Lac. IV. 13. — 2. Apolog.y n
tiens sont si assurés de le faire obéir, qu'ils s'y engagent au péril de leur vie, en présence de leurs propres juges ! Eh! pourquoi craindrions-nous un ennemi si foible et si impuissant ? C'est la même foi que nous professons, c'est le même Jésus que nous adorons, s'est la même parole de Dieu que nous avons toujours à la bou- She : et si le diable est puissant contre nous, il ne le faut attribuer qu'au dérèglement de nos mœurs, qu'à notre vie toute séculière et toute païenne, qu'à la dureté de nos cœurs pour les saintes vérités du christianisme. C'est pourquoi je ne m'étonne pas si le diable nous est dépeint dans les Écritures tantôt fort et tantôt foible. a C'est un lion rugissant, » dit saint Pierre' : y a-t-il rien de plus terrible? « Mais, dit saint Jacques 2, résistez-lui, et il s'enfuira. » Se peut-il une plus grande foiblesse? En effet il n'est fort, Chrétiens, que par notre lâche condescendance; et si, au lieu de lui tendre les mains volontairement, nous avions soin de les fortifier par les armes que Jésus notre maître nous a données, ce loup affamé avec sa rage et ses artifices n'auroit qu'une fureur inutile. Et pour vous dire des choses convenables au temps où nous sommes, le jeûne, mes Frères, le jeûne célébré selon l'intention de l'Église, c'est un rempart invincible contre ses attaques.
Vous me direz peut-être que c'est dans le jeûne qu'il présente le combat au Sauveur avec une plus grande furie. Mais prenez garde, mes Frères, que si c'est dans le jeûne que cet ennemi fait ses efforts les plus redoutables, c'est aussi dans le jeûne que Jésus notre capitaine a daigné nous faire paroître sa victoire la plus glorieuse : pour nous apprendre, par son exemple, que ce sera toujours en vain que le diable entreprendra contre nous, quand nous serons armés par le jeûne et par l'abstinence.
Et pour vous en convaincre davantage, remettez, s'il vous plaît, en votre mémoire ce que je vous disois tout à l'heure, que c'est une envie furieuse qui enflamme les démons contre nous. Ils voient qu'étant leurs inférieurs par nature, nous les passons de beaucoup par la grâce : ils ne sauroient considérer, sans un déplaisir extrême, que dans des membres mortels nous puissions par la miséricorde divine approcher de la pureté des substances incorporelles. Et comme ce qui élève les bons chrétiens presque à l'égalité des saints anges, c'est que, dédaignant le commerce du corps, ils conversent en esprit dans le ciel, ces malins et ces envieux ne tâchent qu'à les abîmer dans la chair, afin d'en faire des bêtes brutes; au lieu qu'en s'élevant au-dessus de cette masse du corps, ils entrent en société avec les intelligences célestes. C'est pourquoi la sainte Eglise de Dieu voulant purifier nos âmes de l'attachement excessif qu'elles ont au corps, nous ordonne une salutaire abstinence. Ce que nous perdons pour la chair, nous le gagnons' pour l'esprit. Le jeûne fortifie et engraisse l'âme; et autant que nous assujettissons nos corps par la mortification et la pénitence, autant diminuons-nous les forces de notre irréconciliable ennemi.
Par conséquent, mes Frères, embrassons avec grand courage cette