k)id., 11. —2. /». V, 13. — 3. h. v, 14. — 4. Ibid
tyûs tout à coup le poison de libertinage, si cependant vous le sucez tui* à peu, si vous laissez insensiblement gagner jusqu'au cœur cetts subtil contagion, qu'on respire avec l'air du monde dans ses conversations et dans ses coutumes.
Qui pourroit ici raconter toutes les erreurs du monde ? Ce maître subtil et dangereux tient école publique sans dogmatiser : il a sa méthode particulière de ne prouver pas ses maximes, mais de les imprimer sans qu'on y pense; autant d'hommes qui nous parlent, autant d'organes qui nous les inspirent : nos ennemis par leurs menaces, et nos amis par leurs bons offices , concourent également à nous donner de fausses idées du bien et du mal. Tout ce qui se dit dans les compagnies, nous recommande, ou l'ambition sans laquelle on n'est pas du monde, ou la fausse galanterie sans laquelle on n'a point d'esprit. Car c'est le plus grand malheur des choses humaines, que nul nfe se contenue d'être insensé seulement pour soi, mais veut faire passer sa folie aux autres : si bien que ce qui nous seroit indifférent, souvent, tant nous sommes foibles , attire notre imprudente curiosité par le bruit qu'on en fait autour de nous. Tantôt une raillerie fine et ingénieuse, tantôt une peinture agréable d'une mauvaise action impose doucement à notre esprit. Ainsi, dans cet étrange empressement de nous entre-communiquer nos folies, les âmes les plus innocentes prennent quelque teinture du vice et des maximes du siècle; et recueillant le mal deçà et delà dans le monde, comme à une table couverte de mauvaises viandes, elles y amassent aussi peu à peu, comme des humeurs peccantes, les erreurs qui offusquent notre intelligence. Telle est à peu près la séduction qui règne publiquement dans le monde; de sorte que si vous demandez à TertuUien ce qu'il craint pour nous dans cette école : « Tout, vous répondra ce grand homme, jusqu'à l'air, qui est infecté par tant de mauvais discours, tant de maximes antichrétiennes, corrompues : »... « ipsumque aerem scelestis vocibus a constupratum ^ »
Sauvez-nous, sauvez-nous, Seigneur, de la contagion de ce siècle : « Sauvez-nous, disoit le prophète, parce qu'il n'y a plus de saint sur la terre, et que les vérités ont été dioainuées par la malice des enfants des hommes: » « Salvum me fac. Domine, quoniam defecit sanctus, « quoniam diminutae sunt veritates à filiis hominum^. » Où il ne faut pas se persuader qu'il se plaigne des infidèles et des idolâtres; ceux-là ne diminuent pas seulement les vérités, mais ils les méconnoissent : il se plaint des enfants de Dieu, qui ne les pouvant tout à fait éteindre, à cause de leur évidence, les retranchent et les diminuent au gré de leurs passions. Car le monde n'a-t-ii pas entrepris de faire une distinction entre les vices? Il y en a que nous laissons volontiers dans l'exécration et dans la haine publique, comme l'avarice, la cruauté, la perfidie; il y en a que nous tâchons de mettre en honneur, comme ces passions délicates qu'on appelle les vices des honnêtes gens. Malheureux, qu'entreprenez -vous? « Jésus-Christ est-il divisé? » a Divisusest