‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 89 sur 171 · Jeretn. IX, 12. — 2. l's. CXLUI, 15. — 3. Joan. m, il · texte numérisé non relu

Jeretn. IX, 12. — 2. l's. CXLUI, 15. — 3. Joan. m, il

Jésus près de vous, qui vous dit à l'oreille tout ce qu'il faut croire dt ce qui se présente à vos yeux. C'est l'Écriture qui vous l'enseigne, qu'il marche après vous comme un précepteur qui suit et qui conduit ses disciples, et qui ne cesse de les avertie de la voie qu'ils doivent suivre: « Et aures tuae audient verbum post tergum momentis : Haec est via '. » Soyez donc attentifs, mes Frères, à ce précepteur qui vous parle, et réglez vos jugements sur les siens. Vos sens vous disent : Ce plaisir est doux ; écoutez, Jésus dit qu'il est très-amer : « Amarum est reliée quisse te Dominum Deum tuum 2. » Vos sens disent : Courons aux délices; et Jésus : « Malheur à vous qui riez, parce que vos ris produiront des pleurs3! » Vos sens disent : Ah! qu'il est pénible de marcher dans la voie de Dieu! et Jésus au contraire, que son joug est doux et que son fardeau est léger : « Jugum meum suave est et onus meum a levé4. » Croyez ces témoignages, Fidèles, et, persuadés de leur vérité, formez-vous des maximes invariables, qui, fixant fortement à jamais votre esprit sur des jugements arrêtés, puissent aussi diriger vos mœurs par une conduite certaine. C'est ma deuxième partie.

DEUXIÈME POINT

« Ipsum audite : » a Écoutez Jésus; » écoutez ses commandements. Je vous ai dit, Messieurs, Écoutez et croyez tout ce qu'il enseigne; je vous parle maintenant d'une autre manière, et je vous dis, Écoutez et faites. Si vous avez créance à sa doctrine, venez à l'épreuve des œuvres, et montrez votre foi par vos actions : « Ostende ex operibus fia dem tuam 5. » Et certainement, Chrétiens, si nous en croyons sa parole; de quelque science que soit éclairé celui qui ne garde point ses préceptes, il ne doit pas se vanter de le connoître. Le disciple bienaimé le dit nettement en sa première épître : « Qui dicit senosseeum, a. et mandata ejus non custodit, mendax est, et in hoc veritas non a est6 : » a Celui qui assure qu'il le connoît, et ne garde pas ses commandements, c'est un menteur, et la vérité n'est point en lui. » Non, il ne connoît pas Jésus-Christ, parce qu'il ne le connoît pas comme il le veut être. Il le connoît comme un curieux qui se divertit de sa doctrine et ne songe pas à la pratique, ou qui en fait un sujet de spéculations agréables. Chrétiens, ce n'est pas ainsi que Jésus-Christ veut être connu : au contraire il nous assure , qu'il ne connoît pas ceux qui le connoissent de la sorte. Il veut des ouvriers fidèles, et non pas des contemplateurs oisifs; et ce n'est rien de la foi, si elle ne fructifie en bonnes œuvres. Mais, afin de vous en convaincre, remarquez, s'il vous plaît, Messieurs, que toute la vie chrétienne nous étant représentée dans les Écritures comme un édifice spirituel, les mêmes Écritures nous disent aussi que la foi en est le fondement. C'est pourquoi saint Paul nous enseigne , que « nous sommes fondés en la foi : » « In fide fundati'. » Or vous savez que le fondement a deux qualités

I. Is. xxx, 21. — 2. Jerem. n, 19. — 3. Luc. VI, 25. — 4. Matth. xi, 30. b. J;ic. m, 18. — G. 1 Jean, u, 6. — 7. Coloss. i, 23.

principales : il est en premier lieu le commencement; et secondement il est le soutien de l'édifice qui se prépare. Donc pour bien connoître la foi, nous devons juger en premier lieu qu'elle n'est qu'un commencement; et secondement qu'elle est destinée pour être le soutien de quelque chose. L'une et l'autre de ces qualités exige nécessairement la suite des œuvres : parce qu'en qualité de commencement elle nous oblige à continuer, et en qualité de soutien elle nous invite à bâtir dessus; et l'un et l'autre se fait par les œuvres.

Mais découvrons dans un plus grand jour ces deux importantes raisons. Je conclus la première en peu de paroles; et la seconde, qui sera plus de notre sujet, aura une plus grande étendue. Croire, disons-nous, c'est commencer; et il est aisé de l'entendre. Car tout le dessein du christianisme n'étant que de soumettre notre esprit à Dieu, la foi, dit saint Augustin, commence cette œuvre : « Fides est prima « quae subjugat animam Deo • : » « La foi est la première qui soumet l'âme à Dieu; » et le concile de Trente a défini que « la foi est le commencement du salut de l'homme : » « Fides est humanae salutis ini- « tium 2. -a La foi est donc un commencement, c'est la première de ses qualités. Et plût à Dieu, Messieurs, que tous les chrétiens l'eussent bien compris ! car par là ils pourraient connoître que de s'en tenir à la foi sans s'avancer dans les bonnes œuvres, c'est s'arrêter dès le premier pas ; c'est abandonner tout l'ouvrage dès le commencement de l'entreprise, et s'attirer justement ce reproche de l'Évangile : « Hic homo cœpit aedificare, et non potuit consummare3» « Voilà ce fou et cet insensé qui avoit commencé un beau bâtiment, et qui ne l'a pas achevé; » il a fait grand amas de matériaux, il a posé tous les fondements d'un grand et superbe édifice, et, le fondement étant mis, tout d'un coup il quitte l'ouvrage. 0 le fou! ô l'extravagant! « Hic « homo cœpit aedificare. »

Mais éveillez-vous, chrétien : c'est vous-même qui êtes cet homme insensé. Vous avez commencé un grand bâtiment; vous avez déjà établi la foi qui en est le fondement immuable. Pour poser ce fondement delà foi, quels efforts a-t-il fallu faire! La place destinée pour le bâtiment étoit plus mouvante que le sable : Chrétiens, c'est l'esprit humain, toujours chancelant dans ses pensées; il a fallu l'affermir. Que de miracles, que de prophéties, que d'écritures, que d'enseignements ont été nécessaires pour servir d'appui ! Il y avait d'un côté des précipices, précipices terribles et dangereux de l'erreur et de l'ignorance; il a fallu les combler : et de l'autre, « des hauteurs superbes qui s'élevaient, dit le saint apôtre1, contre la science de Dieu;» il a fallu les abattre et les aplanir. Parlons en termes plus intelligibles : il a fallu s'aveugler soi-même, démentir et désavouer tous ses sens, renoncer à son jugement, se soumettre et se captiver dans la partie la plus libre, qui est la raison. Enfin que n'a-t-il pas fallu entreprendre pour poser ce fondement de la foi? Et après de si grands efforts et tant de

i. De Agon. Christ., n. 14, tom. VI, col. 252. - 2. Sess. vi, c. VIB- 3. Lac. XIV, 30. — 4. // Cor. x, 5.

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préparatifs extraordinaires, on laisse l'entreprise imparfaite, et l'on met de beaux fondements sur lesquels on ne bâtit rien : peut-on voir une pareille folie? Et ne vois-tu pas, insensé, que ce fondement attend l'édifice, que ce commencement de la foi demande sa perfection par la bonne vie; et que ces murailles à demi élevées, qui se ruinent parce qu'on néglige de les achever, rendent hautement témoignage contre ta folle et téméraire conduite? Mais cela paroîtra bien mieux, si, après avoir regardé ia foi comme le commencement de l'édifice, nous considérons maintenant qu'elle n'est pas établie pour demeurer seule, mais pour servir de soutien à quelque autre chose. Car s'il en est ainsi, Chrétiens, qu'elle ne soit pas établie pour demeurer seule, mais pour servir d'appui à quelque autre chose, je vous laisse à juger en vos consciences quelle injure vous faites au divin Sauveur, si, ayant mis en vos âmes un fondement si inébranlable, vous craignez encore de bâtir dessus : n'est-ce pas lui dire manifestement que vous vous défiez du soutien qu'il vous présente, et que vous n'osez vous appuyer sur sa parole? c'est-à-dire que sa foi vous paroît douteuse, sa doctrine mal soutenue, ses maximes peu assurées.

Mais laissons ces justes reproches, pour prouver solidement par les Écritures que la foi ne nous est donnée que pour être le soutien des œuvres; et vous en serez convaincus si vous méditez attentivement la conduite de notre Sauveur tant qu'il a été en ce monde. Il a accompli de grands mystères, il nous y a donné de grands préceptes : mais afin que ce qu'il faut croire nous apprît comme il faut agir, il a tellement ménagé les choses, que les mystères qu'il a accomplis fussent le soutien et le fondement des préceptes qu'il a donnés. Saint Augustin, Messieurs, vous fera entendre cette vérité, et il nous l'explique admirablement dans le livre qu'il a écrit, de Agone Christiano, du combat du chrétien, où, suivant le divin apôtre, il appuie toute la vie chrétienne et la liaison des préceptes avec les mystères sur Jésus-Christ humilié et sur le mystère de sa croix. 0 hommes, dit-il, n'aimez pas le monde; voilà le précepte : parce que s'il étoit aimable, le Fils de Dieu l'auroit aimé; voilà le mystère : a Nolite amare temporalia; quia a si bene amarentur, amaret ea homo quem suscepit Fiiius Dei '. » Ne vous attachez pas aux richesses; parce que si elles étoient nécessaires, le Fils de Dieu ne serait pas pauvre : ne craignez ni les souffrances ni l'ignominie; parce que si elles nuisoient à notre bonheur, un Dieu n'y seroit pas exposé. Ainsi vous voyez manifestement que toutes les choses que Jésus commande ont leur fondement immuable sur celles qu'il a accomplies; et que s'il nous prescrit dans son Évangile une vie pénitente et mortifiée, c'est à cause qu'il nous y parolt comme un Dieu anéanti et crucifié. C'est pour cela que sur le Thabor, où l'on nous ordonne d'écouter sa voix, de quoi est-ce qu'il s'entretient avec Moïse et Élie? de sa croix, dit l'évangéliste, et de la mort qu'il devoit souffrir à Jérusalem : « Dicebant excessum ejus , quem « completurus erat in Jérusalem2.» Pour quelle raison, mon divin

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