De Pœnit., n. 7. — 2. ïbr<., Apolog.y n
nous comprenions ce qu'il pourroit faire sur nous, si Dieu nous abandonnoit à sa violence. Jugez, s'il vous plaît, de sa haine et de son orgueil tout ensemble par le conseil qu'il donne à notre Sauveur, de se prosternera ses pieds et de l'adorer; conseil pernicieux et insolence inouïe. D'ailleurs pouvoit-il prendre un dessein plus plausible à l'égard de Noire-Seigneur, que de le tenter de gourmandise après un jeûne de quarante jours, et de vaine gloire après une action d'une patience héroïque? Ce sont ses finesses et ses artifices. Mais ce qui nous paroît plus évidemment, est son opiniâtreté. Surmonté par trois fois, il ne peut encore perdre courage : a Recessit ab illo usque ad tempus *, » remarque le texte sacré : a II le laisse, dit-il, pour un temps : » non point fatigué ni désespérant de le vaincre, mais attendant une heure plus propre et une occasion plus pressante, a usque ad tempus. » 0 Dieu ! que dirons-nous ici. Chrétiens ? Si une résistance si vigoureuse ne ralentit pas sa fureur, quand pourrons-nous espérer de trêve avec lui? Et si la guerre est continuelle, si cet ennemi irréconciliable veille sans cesse à notre ruine, comment pourrons-nous résister, foibles et impuissants que nous sommes? Toutefois, Fidèles, ne le craignez pas. Cet ennemi redoutable, il redoute lui-même les chrétiens. Il tremble au seul nom de Jésus; et, malgré son orgueil et son arrogance, il est forcé par une secrète vertu de respecter ceux qui portent sa marque : c'est ce que vous allez voir par un beau passage du grand TertuUien, d'où je tirerai une instruction importante, qui sera le fruit de tout ce discours.
Le grave TertuUien, dans ce merveilleux Apologétique qu'il a fait pour la religion chrétienne, avance une proposition bien hardie aux juges de l'empire romain, qui procédoient contre les chrétiens avec une telle inhumanité*. Après leur avoir reproché que tous leurs dieux c'étoient des démons, il leur donne le moyen de s'en éclaircir par une expérience bien convaincante. Que Ton produise, dit-il, devant vos tribunaux (je ne veux pas que ce soit une chose cachée), devant vos tribunaux et à la face de tout le monde, que l'on produise un homme notoirement possédé du diable (il dit notoirement possédé, et que ce soit une chose constante) : après, que l'ou fasse venir quelque fidèle; qu'il commande à cet esprit de parler : s'il ne vous dit tout ouvertement ce qu'il est, s'il n'avoue publiquement que lui et ses compagnons sont les dieux que vous adorez; si, dis-je, il n'avoue ces choses n'osant mentir à un chrétien, là même sans différer, sans aucune nouvelle procédure, faites mourir ce chrétien impudent, qui n'aura pu soutenir par l'effet une promesse si extraordinaire. Ahl mes Frères, quelle joie à des chrétiens d'entendre une telle proposition faite si hautement et avec une telle énergie par un homme si posé et si sérieux, et vraisemblablement de l'avis de toute l'Éylise, dont il soutenoit l'innocence , Quoi donc, cet esprit trompeur, et ce père de mensonge, n'ose mentir à un chrétien I devant un chrétien ce front de fer s'amollit, et, forcé par la parole d'un fidèle, il dépose son impudence; et le chré-