs intérêts temporels, marchent sur les pas de ce magicien, et attirent sur eux, comme un coup de foudre, cette imprécation apostolique : a Pecunia tecum « sit in peiditionem 2! •> « Que ton argent, malheureux, soit avec toi en perdition ! »
Dirai -je ici ce que je pense? Ils s'accordent avec Simon, en égalant les choses divines aux biens périssables : mais il y a cette différence honteuse pouv ceux dont je parle, que dans le marché de Simon, l'argent est le prix qu'il offre, la grâce du Saint-Esprit le bien qu'il veut acquérir; et que ceux-ci renversent l'ordre du contrat, pour le rendre plus profane et plus mercenaire. Ils prodiguent et prostituent le présent du ciel, pour avoir les biens de la terre. Simon donnoit son argent pour le don de Dieu; et ceux-ci dispensent le don de Dieu pour mériter de l'argent. Quelle indignité! Si bien qu'au lieu que saint Pierre reproche à Simon, « qu'il avoit voulu acquérir le don de Dieu par argent: » « Donum Dei existimasti pecunia possideri 3; » nous pouvons dire de ceux-ci, qu'ils veulent acquérir de l'argent par le don de Dieu : en quoi ils seroient sans comparaison plus lâches et plus criminels que Simon, n'étoit qu'il a joint l'un et l'autre crime, et que les Pères ont sagement remarqué 4 que sans doute il ne vouloit acheter que dans le dessein de vendre.
Certainement, Chrétiens, ceux qui profanent ainsi la science du
1. Matth. xxu, 20. — 2. Aci. vm, 20. — 3. Ibid. 4. s. Aug., in Ps cxxx, n. 5, t. IV, col. ld63.
christianisme n'en connoissent pas le mérite -, autrement ils rougiroient de la ravilir par un usage si bas : aussi voyons-nous ordinairement que ces ouvriers mercenaires altèrent et falsifient par un mélange étrangei cette divine monnoie. lis ne débitent pointées maximes pures qui enseignent à mépriser, et non à ménager les biens de la terre La science qu'ils étudient n'est pas la science de Dieu, victorieuse du siècle et de ses convoitises ; mais une science-flatteuse et accommodante, propre aux négoces du monde, et non au sacré commerce du ciel : « Et in « avarifia fictis verbis de vobis negotiabuntur' : » « L avarice les portera à vous séduire par des paroles artificieuses, pour faire de vous
une espèce de trafic. » , , . ..
Que si nous méditons saintement la pure scieuce du christianisme, mettons-la aussi à son droit usage, faisons notre gain du salut des âmes; prenons un noble intérêt, et tâchons de profiter dans un commercé si honorable. Imitons sainte Catherine, qui fait valoir de telle sorte ce divin talent, que les courtisans et les philosophes, ses amis et ses ennemis, enfin tous ceux qui l'approchent, et même 1 impératrice, sont poussés d'un désir ardent de se donner à Jesus-Christ
C'est ainsi qu'il falloit user de cet admirable trésor qui avoit été commis à sa foi. Car pour venir, Chrétiens, à la seconde raison que j'ai promis de vous proposer, et avec laquelle je m en vais conclure, la science du christianisme est un bien qui n'est pas à nous. Jésus- Christ, en le mettant en nos mains, s'en est réservé le fonds : nous l'avoué de lui par emprunt, ou plutôt il nous l'a confie, ainsi qu un dépôt a. quel nous devons un jour lui rendre raison : « Negotiamini « dum venio : » « Négociez, je vous le permets; » mais sachez que je viendrai vous demander compte de toute votre administration, et de l'emploi que vous aurez fait de mon bien.
S'il est ainsi, Chrétiens, ne disposons pas de ce bien comme si nous en étions les propriétaires. Il est, ce me semble, assez équitable que si nous employons le bien d'autrui , ce soit dans quelque commerce dans lequel le maître puisse prendre part. Et quelle part donnerezvous au divin Sauveur dans ces terres, dans ces revenus, dans ces bénéfices que vous accumulez sans mesure? « Ne savez-vous pas qu .1 est notre Dieu, et qu'il n'a pas besoin de nos biens? » « Deus meus a es tu quoniam bonorum meorum non eges 2. » Mais s il n a pas Desoin de nos biens, j'ose dire qu'il a besoin de nos âmes. C'est pour ces âmes chéries qu'il descendra bientôt du ciel sur la terre : pour trouver ces âmes perdues et égarées comme des brebis, il a couru tous les déserts; pour les réunir au troupeau sacré, il les a portées sur ses épaules; pour les laver de leurs taches, il a versé tout son sang; pour les guérir de leurs maladies, il a répandu l'onction de son Saint- Esprit; pour les nourrir et les fortifier, il leur a donné son propre
COpar conséquent, mes Frères, c'est dans ce commerce des âmes qu'il faut faire profiter ses dons; et quand viendra le temps de rendre les
t. Il PeL n, 3. — 2. l>s. XV, 2.
comptes, ce grand économe ne rougira pas de partager avec vous un profit si honorable. Il recevra de votre main ces âmes que vous lui aurez amenées, et de sa part, pour reconnoître un si beau travail Venez, dira-t-il, serviteur fidèle, qui avez fait valoir mon dépôt en mon esprit et selon mes ordres; il est temps que vous receviez votre récompense.
Quelle sera la proportion de cette glorieuse récompense? Le prophète Daniel nous le fait entendre : « Qui docti fuerint, fulgebunt quasi « splendor firmament! ; et qui ad justitiam erudiunt multos , quasi Sellas « in perpétuas œternitates ' : » * Ceux, dit-il, qui auront appris des autres ia sainte doctrine, brilleront comme la splendeur du firmamentet ceux qui l'auront enseignée, paroîtront comme des étoiles durant toute 1 éternité. » Où vous voyez, Chrétiens, par quelle sage disposition de la justice divine ceux qui ont reçu d'ailleurs leurs instructions sont compares au firmament qui luit seulement par réflexion de la lumière des astres; mais que ceux qui ont éclairé l'Église par la doctrine de vérité sont eux-mêmes des astres brillants, et sources d'une lumière vive et immortelle.
Ainsi sainte Catherine réjouit par un double éclat la céleste Jérusalem. Elle est toute lumineuse pour avoir appris humblement, et fidèlement pratiqué ce qu'on enseigne de plus excellent dans l'école de Jésus-Christ : mais cet éclat est relevé au centuple, parce qu'elle a répandu bien loin les lumières de la science de Dieu, et qu'elle a fait luire sur plusieurs âmes les vérités éternelles
Ne croyez pas, Chrétiens, que ceux qui ont reçu dans l'&tfise le ministère d enseigner les autres soient les seuls à' prétendre à cette récompense que même une fille a pu mériter. Tous les fidèles de Jésus-Christ do. vent espérer cette gloire, parce que tous doivent travailler à s édifier mutuellement par de saintes instructions. C'est pourquoi 1 apôtre saint Paul avertit en général les enfants de Dieu qu'ils doivent assaisonner leurs discours du sel de la sagesse divine : «Sermo « «ester semper in gratia sale sit conditus, ut sciatis quomodo opor- « teat vos imcuique respondere i : » « Que votre entretien soit toujours édifiant, et assaisonné du sel de la sagesse; en sorte que vous sachiez comment vous devez répondre à chaque personne. » 0 que ces conversations sont remplies de grâce, et que ce sel a de force pour faire prendre goût à la vérité ! Lorsqu'on entend les prédicateurs , je ne sais quelle accoutumance malheureuse de recevoir par leur entremise la parole de l'Evangile, fait qu'on l'écoute de leur bouche plus nonchalamment. On s'attend qu'ils reprendront les mauvaises mœurs, on dit qu'Us le font d'office; et l'esprit humain indocile y fait moin de réflexion. Ma.s quand un homme que l'on croit du monde, simplement et sans affectation, propose de bonne foi ce qu'il sent de Dieu en lu.-meme; quand il ferme la bouche à un libertin qui fait vanité
^'Th m- '1Ul ra' G iraf,!îdemment des choses sacrées, encore une fois, Chrétiens, qu'une telle conversation, assaisonnée de ce sel de