Mich
vous essuierez tout du long la fureur des vents et de la tempête. Mais où trouverez-vous cet abri? Jetez les yeux de tous côtés; le déluge a inondé toute la terre; les maux en couvrent toute la surface; et vous ne trouverez pas même où mettre le pied. Il faut chercher donc le moyen de sortir de toute l'enceinte du monde.
Il est vrai qu'il y a une partie de nous-mêmes sur laquelle la fortune n'avoit aucun droit; notre esprit, notre raison, notre intelligence. Et c'est la faute que nous avons faite : ce qui étoit libre et indépendant, nous l'avons été engager dans les biens du monde; et par là nous l'avons soumis, comme tout le reste, aux prises de la tortune. Imprudents! la nature même a enseigné aux animaux poursuivis, quand le corps est découvert, de cacher la tête : nous dont la partie principale étoit naturellement à couvert de toutes les insultes, nous la produisons toute au dehors, et nous exposons aux coups ce qui étoit inaccessible et invulnérable. Que reste-t-il donc maintenant, sinon que démêlant du milieu du monde cette partie immortelle, nous l'allions établir dans la cité sainte que Dieu nous a préparée ?
Peut-être que vous penserez que vous ne pouvez vous établir où vous n'êtes pas, et que je vous parle en vain de la terre et de la sûreté du port, pendant que vous voguez au milieu des ondes. Eh quoi ! ce voyez-vous pas ce navire qui. éloigné de son port, battu par les vents et par les flots, vogue dans une mer inconnue? Si les tempêtes l'agitent, si les nuages couvrent le soleil, alors le sage pilote, craignant d'être emporté contre des écueils, commande qu'on jette l'ancre : et cette ancre fait trouver à son vaisseau la consistance parmi les flots, la terre au milieu des ondes, et une espèce de port assuré dans l'immensité et dans le tumulte de l'océan. Ainsi dit le saint Apôtre : « Jetez au ciel votre espérance, laquelle sert à votre âme comme d'une ancre ferme et assurée : » « Quam sicut anchoram habemus animée tutam « ac firmam '. » Jetez cette ancre sacrée, dont les cordages ne rompent jamais, dans la bienheureuse terre des vivants; et croyez qu'ayant trouvé un fond si solide elle servira de fondement assuré à votre vaisseau, jusqu'à ce qu'il arrive au port.
Mais, Messieurs, pour espérer il faut croire. Et c'est ce qu'on nous dit tous les jours. Donnez-moi la foi, et je quitte tout; persuadez-moi de la vie future, et j'abandonne tout ce que j'aime pour une si belle espérance. Eh quoi ! homme, pouvez -vous penser que tout soit corps et matière en vous? Quoi! tout meurt, tout est enterré? Le cercueil vous égale aux bêtes, et il n'y a rien en vous qui soit au-dessus? Je le vois bien, votre esprit est infatué de tant de belles sentences, écrite!; si éloquemment en prose et en vers, qu'un Montaigne, je le nomme, vous a débitées; qui préfèrent les animaux à l'homme, leur instinct à notre raison, leur nature simple, innocente et sans fard, c'est ains: qu'on parle, à nos raffinements et à nos malices. Mais, dites-moi, subtil philosophe, qui vous riez si finement de l'homme qui s'imagine être quelque chose, compterez-vous encore pour rien de connoître