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dans son Écriture. Il pratique, ce grand Dieu, l'un et l'autre. Quelquefois il se fait connoître manifestement ; et alors il dit à son peuple : « Vous saurez que je suis le Seigneur : » a Et scietis quia ego sum Dominus^» Quelquefois, sans se découvrir, il fait valoir son autorité, et il veut qu'on le croie sur sa parole; comme lorsqu'il prononce avec tant d'emphase, pour obliger tout le monde à se soumettre : « Haec dicit Do- « minus : » « Voici ce que dit le Seigneur;» et ailleurs: a II sera ainsi, parce que j'ai parlé, dit le Seigneur : » « Quia verbum ego locutus «sum, dicit Dominus 2. j) D'où vient. Messieurs, cette différence? C'est sans doute qu'il veut que nous comprenions qu'il a le moyen de se faire entendre, mais qu'il a le droit de se faire croire. Il peut par sa lumière infinie nous montrer, quand il lui plaira, sa vérité à découvert; et il peut, par son autorité souveraine, nous obliger à la révérer sans que nous en ayons l'intelligence. L'un et l'autre est digne de lui : il est digne de sa grandeur de régner sur les esprits, ou en les captivant par la foi , ou en les contentant par la claire vue. L'un et l'autre est digne de lui : il fera aussi l'un et l'autre; mais chaque chose doit avoir son temps. Tous deux néanmoins sont incompatibles; je veux dire l'obscurité de la foi et la netteté de la vue, Qu'a-t-il fait? écoutez, mes Frères : voici le mystère du christianisme. Il a partagé ces deux choses entre la vie présente et la vie future : l'évidence dans la patrie, la foi et la soumission durant le voyage. Un jour la vérité sera découverte; en attendant pour s'y préparer, il faut que l'autorité soit révérée : le dernier fera le mérite, et l'autre est réservé pour la récompense, a Là nous avons vu les mêmes choses que nous avons entendues : » <i Sicut audivimus, sic vidimus 3; » ici il ne se parle point de voir, et on nous ordonne seulement de prêter l'oreille, et d'être attentifs à sa parole : « ipsum audite.»
Venez donc au Thabor, mes Frères, et accourez tous ensemble à ce divin Maître que vous montre le Père céleste. Vous pouvez reconnoîtra son autorité en considérant les respects que lui rendent Moïse et Élie; c'est-à-dire la loi et les prophètes, comme je l'ai déjà expliqué. Mais j'ajouterai maintenant une remarque sur notre Évangile, que peutêtre vous n'avez pas faite, et qui néanmoins est très- importante pour connoître l'autorité du sauveur Jésus. C'est, Messieurs, qu'il est remarqué qu'en même temps que fut entendue cette voix du Père éternel qui nous commande d'écouter son Fils, Moïse et Élie disparurent, et que Jésus se trouva tout seul : « Et dum fieret vox, inventus est « Jésus solus *. » Dites-moi, quel est ce mystère ? d'où vient que Moïse et Êlie se retirent à cette parole ? Chrétiens, voici le secret développé par le grand apôtre. « Autrefois, dit-il, Dieu ayant parlé en différentes manières par la bouche de ses prophètes*; » écoutez et comprenez ce discours : Vous avez parlé, ô prophètes, mais vous avez parlé autrefois : « maintenant en ces derniers temps il nous a parlé par son propre Fils : » « Novissime locutus est nobis in Filio ^. » C'est pourquoi, dans
1. Ex»ch. VI, 7. — 2. Jerem. xxxiv, 5. — 3. Ps. XLVir, 9. — 4. Luc. u. Sfi 5. Ueb. I, i. — 6. Ibid.. *
le même temps que Jésus-Christ parott comme maître, Moïse et Ëlie se retirent: la loi, toute impérieuse qu'elle est, tient à la gloire de lui céder; les prophètes, tout clairvoyants qu'ils sont, se vont néanmoins cacher dans la nue : « Intrantibus illis in nubem '.... Nubes obumic bravit eos' : » comme s'ils disoient au divin Sauveur tacitement par cette action : Nous avons parlé autrefois au nom et par l'ordre de votre Père; a Olim loquens patribus in prophetis : » maintenant que vous ouvrez votre bouche pour expliquer vous-même les secrets du ciel, notre commission est expirée, notre autorité se confond dans l'autorité supérieure; et n'étant que les serviteurs, nous cédons humblement la parole au Fils. Par conséquent soyons attentifs, et écoutons ce Fils bien-aimé : « Hic est Filius meus dilectus. » Ne recherchons par les raisons des vérités qu'il nous enseigne : toute la raison, c'est qu'il a parlé.
Écoutez comme il vous parle dans son Évangile : « Jamais personne n'a vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est venu luimême pour vous en instruire : » « Deum nemo vidit unquam; Unigenitus Filius, qui est in sinu Patris, ipse enarravit^ » Q hommes, nul de vous n'a encore vu Dieu; vous ne savez ce qu'il en faut croire, ni la voie qu'il faut tenir pour aller à lui : le Fils unique qui est en son sein, qui pénètre tous ses secrets, lui-même est venu vous les raconter : a Ipse, ipse enarravit. » Que recherchez-vous, ô mortels, après le témoignage de ce divin Maître? osez-vous lui demander des raisons, ou vous plaindre de ce qu'il vous oblige de croire ce que vous n'entendez pas? Je voudrois entendre, je voudrois savoir : saint Augustin va vous satisfaire : « C'est être savant, nous dit-il, que d'être uni à celui qui sait : » « Non parva scientia est scienti conjungi*. » C'est être assez savant que d'être uni à celui qui sait; ajoutons, pour expliquer sa pensée, à celui qui sait d'original, si l'on peut parler de la sorte, qui sait pour avoir vu et pour avoir vu jusqu'au fond, et qui nous dit avec vérité : « Quod vidimus, testamur' : » « Nous témoignons ce que nous avons vu. » «. Celui-là, dit saint Augustin, a les yeux de l'intelligence; nous avons les yeux de la foi : i> a Ille habet oculos agnitionis, tu credulitatis®. » Je ne prétends rien davantage, je ne me plains pas de l'obscurité des maximes de l'Évangile. Si je n'ai pas de lumières propres , j'ai celles de Jésus-Christ qui me dirigent : je n'ai pas la science en moi-même, mais j'ai celle du Fils de Dieu qui m'assure; et je crois hardiment où je ne vois rien, parce que j'en crois celui qui voit tout.
Il me semble, Chrétiens auditeurs, que l'autorité de ce divin Maître est suffisamment établie, et que nous devons être très-persuadés qu§ c'est assez d'écouter sa voix pour connoltre la vérité avec certitude. Mais tirons de cette doctrine importante quelque instruction pour notre conduite. Il faudroit commencer un nouveau discours pour vous dire