Oeuvres choisies de Bossuet
Trois grâces dans l'Église pour surmonter le monde et ses vanités : ces trois grâces réunies en saint Sulpice. Innocence de sa vie à la cour : ses vertus dans l'episcopat : sa retraite avant sa mort, pour régler ses comptes avec la justice divine. Excellentes leçons qu'il fournit, dans ces différents états, aux ecclésiastiques et à tous les chrétiens.
Nosautem non spiritum hujus mundi accepimus, sed spiritum qui ex Deo est, ut sciamus quœ a Deo donata sunt nobis.
Pour nous, nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde , mais un esprit qui vient de Dieu, pour connoitre les choses qu'il nous adonnées. 1 Cor., II. 12.
Chaque compagnie a ses lois, ses coutumes, ses maximes et son esprit; et lorsque nos emplois ou nos dignités nous donnent place dans quelque corps, aussitôt on nous avertit de prendre Fesprit de la compagnie dans laquelle nous sommes entrée. Cette grande société, que l'Écriture appelle le monde, a son esprit qui- llii est propre; et c'est ce que l'apôtre saint Paul appelle, dans notre texte, l'esprit du monde- Mais comme la grâce du christianisme e^ répandue en nos cœurs, pour nous séparer du monde et nous dépbtiiller dQ son esprit, un autre esprit nous est donné .d'autres maximes ijôus sont, proposées : et c'est i)Ourquoile même saint Paul, parlant de la-'^çiétè de&.enfahis de Dieu, a dit ces belles paroles : « Nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde; mais un esprit qui est de Dieu, pour connoître les dons de sa grâce : » « Ut sciamus quae a Deo donata sunt nobis. »
Si le saint que nous honorons, et dont je dois prononcer i'éloge, avoit eu l'esprit de ce monde, il auroit été rempli des idées du monde, et il auroit marché comme les autres, dans la grande voie, courant après les délices et les vanités : mais étant plein au contraire de l'Esprit de Dieu, il a connu parfaitement les biens qu'il nous donne; un trésor qui ne se perd pas, une vie qui ne finit pas, l'héritage de Jésus-Christ, la communication de sa gloire, la société de son trône. Ces grandes et nobles idées ayant effacé de son cœur les idées du monde, la cour ne l'a point corrompu par ses faveurs, ni engagé par ses attraits, ni trompé par ses espérances; et il nous cnseipuo, par ses saints exemples, à nous défaire entièrement de l'esprit du monde,
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pour recevoir l'esprit du christianisme. Venez donc apprendre aujourd'hui, de ce grand serviteur de Dieu, le mépris que vous devez faire du monde, de ses plaisirs et de toutes ses vanités.
Jésus-Christ, ce glorieux conquérant, a eu à combattre le ciei, la terre et les enfers; je veux dire la justice de Dieu, la rage et la furie des démons, des persécutions inouïes de la part du monde : toujours grand, toujours invincible, il a triomphé dans tous ces combats; tout l'univers puniie ses victoires. Mais celle dont il se glorifie avec plus de magnificence, c'est celie qu'il a gagnée sur le monde; et je ne lis rien dans son Évangile, qu'il ait dit avec plus de force, que cette belle parole: « Prenez courage, j'ai vaincu le monde : » k Confidite, ego vici a mundum '. »
Il l'a vaincu en effet, lorsque, crucifié sur le Calvaire, il a couvert, pour ainsi dire, la face du monde de toute l'horreur de sa croix, de toute l'ignominie de son supplice. Non content de l'avoir vaincu par lui-même, il le surmonte tous les jours par ses serviteurs. Il est sorti de ses plaies un esprit victorieux du monde, qui, animant le corps de l'Église, la rend saintement féconde, pour engendrer tous les jours ime race spirituelle, née pour triompher glorieusement de la pompe, des vanités et des délices mondaines.
Cette grâce victorieuse des attraits du monde n'agit pas de la même sorte dans tous les fidèles. Il y a de saints solitaires qui se sont tout à fait retirés du monde; il y en a d'autres, non moins illustres, lesquels y vivant sans en être, l'ont, pour ainsi dire, vaincu dans son propre champ de bataille. Ceux-là, entièrement détachés, semblent désormais n'user plus du monde; ceux-ci, non moins généreux, en usent comme n'en usant pas, selon le précepte de l'apôtre ' : ceux-là, s'en arrachant tout à coup, n'ont plus rien à démêler avec lui; ceux-ci sont toujours aux mains, et gagnent de jour en jour, par un long combat, ce que les autres emportent tout à une fois par la seule fuite : car ici la fuite même est une victoire ; parce qu'elle ne vient ni de surprise ni de lâcheté , mais d'une ardeur de courage qui rompt ses liens, force sa prison, et assure sa liberté par. une retraite glorieuse.
Ce n'est pas assez, Chrétiens, et il y a dans l'Église une grâce plus excellente; je veux dire une force céleste et divine, qui nous fait nonseulement surmonter le monde, par la fuite ou par le combat, mais qui en doit inspirer le mépris aux autres. C'est la grâce de l'ordre ecclésiastique : car, comme on voit dans le monde une efficace d'erreur, qui fait passer de l'un à l'autre, par une espèce de ccntagion, l'amour des vanités de la terre; il a plu au Saint-Esprit de mettre dans ses ministres une efficace de sa vérité, pour détacher tous les cœurs de l'esprit du monde , pour prévenir la contagion qui empoisonne les âmes, et rompre les enchantements par lesquels il les tient captives.
Voilà donc trois grâces qui sont dans l'Église, pour surmonter le monde et ses vanités; la première, de s'en séparer tout à fait, et de s'éloigner de son commerce; la seconde, de s'y conserver sans cor-