‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 88 sur 171 · Avoloq., n · texte numérisé non relu

Avoloq., n

dans son Écriture. Il pratique, ce grand Dieu , l'un et l'autre. Quelquefois il se fait connoître manifestement; et alors il dit à son peuple : « Vous saurez que je suis le Seigneur : » « Et scietis quia ego sum Dominus '.» Quelquefois, sans se découvrir, il fait valoir son autorité, et il veut qu'on le croie sur sa parole; comme lorsqu'il prononce avec tant d'emphase, pour obliger tout le monde à se soumettre : « Haec dicit Do- « minus : » a Voici ce que dit le Seigneur ;» et ailleurs: a II sera ainsi, parce que j'ai parlé, dit le Seigneur: » « Quia verbum ego locutus a sum, dicit Dominus2. » D'où vient. Messieurs, cette différence? C'est sans doute qu'il veut que nous comprenions qu'il a le moyen de se faire entendre, mais qu'il a le droit de se faire croire. Il peut par sa lumière infinie nous montrer, quand il lui plaira, sa vérité à découvert; et il peut, par son autorité souveraine, nous obliger à la révérer sans que nous en ayons l'intelligence. L'un et l'autre est digne de lui : il est digne de sa grandeur de régner sur les esprits, ou en les captivant par la foi , ou en les contentant par la claire vue. L'un et l'autre est digne de lui : il fera aussi l'un et l'autre; mais chaque chose doit avoir son temps. Tous deux néanmoins sont incompatibles; je veux dire l'obscurité de la foi et la netteté de la vue. Qu'a-t-il fait? écoutez, mes Frères : voici le mystère du christianisme. Il a partagé ces deux choses entre la vie présente et la vie future : l'évidence dans la patrie, la foi et la soumission durant le voyage. Un jour la vérité sera découverte; en attendant pour s'y préparer, il faut que l'autorité soit révérée : le dernier fera le mérite, et l'autre est réservé pour la récompense. « Là nous avons vu les mêmes choses que nous avons entendues : » « Sicut audivimus, sic vidimus 3; » ici il ne se parle point de voir, et on nous ordonne seulement de prêter l'oreille, et d'être attentifs à sa parole : « ipsum audite. »

Venez donc au Thabor, mes Frères, et accourez tous ensemble à ce divin Maître que vous montre le Père céleste. Vous pouvez reconnoître son autorité en considérant les respects que lui rendent Moïse et Élie: c'est-à-dire la loi et les prophètes, comme je l'ai déjà expliqué. Mais j'ajouterai maintenant une remarque sur notre Evangile, que peutêtre vous n'avez pas faite, et qui néanmoins est très-importante pour connoître l'autorité du sauveur Jésus. C'est, Messieurs, qu'il est remarqué qu'en même temps que fut entendue cette voix du Père éternel qui nous commande d'écouter son Fils, Moïse et Élie disparurent, et que Jésus se trouva tout seul : a Et dum fieret vox, inventus est « Jésus solus*. » Dites-moi, quel est ce mystère ? d'où vient que Moïse et Élie se retirent à cette parole ? Chrétiens, voici le secret développé par le grand apôtre, a Autrefois, dit-il, Dieu ayant parlé en différentes manières par la bouche de ses prophètes5; » écoutez et comprenez ce discours : Vous avez parlé, ô prophètes, mais vous avez parlé autrefois : « maintenant en ces derniers temps il nous a parlé par son propre Fils : » « Novissime locutus est nobis in Filio 6. » C'est pourquoi, dans

1. Ezech. vi, 7. — 2. Jerem. xxxiv, 5. — 3. Ps. xlvii, 9. — 4. Luc, ix. 36 5. Heh. i, 1. — 6. Ibid.» "

lo même temps que Jésus-Christ paroît comme maître. Moïse et Elle e Xen^a loi, toute impérieuse qu'elle est, tient à la gloire de lu, réder les prophètes tout clairvoyants qu'ils sont, se vont neanmoSs'cacherdans la nue :«Intrantibusillis in nubemt....Nubesobumh^avit eôs ! comme s'ils disoient au divin Sauveur tacitement par ItteTction : Nous avons parlé autrefois au nom et par l'ordre de votre p£ : Olimloquens patribns in prophetis : . maintenan que vous ouvrez votre bouche pour expliquer vous-même les secrets du c.el „„e commission est expirée, notre autorité se ™^*™™£« supérieure; et n'étant que les serviteurs, nous cédons humblement a narote Tu Fil. Par conséquent soyons attentifs, et écoutons ce Fds C-aimé : Hic est Filins meus dileetns. » Ne recherchons pas le raisons des vérités qu'il nous enseigne : toute la raison, cest qu U a

^fcoutez comme il vous parle dans son Évangile : « Jamais personne n'a ™ Keu S Fils unique, qui est dans le sein du Père, est venu luimême pou%ts en induira : » . Deum nemo vidit unquam; Umgenitus Filius, qui est in sinu Patris, ipse enarravit' * ° homme» nu H» mm n'a encore vu Dieu; vous ne savez ce qu'il en faut croire, ni fa vole oû'il faut tenir pour aller à lui : le Fils unique qu, est en son ein qu itaèto tous ses secrets, lui-même est venu vous les raconrr « TpseP, ipse enarravit. » Que recherchez-vous, ô mortels, après e émoignage de ce divin Maître? osez-vous lu. demander des rasons, ou vous plaindre de ce qu'il vous oblige de croire ce que , vous nentendez pas' Je voudrois entendre, e voudrais savoir : saint Augustin ^voÛs^atisfaire: « C'est être savant, nous °f^„ri '"c^ e lui oui sait » « Non parva scientia est scienti conjungi*. » Cest être as e'z avant que d'être uni à celui qui sait; *»ton^«phjper sa nensée à celui qui sait d'original, si l'on peut parler de la sorte, auS nôur avoir vu et pour avoir vu jusqu'au fond, et qu. nous d,t Mérité '. QÙod vidimus, testamur' : . « Nous témoignons ce que nous avons vu. » « Celui-là, dit saint Augustin, a les yeux de lintellig ne; nous avons les yeux'de la foi : . « Ule ^et oculos agmuon s ?u crédulité. » Je ne prétends rien ^na^^^Z ]£ de l'obscurité des maximes de l'Évangile. Si je in a, Pa» de £m'èr^ propres, j'ai pjJ-a.Jta^ « «qu! m^e S ?SS1SX» fe neC» tn, parce que j'en crois celui qui

^î me semble Chrétiens auditeurs, que l'autorité de ce divin Maître es\umsammentCétablie, et que nous ^«"^^SSîX c'est assez d'écouter sa voix pour connottre la vérité avec o«r"'uo« Ma toons de ce«e doctrine importante quelque instruction pour no e " nduite 11 faudroit commencer un nouveau discours pour vous dire

,. Luc. ix, 34. - S. Matth xv.1,5. - • I. Joan^ 1 8. 4. In Ps. xxxvi, Serm. n, n. 2, tora. iv, coi. <*oo. #! Ubi supra.

tout le fruit qu'elle doit produire : mais parmi une infinité de grandes choses qui se présentent de toutes parts, voici une vérité que je vous choisis; et je me tiendrai Bienheureux, si je la puis aujourd'hui graver dans vos cœurs.

Puisqu'il est ainsi, Chrétiens, que nous sommes obligés de nous rapporter à ce que nous dit le Sauveur Jésus, résolvons, et résolvons immuablement, de former tous nos jugements , non sur les apparences des sens, ni sur les opinions anticipées dont la raison humaine nous préoccupe, mais sur la parole de Jésus-Christ, sur la doctrine de son Évangile. M'entendez-vous , mes Frères , comprenez-vous ce que je veux dire? « Quis est vir sapiens qui intelligat hoc'? » Qui de nous juge selon Jésus-Christ, et selon les règles qu'il nous a données? Ah ! si nous jugions des choses selon ses maximes, que d'illusions seraient dissipées! que de folles pensées s'évanouiraient! que de vaines opinions tomberaient par terre ! Quand on voit les fortunés de ce monde au milieu de la troupe qui leur applaudit, tous les sens disent : Voilà les heureux; Jésus-Christ nous dit au contraire : Ce ne sont pas là les heureux; a heureux ceux dont le Seigneur est le Dieu ! » « Beatus populus cujus a Dominus Deus ejus2! * C'est ce que vous dites, ô Maître céleste; mais que cette parole est peu écoutée ! Nous nous laissons étourdir par le bruit de ceux qui nous crient perpétuellement qu'ils sont heureux, qu'ils sont fortunés dans leur vie molle et délicieuse ; et parmi ce bruit importun la voix du Sauveur demeure étouffée, et n'arrive pas jusqu'à nos oreilles.

Chrétiens, venez au Thabor; apprenez du Père céleste à écouter humblement son Fils : « ipsum audite. » Qui pourrait vous faire comprendre toute la force de cette parole? Cette parole du Père céleste sacrifie tous vos sentiments, et abat toutes vos raisons aux pieds de son Fils. Mais qu'il a raison de nous reprocher que nous ne recevons pas son témoignage! « Testimonium nostrum non accipitis3. » Si vous le recevez, vous êtes obligés de désavouer tout ce qui s'oppose à ce qu'il témoigne; par exemple, pour vous en convaincre, regardez ce que vous faites dans l'eucharistie : tout est mort, il n'y a que l'ouïe qui vive; et elle ne vit que pour Jésus-Christ, et ne connolt plus que sa voix. Dans cet adorable mystère, tous vos sens vous trompent, excepté l'ouïe. La vue et le goût disent : C'est du pain; le toucher et l'odorat se joignent à eux : il n'y a que l'ouïe qui rapporte bien , parce qu'elle vous annonce en simplicité le témoignage de Jésus-Christ ; et pour bien recevoir ce grand témoignage, vous démentez votre propre vue, vous désavouez votre goût, vous résistez à votre raison, pour abandonner tous vos sentiments à Jésus qui vous instruit par la seule ouïe. Éveillezvous, mes Frères, et rendez partout le même respect à celui qui est toujours infaillible. Que ce mystère que vous fréquentez tous les jours vous accoutume à juger des choses, non selon la prudence humaine, mais selon le témoignage qu'en rend le Sauveur. Imaginez-vous, Chrétiens, mais que dis-je, imaginez-vous, croyez que vous avez toujours

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