Heb. vi
Dieu? Connoître une première nalure, adorer son éternité, admirai sa toute-puissance, louer sa sagesse, s'abandonner à sa providence, obéir à sa volonté, n'est-ce rien qui nous distingue des bêtes? Tous les saints, dont nous honorons aujourd'hui la glorieuse mémoire, ontils vainement espéré en Dieu, et n'y a-t-il que les épicuriens brutaux et sensuels qui aient connu droitement les devoirs de l'homme? Plutôt ne voyez-vous pas que si une partie de nous-mêmes tient à la nature sensible, celle qui connoît et qui aime Dieu, qui conséquemment est semblable à lui, puisque lui-même se connoît et s'aime, dépend nécessairement de plus hauts principes? Et donc ! que les éléments nous redemandent tout ce qu'ils nous prêtent, pourvu que Dieu puisse aussi nous redemander cette âme qu'il a faite à sa ressemblance. Périssent toutes les pensées que nous avons données aux choses mortelles; mais que ce qui étoit né capable de Dieu soit immortel comme lui. Par conséquent, homme sensuel, qui ne renoncez à la vie future que parce que vous craignez les justes supplices, n'espérez plus au néant; non, non, n'y espérez plus : voulez-le, ne le voulez pas, votre éternité vous est assurée. Et certes il ne tient qu'à vous de la rendre heureuse : mais si vous refusez ce présent divin, une autre éternité vous attend; et vous vous rendrez digne d'un mal éternel, pour avoir perdu volontairement un bien qui le pouvoit être.
Entendez-vous ces vérités? Qu'avez-vous à leur opposer? Les croyezvous à l'épreuve de vos frivoles raisonnements et de vos fausses railleries ? Murmurez et raillez tant qu'il vous plaira ; le Tout-Puissant a ses règles qui ne changeront ni pour vos murmures ni pour vos bons mots; et il saura bien vous faire sentir, quand il lui plaira, ce que vous refusez maintenant de croire. Allez, courez-en les risques, montrez-vous brave et intrépide, en hasardant tous les jours votre éternité. Ah 1 plutôt, Chrétiens, craignez de tomber en ses mains terribles. Remédiez aux désordres de cette conscience gangrenée. Pécheurs, il y a déjà trop longtemps que a l'enflure de vos plaies est sans ligatures, que vos blessures invétérées n'ont été frottées d'aucun baume : » « Vul- « nus et livor, et plaga tumens; non est circumligata, nec curata « medicamine, neque fcta oleo '. » Cherchez un médecin qui vous traite; cherchez un confesseur qui vous lie par une discipline salutaire : que ses conseils soient votre huile : que la grâce du sacrement soit un baume bénin sur vos plaies. Ou si vous vous êtes approchés de Dieu, si vous avez fait pénitence dans une si grande solennité, allez donc désormais et ne péchez plus. Quoi! ne voulez-vous rien espérer que dans cette vie? Ah l ce n'est point la raison, c'est le dépit et le désespoir qui inspirent de telles pensées. S'il étoit ainsi, Chrétiens, si toutes nos espérances étoient renfermées dans ce siècle, on auroit quelque raison de penser que les animaux l'emportent sur nous. Nos maladies, nos inimitiés, nos chagrins, nos ambitieuses folies, nos tristes et malheureuses prévoyances qui avancent les maux, bien loin d'en empêcher le cours, mettroient nos misères dans le comble. Éveillez -
vous donc, ô enfants d'Adam; mais plutôt éveillez-vous, ô enfants de Dieu, et songez au lieu de votre origine.
Sire, celui-là serait haï de Dieu et des hommes, qui ne souhaiteroit pas votre gloire même en cette vie, et qui refuseroit d'y concourir de toutes ses forces par ses fidèles services. Mais certes je trahirois Votre Majesté, et je lui serois infidèle, s! je bornois mes souhaits pour elle dans cette vie périssable. Vivez donc toujours heureux, toujours fortuné, victorieux de vos ennemis, père de vos peuples : mais vivez toujours bon, toujours juste, toujours humble et toujours pieux toujours attaché à la religion, et protecteur de l'Église. Ainsi nous'vous verrons toujours roi, toujours auguste, toujours couronné et en ce monde, et en l'autre. Et c'est la félicité que je vous souhaite, avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit.