I. Joan. iv, 14. — 2. / Cor. vu, Si. - 3. Joan. i
et ses coups redoublés sans fin leur seront d'éternels reproches de ses grâces méprisées. Ainsi toujours vivants et toujours mourants, immortels pour leurs peines, trop forts pour mourir, trop foibles pour supporter, ils gémiront éternellement sur des lits de flammes, outrés de furieuses et irrémédiables douleurs. Et poussant parmi des blasphèmes exécrables mille plaintes désespérées, ils porteront à jamais le poids infini de tous les sacrements, de toutes les grâces rejetées; non moins pressés, non moins accablés des miséricordes de Dieu, que de l'excès intolérable de ses vengeances.
Tremblez donc, tremblez, Chrétiens, parmi ces grâces immenses, parmi ces bienfaits infinis qui vous environnent. Les saintes prédications sont un poids terrible : les saints sacrements, les inspirations, les exemples bons et mauvais qui nous avertissent chacun à leur manière, le silence même d'un Dieu, sa patience, sa longanimité, son attente; ô le poids terrible! tous les mouvements de la grâce sont d'un poids terrible pour nous. Il n'y a rien à négliger dans notre vie. Notre destinée, notre état, notre vocation ne souffrent rien de médiocre. Tout nous sert ou nous nuit infiniment. Chaque moment de notre vie, chaque respiration, chaque battement de notre pouls, si je puis parler de la sorte, chaque éclair de notre pensée a des suites éternelles. L'éternité d'un côté, et l'éternité de l'autre. Si vous suivez fidèlement l'instinct de la grâce, l'éternité bienheureuse y est attachée. Si vous manquez à la grâce, une autre éternité vous attend, et vous méritez un mal éternel, pour avoir perdu volontairement un bien qui le pouvoit être.
TROISIÈME POINT
Il reste à considérer la troisième peine dont Dieu menace son peuple rebelle, laquelle il a plu au Saint-Esprit de nous exprimer en ces paroles que je répète encore une fois : « Puisque vous n'avez pas voulu servir le Seigneur votre Dieu dans la joie et l'allégresse de votre cœur, au milieu de l'abondance de toutes sortes de biens; vous servirez à votre ennemi que le Seigneur enverra contre vous, dans la faim, dans la soif, dans la nudité, et dans un extrême besoin de toutes choses; et cet ennemi mettra sur vos épaules un joug de fer par lequel vous serez brisés'. » C'est-à-dire, comme nous l'avons déjà expliqué, vous n'avez pas voulu vivre sous un empire doux et légitime; vous serez justement soumis à une dure et. insupportable tyrannie.
Deux conditions de l'empire de Dieu nous sont ici exprimées : il n'y en a point de plus légitime, il n'y en a point de plus doux. Vous n'avez pas voulu servir Dieu votre Seigneur; et certes il n'y a point de Seigneur dont le droit soit mieux établi, ni le titre plus légitime. Il nous a faits, il nous a rachetés : nous sommes par la création l'œuvre de ses mains, par la rédemption le prix de son sang; par la création «es sujets, par la rédemption ses enfants. Nous sommes son bien,
:. Veut, xxvui, 47, 48.
nous portons sa marque, créés à sa ressemblance, scellés de son saint Esprit; et nous ne pouvons le désavouer sans que le fond de notre être ne nous désavoue; ni enfin le renoncer sans renoncer à nousmêmes.
Si cet empire est le plus légitime, il est aussi le plus naturel; étant le plus naturel, il est par conséquent aussi le plus doux. Ce n'est donc pas sans raison que la joie du cœur est promise à ceux qui servent le Seigneur leur Dieu. Car celui-là est content qui est dans l'état que la nature demande. La joie se trouve donc nécessairement dans le service de Dieu; l'abondance y est aussi et la plénitude. Nul ne sait mieux ce qui nous est propre que celui qui nous a faits. Nul ne peut mieux nous le donner, puisqu'il a tout en sa main. Nul ne le veut plus sincèrement, puisque rien ne convient mieux à celui qui a commencé l'ouvrage en nous donnant l'être, que d'y mettre la dernière main en nous donnant la félicité et le repos. Telle est la condition de la créature sous l'empire de son Dieu : elle est riche, elle est contente, elle est heureuse. Dieu, qui n'a besoin de rien pour lui-même, ne veut régner sur nous que pour notre bien, ni nous posséder que pour nous faire posséder en lui toutes choses.
Donc, 6 créatures rebelles, ô pécheurs qui vous soulevez contre Dieu, faites maintenant votre sentence. Dites, Messieurs, ce que méritent ceux qui refusent de se soumettre à un gouvernement si avantageux et si équitable. Hélas! que méritent-ils, sinon de trouver, au lieu d'un joug agréable, un joug de fer; au lieu d'un seigneur légitime, un usurpateur violent; au lieu d'une puissance bienfaisante et amie, un ennemi insolent et outrageux; au lieu d'un père, un tyran; au lieu de la joie des enfants, la contrainte et la terreur des esclaves; au lieu de l'allégresse et de l'abondance, la faim, la soif et la nudité, et une extrême disette ?
Il faut vous dire quel est cet ennemi que Dieu enverra contre vous. Delui qui s'est déclaré l'ennemi de Dieu, qui ne pouvant rien contre iui, se venge contre son image; et la déchirant, la déshonore, remplissant son esprit envieux d'une vaine imagination de vengeance ; c'est Satan avec ses anges. Esprits noirs, esprits ténébreux, esprits furieux et désespérés; qui affectent un faste insolent, au lieu de leur grandeur naturelle; qui emploient des finesses malicieuses, au lieu d'une sagesse céleste; qui ne respirent que la haine, la dissension et l'envie; au lieu de la charité et de la société fraternelle; qui sont devenus superbes, trompeurs et jaloux; qui s'étant perdus sans espérance et abîmés sans ressource, ne sont plus désormais capables que de cette noire et maligne joie qui revient a des méchants d'avoir des complices, à des envieux d'avoir des compagnons, à des superbes renversés d'entraîner avec soi les autres. C'est cette rage, c'est cette fureur de Satan et de ses anges que le prophète Ézéchiel nous représente sous le nom et sous la figure de Pharaon, roi d'Egypte. Spectacle épouvantable! Autour de lui sont des morts qu'il a percés par de cruelles blessures. Là gît Assur, dit le prophète, avec toute sa multitude : là est tombé ÊiaLû et tout le peuple qui le suivoit : là Mosoch et Thubal, et leur
princes et leurs capitaines, et tous les autres qui sont nommés : nombre innombrable, troupe infinie, multitude immense : ils sont autour renversés par terre, nageant dans leur sang. Pharaon est au milieu, qui repaît ses yeux de la vue d'un si grand carnage, et qui se console de sa perte et de la ruine des siens : Pharaon avec son armée, Satan avec ses anges : a Vidit eos Pharao, et consolatus est super universa a multitudine sua quae interfecta est gladio : Pharao et omnis exercitus o ejus1. » Enfin, semblent-ils dire, nous ne serons pas les seuls misérables. Dieu a voulu des supplices; en voilà assez : voilà assez de sang, assez de carnage. On a voulu nous égaler les hommes : les voilà enfin nos égaux dans les tourments : cette égalité leur plaît. Ils savent que les hommes les doivent juger : quelle rage pour ces superbes ! Mais avant ce jour, disent-ils, combien en mourra-t-il de notre main! Ah ! que nous allons faire de sièges vacants, et qu'il y en aura parmi les criminels de ceux qui pouvoient s'asseoir parmi les juges!
Mais que fais-je, mes Frères, de profaner si longtemps et ma bouche et vos oreilles, en faisant parler ces blasphémateurs ? C'est assez de vous avoir découvert leur haine. Elle est telle, remarquez ceci et étonnez-vous de cet excès, elle est telle, cette haine qu'iis ont contre nous, qu'ils se plaisent non-seulement à désoler, mais encore à souiller notre âme, à la dégrader. Oui, ils aiment encore mieux nous corromdre que nous tourmenter, nous ôter l'innocence que le repos, et nous rendre méchants que de nous rendre malheureux : si bien que quand ces victorieux cruels se sont rendus les maîtres d'une âme, ils y entrent avec furie; ils la pillent, ils la ravagent, ils la violent. 0 âme blanchie au sang de l'Agneau, âme qui étoit sortie des eaux du baptême si pure, si pudique et si virginale! Ces corrupteurs la violent, non tant pour se satisfaire que pour la déshonorer et la ravillir. Ils la portent à s'abandonner à eux; ils la souillent et puis ils la méprisent : ilf la traitent comme ces femmes qui deviennent le mépris de ceux à qui elles se sont lâchement et indignement prostituées.
Souvenez-vous de votre baptême. Il a détruit la puissance des ténèbres. Rappelez-vous ces exorcismes qui ont été employés pour chasser Satan de votre âme. Retire-toi, lui a-t-on dit, « maudit, damné : » a Maledicte, damnate. » Il a été forcé de céder à l'empire de l'Église qui lui a ordonné de « faire place au Dieu vivant et véritable : » « da « locum Deo vero et vivo 2. » Alors vous avez pour toujours renoncé à son empire. Chaque empire a ses pompes et ses ouvrages. Les pompes doivent être distinguées des œuvres. Les pompes du diable sont tout ce qui corrompt la modestie; tout ce qui remplit l'esprit de fausses grandeurs, tout ce qui étale la gloire et la vanité; tout ce qui veut plaire et attirer les regards, tout ce qui enchante les yeux; tout ce qui sert à l'ostentation et au triomphe de la vanité du monde; tout ce qui fait paroître grand ce qui ne l'est pas, et élève une autre grandeur que celle de Dieu. Maintenant il n'y a plus de pompe du monde : les spectacles sont devenus honnêtes, parce qu'on a ôté les excès grossiers